Érosion côtière au Togo : Le phénomène réel, mais des solutions existent

Érosion côtière au Togo : Le phénomène réel, mais des solutions existent

Érosion côtière au Togo

 Le phénomène réel, mais des solutions existent

 

Phénomène mondial aux causes multiples, l’érosion  frappe les côtes togolaises aussi. La mer ronge la plage et avance inexorablement. De Kodjoviakopé à Aného en passant par Kossi Agbavi, Agbodrafo, l’océan atlantique prend chaque année plusieurs mètres sur la plage et toutes les localités longeant sont menacées de disparition si rien n’est fait. Mais loin de la fatalité, des solutions existent et ne demandent qu’à être appliquées…

Les dégâts de l’érosion côtière

Aného, nuit du 10 au 11 juin 2017. La mer est sortie de son lit et a envahi les maisons riveraines. Au petit matin, les habitants se sont réveillés dans l’eau. On n’a pas déploré de perte en vie humaine, mais des dégâts matériels. Ce sont là les conséquences de l’érosion côtière, un phénomène subi par tous les pays côtiers et aux causes multiples.

C’est toute la côte togolaise qui est en proie à l’érosion. La mer qui creuse chaque jour dans la plage et la fait reculer, les eaux qui débordent et envahissent les demeures et routes environnantes, les fondations de maisons creusées dans les localités situées le long de la côte, plusieurs bâtiments déjà écroulés…C’est le triste décor offert. Les chiffres officiels parlaient d’un recul de 4 mètres de terre par an, d’autres évoquent aujourd’hui 10 à 15 mètres comme moyenne annuelle, avec quelques variances à des endroits. Il a été signalé  un recul de 35 mètres il fut une année. Tout comme les localités riveraines qui voient la mer avaler leur territoire, on en est au 3e tracé de la route Lomé-Aného, les deux premiers ayant été engloutis par la mer.

Les spécialistes expliquent le phénomène par deux causes fondamentales. « (…) Il n’y a plus de sédiment sur la côte, les bassins sont vides, les vidages sont bien prononcés sur la plage aérienne et sous-marine ; la profondeur est raide, les vagues arrivent avec beaucoup de force jusqu’au bas de la côte. Le deuxième gros facteur, c’est le réchauffement de la mer, les eaux se réchauffent, la pression baisse, donc forcément la mer monte avec une vitesse de vent au-dessus de la normale », indique le Prof Adoté Blivi, géomorphologue, océanologue, expert de la Convention sur les droits de la mer de l’Onu et Vice-président de la Commission océanographique intergouvernementale de l’Unesco.

L’érosion n’est pas près de s’arrêter ; au contraire, elle risque de s’accélérer à partir des années 2030, annoncent les prévisions. « (…) L’érosion côtière va s’accélérer, les côtes vont reculer avec plusieurs mètres au-dessus de la moyenne. De 10 à 12 mètres qu’on connaît sur la période 2010-2015, on peut arriver à 20 à 30 mètres par an », alerte l’expert.

Au-delà des populations côtières, c’est l’économie nationale même qui est menacée, la route Lomé-Aného étant par endroits à à peine 40 mètres de la mer.

Aného, Agbodrafo…menacées de disparition

 « Vous devez penser déjà à votre départ d’ici ». Ces propos du Prof Blivi paraissent crus et à la limite cruels ; mais ils ne traduisent pas moins l’impuissance de l’homme face à l’avancée de la mer, et surtout l’indifférence des pouvoirs publics face aux cris d’alarme des populations.

Plusieurs localités côtières se sont vu étêter de plusieurs mètres de leur territoire. Des villages comme Gbodjomé, Gbétsogbé, Agbavi, Payimé, etc. sont presque déjà engloutis. Un tour à Kossi Agbavi, Agbodrafo et autres permet de se rendre compte des dégâts de l’océan. Mais depuis un moment, c’est la menace de disparition de l’historique ville d’Aného qui retient les attentions.

