Togo / Crise politique : De l’urgence d’une médiation de L’Église catholique

Togo / Crise politique : De l’urgence d’une médiation de L’Église catholique

La sempiternelle crise politique au Togo qui a enregistré son regain depuis août 2017, connait un enlisement ostentatoire. Si un dialogue est annoncé depuis des lustres, il tarde à se concrétiser. Les choses achoppent autour de la satisfaction des préalables posés par l’opposition et surtout de la médiation. Les positions deviennent de plus en plus tranchées et depuis, il y a un enlisement qui maintient le statu quo et risque de faire perdurer la crise qui affecte déjà rudement l’économie et conduit le pays droit dans le mur. Et si la médiation de l’Eglise catholique était la solution ?

Interventions des évêques durant la crise

On ne saurait se sentir à l’aise à reprocher à l’Eglise catholique et ses dirigeants de ne pas interpeller les acteurs politiques sur la crise politique actuelle. Les évêques avaient rendu public un message retentissant en date du 17 septembre 2017, soit un mois après le début de la crise. Les prélats ont osé, à un moment où le pouvoir était acculé, exiger ouvertement la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles, selon la volonté du peuple et conformément à la Constitution de…1992. « La Conférence des Évêques du Togo (…) vivement préoccupée par la situation sociopolitique que nous vivons depuis quelques semaines, a jugé opportun d’organiser dans tous les diocèses, une prière de supplication en faveur de la paix, plus précisément en faveur des réformes institutionnelles et constitutionnelles. Son objectif est d’implorer la lumière de l’Esprit Saint sur les plus hautes Autorités de notre Pays afin qu’elles opèrent urgemment les réformes demandées par le peuple conformément à la Constitution de 1992. La Conférence des Évêques du Togo attache une importance particulière à ces réformes sans lesquelles il est impossible de ramener la paix et la cohésion sociale dans notre Pays», relevaient les évêques.

Cette sortie avait mis les ‘‘seigneurs’’ du pouvoir de prébendiers en courroux, parce que c’est justement ce à quoi s’opposait le régime, et valu des volées de bois verts de la part des petits griots et porte-voix du régime à l’encontre des responsables de l’Eglise catholique. Mais le Clergé, loin d’abdiquer, est revenu à la charge une semaine plus tard, par le biais de l’Archevêque de Lomé, Mgr Dénis Amuzuh-Dzakpah, pour proposer sa médiation entre la classe politique pour un dénouement de la crise. « L’Église est disponible et disposée à jouer un rôle de médiateur entre tout le monde. On veut apporter notre pierre à l’édifice, dans le respect de la vérité. Nous voulons indiquer la bonne voie à suivre, que tous les fils et les filles de ce pays s’écoutent, se parlent et avancent », avait-il relevé dans une interview accordée au journal catholique La Croix.

Cette offre du clergé catholique avait été soutenue par les églises sœurs évangélique presbytérienne et méthodiste, dans une déclaration conjointe datée du 2 octobre 2017. « Fidèles au contenu de leurs lettres pastorales du 30 juin 2017 et du 23 août 2017, et attachées aux vertus de vérité et de justice mais aussi de repentance, de pardon, de réconciliation et de Paix, l’EEPT et l’EMT voudraient solennellement apporter leur soutien à l’offre de médiation faite par l’Eglise catholique du Togo, à travers la récente interview de Monseigneur Dénis Amuzu-Dzakpah, Archevêque de l’archidiocèse de Lomé au journal catholique La Croix », avaient souligné les deux confessions religieuses.

Urgence d’une médiation de l’Église catholique

Malgré les impacts négatifs de la crise qui devraient faire prendre conscience aux gouvernants en place afin qu’ils s’investissent pour un dénouement rapide, on assiste plutôt à un durcissement des positions et à un enlisement manifeste. Au niveau du pouvoir, on semble rejeter une médiation internationale devant aider les acteurs à s’entendre sur des questions sensibles. Pas question, rétorque-t-on au niveau de la Coalition de l’opposition où on ne se voit nullement aller à un dialogue entre Togolais, sans médiateur international, ou médiateur tout court. C’est ici que l’Eglise catholique et ses prélats doivent une fois de plus jouer leur rôle de bergers et d’apôtres de la paix. Il est urgent qu’ils s’investissent pour une médiation en vue d’une sortie pacifique de crise.

L’Eglise catholique togolaise devra prendre exemple sur le Clergé béninois qui avait joué ce rôle dans la sortie de crise politique au Bénin voisin dans les années 90…D’ailleurs l’Eglise togolaise ne serait pas à sa première prestation de service pour une sortie de crise au Togo. En 1991, elle était déjà active à la Conférence nationale togolaise en dirigeant les travaux par Mgr Philippe Fanoko Kpodzro ; rebelote en 2006 où ses dignitaires s’étaient impliqués pour la tenue d’un dialogue entre la classe politique et la signature d’un Accord politique global (APG). En 2006, le Clergé avait accepté, par le biais de Mgr Nicodème Barrigah, de conduire le chantier sensible de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation dont les recommandations fondamentales ne sont pas mises en œuvre par le pouvoir, ce qui est à l’origine de la crise actuelle.

Ce rôle de médiateur, L’Eglise devra l’assumer, au nom de cet enseignement dans Ezéchiel 33, 7-9 : « Et toi, fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : “Tu vas mourir”, et que tu ne l’avertis pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie ». Au cas échéant, elle aura été complice passive de la déchéance politique au Togo…

Prosper A.