Bénin / Affaire Sheraton : Comment Talon est un fin truand

Bénin / Affaire Sheraton : Comment Talon est un fin truand

  • Comment Patrice Talon a snobé le peuple béninois

  • Un prince saoudien impliqué

  • La société de transit de Martin Rodriguez bloquée

Patrice Talon, le président béninois qui veut monopoliser le milieu béninois des affaires

D’après une source proche du pouvoir de Cotonou, le président Patrice Talon a une autre idée en tête en arrachant officiellement l’hôtel Marina Sheraton à son adversaire en affaires et politique Martin Rodriguez. Il se révèle que le président béninois est intéressé de renforcer sa position vis-à-vis des pétrodollars et doit céder l’hôtel en contrepartie. En même temps, il continue de processus d’accaparement des biens de Rodriguez en fermant sa société de transit. Enquête sur les manège d’un président truand.

Fin de semaine dernière, palais de la présidence, Patrice Talon est seul dans son bureau, comme bien souvent ces derniers temps. Il savoure son forfait. Il savoure d’avoir arraché à Martin Rodriguez, un joyau auquel le magnat tient. Et il le sait. Pendant que son téléphone sonne pour lui confirmer que Martin Rodriguez ne va se laisser prendre facilement son bijou, le président béninois a déjà fait le tour de la question avec son conseil juridique privé, trempé comme lui et avec lui dans tous les mauvais coups. Son interlocuteur lui enverra une réponse laconique mais sûre. « Il [Martin Rodriguez, ndlr] se battra, mais ça va se passer comme toujours. Il n’y aura pas de procès. On fera tout pour », la voix de l’autre côté du téléphone lui répondit.

Si Patrice Talon a retiré le Marina Bénin Hôtel à son adversaire, peut-être ennemi déjà, en avançant l’argument officiel de non-respect des accords sur l’entretien, les esprits avisés savent que ce n’est que du mensonge d’Etat, une insulte à l’intelligence des Béninois. Même s’il peut s’en foutre face à son envie désespérée de se rendre riche, la suite pourrait ne pas plaire. Et le président ne veut pas non plus en devenir le propriétaire. Du moins pas pour le moment. Patrice Talon vient ainsi de snober son peuple qui doit déjà avoir perdu confiance en lui.

Le Marina Sheraton au prince Alwaleed Bin Talal pour avoir accès au business à Ryad

A en croire un proche de la présidence, richissime homme d’affaires, le prince Alwaleed Bin Talal a toujours un œil admiratif de l’hôtel Marina même quand il était une propriété du Bénin. Mais avec les présidents successifs, feu Mathieu Kérékou et Yayi Boni, le prince saoudien n’a jamais pu l’obtenir. Pour une raison ou une autre, des facteurs géopolitiques et communautaires agissant. « Avec Patrice Talon c’est sans doute le bon moment pour lui », confie plein d’assurance notre  source.

Le nouveau chef d’Etat Béninois, a toujours eu envie d’investir dans les affaires du côté de l’Arabie Saoudite. « Il sait que pour y entrer dans ce cercle très restreint, il va devoir offrir quelque chose en retour. Devenu président, il a les bras sans doute plus longs aujourd’hui. Ami au prince Alwaleed Bin Talal, leur échange a débouché sur un accord simple, celui du ‘‘do ut des’’ soit, ‘‘ tu me donnes, je te donne’’, comme le disaient les Romains. C’est ainsi que pour montrer sa bonne volonté au président Béninois, son Altesse l’introduit chez le roi saoudien dont le prince est cousin. Patrice Talon s’en est sorti avec quelques accords, une garantie d’une ambassade de son pays à Ryad, probablement en même temps la représentation physique de ses business sur place. Mais d’abord, Patrice Talon doit donner un présent au prince. Et cela porte évidemment sur quelque chose qu’il a toujours voulu. L’hôtel Marina Sheraton », rapport notre source, entre deux verres de vins. Selon lui, c’est ce qui explique tous ces manèges autour de l’hôtel, et non une tentative de s’approprier l’hôtel. Si Patrice Talon veut prendre cet hôtel, ce sera peut-être pour un jour. Pour le moment, ce n’est pour lui qu’un cadeau à un ami à récompenser, ajoute le fonctionnaire de la présidence. Un acte qui satisfait à la fois l’envie de pénétrer le marché saoudien et celle d’asphyxier Martin Rodriguez.

Retenons que c’est sans compter avec la réplique du pondéré vrai propriétaire du Marina Sheraton. Disposant de meilleurs contacts en Amérique et en Europe (en France et même en Russie), Martin Rodriguez est autant un homme de réseau que les deux autres, Talon et son prince. Le Bénin devrait se préparer à assister à une guerre judiciaire entre ses deux ogres. Une chose est sûre, Martin Rodriguez va traîner le gouvernement béninois dans multiples procès où cela est possible afin de reprendre ce qui lui appartient et lui revient de droit. Alwaleed Bin Talal en arrivera, c’est sûr, à regretter d’être impliqué dans cette guerre déclarée malhonnêtement par Patrice Talon, seul responsable de ce bourbier.

La société de transit de Martin Rodriguez bloquée

Ceux qui n’étaient pas sûr que Patrice Talon ait pour objectif d’asphyxier Martin Rodriguez et monopoliser le monde béninois des affaires peuvent aller se cacher. Après avoir annoncé l’expropriation de l’hôtel Marina Sheraton et tenter de fermer le Marlan Coton à Nikki au nord, voici le gouvernement encore sur un autre terrain, avec une décision de fermeture.

En effet, les autorités béninoises viennent d’envoyer un ultimatum avec décision de cessation des travaux à Marlan Multiservices, la société de transit de Martin Rodriguez, qui officie au port depuis près de 25 ans, au début de l’ère Nicéphore Soglo. « Le gouvernement a juste sorti une note, ajoutant d’autres conditions comme la caution très élevée de quelques de millions pour avoir une société de transit. Il a donné deux semaines pour s’y conformer, sachant bien que deux semaines sont trop peu pour mobiliser une pareille somme. Mais en attendant, une décision a suivi l’ultimatum ordonnant une cessation des travaux jusqu’à la conformation aux nouvelles dispositions », témoigne Ignace Hounlédé, un commissionnaire à la douane. Selon lui, c’est ainsi que la société SATRAL du président Talon se retrouve seule encore à tout faire au port.

Une monopolisation sans précédent qui est entrain de s’ériger en règle et qui risque de contaminer tous les autres secteurs économiques du pays. Une fois encore, c’est l’occasion d’interpellé les forces vives du Bénin à s’affirmer contre ce holdup que subit Martin Rodriguez.

Prosper A.