En effet, à l’allure où va l’érosion, cette ville historique risque d’être engloutie par l’océan à l’horizon…2038, si rien n’est fait pour stopper, ou du moins réduire l’avancée de la mer. C’est l’alerte sonnée par le Prof Blivi, au cours d’une de ses nombreuses sorties en guise d’interpellation des autorités. Elle n’est pas seule, Agbodrafo est aussi concernée. S’agissant de cette ville, son église catholique située en bordure de mer est menacée d’être emportée par la mer dans cinq (05) ans, selon les prévisions. Et devant la quasi-indifférence des gouvernants, les fils et filles d’Aného pensent à la requalification de la ville. C’est, entre autres, les objectifs qui ont prévalu à l’organisation, le 19 février 2016, par l’ADECAN (Association de développement de la commune d’Aneho) d’un forum afin d’y penser. Plusieurs pistes de solutions ont été explorées. Au-delà du cri de détresse lancé à l’égard des autorités, les ressortissants ont aussi fait appel à la diaspora afin de mettre la main à la pâte.

Recharger la plage, la solution

Contre l’érosion côtière, un phénomène dû aux changements climatiques et accentué par des actions de l’homme, des actions ont été entreprises par les autorités togolaises. La plus notoire a été l’installation des épis d’enrochement à Aného et à bien d’autres endroits de la côté afin de stopper l’avancée de la mer. On parle de technique du « pic de rochers » qui consiste en la protection du haut de plage avec un front en enrochement et un pavage de gabions en arrière-plan sur un socle granitique. Mais cette solution se révèle juste une panacée.  « Les épis nouvellement installés n’arrivent pas à freiner l’avancée de la mer », avait déploré le Chef traditionnel de la ville d’Aného, Togbé Ahuawoto Savado Lawson Zankli VIII, et d’ajouter : «  Il urge de revoir la réalisation des ouvrages, et pourquoi ne pas confier les travaux aux Hollandais qui ont une expertise avérée en la matière ? ».

En effet, selon les spécialistes, ces épis n’ont qu’à peine 30 ans de vie, ou plutôt d’efficacité. Ce qui se passe souvent, c’est que les vagues de l’océan enlèvent progressivement le sable sous ces rochers, rendant ainsi le dispositif inefficace avec le temps. Installés dans les années 88, ils sont presqu’amortis. Il urge alors d’explorer des pistes de solutions pérennes. Et l’une d’elles, c’est le rechargement de la plage.

C’est en tout cas la solution identifiée par le Prof Adoté Blivi et proposée aux gouvernants, dans une intervention le 4 septembre 2015 lors d’une conférence du Club diplomatique de Lomé (Cdl), initiative du ministère des Affaires étrangères pour permettre de mener des réflexions sur de grandes questions internationales, axée sur le thème « Les côtes et les océans du futur : entre réchauffement, érosion côtière, élévation du niveau de la mer et gouvernance ». Après avoir exposé le phénomène, alerté que les villes d’Aného et d’Agbodrafo sont menacées de disparition d’ici 2038, il avait suggéré justement cette dernière technique. « La seule solution adéquate qui reste pouvant permettre de résorber cette crise d’érosion côtière au Togo est de recharger les plages; cela veut dire qu’il faut aller chercher du sable en haute mer et venir faire de la compensation », avait-il indiqué.

Selon les informations, cette solution aurait été mise au Ghana à côté, notamment à Keta. Mais l’application de cette technique n’est pas simple. C’est une question de moyens. A en croire les informations filées par l’expert, le rechargement de 200 mètres de côté coûte au bas mot 500 millions de FCFA. Le Togo ayant au moins une cinquantaine de kilomètres de côté, sa mise en œuvre coûtera au moins 125 milliards de FCFA. Un montant a priori colossal, mais qui ne représente rien pour peu que l’on ait la volonté politique de régler ce problème…

                                                                                                                                                                      Prosper A.