Gabon : Sidonie-Flore OUWÉ  UN CONCEPT FONDAMENTAL POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DE LA FEMME AFRICAINE

Gabon : Sidonie-Flore OUWÉ UN CONCEPT FONDAMENTAL POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DE LA FEMME AFRICAINE

 GABON : Salon de la femme

Sidonie-Flore OUWÉ UN CONCEPT FONDAMENTAL POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DE LA FEMME AFRICAINE

                                                                                             

Créé le 14 février 2017, jour de la fête de cupidon, pour échanger et fédérer énergies, idées et actions des femmes de tous âges et de toutes conditions sociales afin de défendre et promouvoir entre elles leurs droits propres, l’entraide et la solidarité en faveur des plus vulnérables, le creuset stratégique du ‘’Salon de la femme’’ qu’elle préside est la généreuse trouvaille de la Magistrate d’exception Sidonie Flore Ouwé. Engagée depuis longtemps déjà sur ce long et difficile chemin du combat pour la pleine reconnaissance des droits de la femme, et son total épanouissement, c’est en tous cas dans le cadre de la célébration de la Journée nationale de la femme gabonaise que s’ouvre tout naturellement – du 17 au 20 avril 2018 à l’Oasis des Princes de Libreville – une semaine de formation dédiée au sexe dit faible.

Rencontres ‘’After work’’, cette session de formation sanctionnée par un dîner de gala s’impose déjà de parvenir à son terme à identifier, recenser, repréciser et compiler, selon la promotrice de cette inédite initiative-genre : «… tous les textes de loi qui mettent en exergue les droits des personnes vulnérables » et par-là assurer : « …une meilleure vulgarisation de ces droits dans l’optique de les rendre accessibles, compréhensibles et mieux largement assimilables par toutes ». Aussi, cet événement d’envergure internationale se structure autour de 3 thèmes spécifiques que Madame Sidonie-Flore Ouwé animera. En l’occurrence, la conférencière rompue à l’exercice planchera notamment sur « Le chemin à parcourir pour entreprendre », « La reconnaissance de paternité et ses effets » et en matière successorale, ce « Que doit faire la femme après la mort de son mari ». Tout un enrichissant programme, même du seul point de vue de l’intérêt capital que revêt l’internalisation généralisée ces droits sensibles pour le progrès de tous, mais dont la méconnaissance ou le non-respect sont tributaires de tant de drames dans les sociétés d’Afrique généralement et gabonaise plus particulièrement. Rien de plus naturel car c’est là une suite logique de la dynamique de l’ex-procureure si l’on considère aussi le bilan fort louable du Salon de la femme dont la noblesse fait déjà, depuis sa création, école au-delà des frontières gabonaises dans l’espace CEMAC et même voire CEDEAO.

Fenêtre sur quelques autres chantiers du Salon de la femme

Tenez, depuis la création du ‘’Salon de la femme ‘’ par exemple, ce n’est manifestement pas rien que toutes les après-midi de chaque mercredi et de chaque samedi soient exclusivement consacrées à des audiences d’un type nouveau. A chaque séance, Sidonie-Flore Ouwé reçoit en effet dans les locaux de l’organisation en moyenne 15 femmes pour, avec celles-ci, plancher ensemble sur des cas concrets auxquels elles sont confrontés au quotidien puis chercher et trouver des issues acceptables à certains de ces problèmes. C’est aussi l’occasion régler dans l’immédiat quelques-unes de ces situations d’urgence auxquelles se confrontent les plus vulnérables.

« Nous ne battons pas le pavé pour revendiquer les droits de la femme. Nous mettons plutôt un accent particulier sur la réflexion commune, l’échange, la confrontation et la mutualisation d’idées pour ce qui relève des sujets sensibles qui touche à la condition féminine dans la vie réelle afin de faire ainsi avancer chaque jour un peu plus la  cause de la femme », revendique volontiers Sidonie Flore Ouwé qui au demeurant se veut être indifféremment féministe et pragmatique sur le terrain des questions-genre.  Mais ce n’est là que la partie immergée du gigantisme de l’œuvre sociale que mène sans tambours ni battants cette femme au gros cœur et ses équipes au Salon de la femme qui, reconnaissance populaire, s’est enrichi le 10 mars 2018 de dizaines autres organisations associatives et de la société civile avec lesquelles elle mijote le lancement d’actions communes triplement d’envergure locale, nationale et internationale. C’est le cas par exemple de ce qui touche à la très préoccupante problématique de la dot. Tant il est vrai qu’en dépit de l’interdiction au Gabon du mariage coutumier par la loi du 30 mai 1963, celui-ci en perdurant reste une porte largement ouverte aux abus et dérives en tous genres en ce qui concerne la dot. Toute chose qui, aux yeux de la Présidente du Salon de la femme, est inacceptable et indique l’urgence d’œuvrer pour « …une loi d’abrogation qui l’autorise afin de se doter d’instruments efficients pour réglementer par un encadrement juridique efficient ces pratiques d’un autre âge ; et ainsi les sortir de la clandestinité. C’est ça la voie du progrès vrai sur cette épineuse question », justifie-t-elle.

Pour autant les violences faites aux femmes constituent l’autre objet du combat de la Présidente du Salon de la femme, de ses partenaires et de la plateforme associative naissante. A cet égard, Sidonie-Flore Ouwé ne manque aucune occasion pour fustiger le phénomène d’aberrations que le Toto local gabonais désigne par MST. Traduction,  Moyenne sexuellement transmissible. C’est-à-dire, tout un système de chantage et d’harcèlement sexuel en milieu scolaire et même dans l’enseignement supérieur où les filles apprenantes se retrouvent bien plus souvent qu’on le penserait victimes de leurs formateurs qui monnaient des bonnes notes contre les libéralités sexuelles des bénéficiaires. Ce, non sans mettre en exergue que faisant partie intégrante de la tradition, ces violences multiformes faites aux femmes commencent en réalité dès la petite enfance et poursuivent dans les foyers où elles trouvent assez souvent leur couronnement dans l’iniquité l’injustice faite aux veuves en matière successorale. Pour autant et à côté du combat de Sidonie-Flore Ouwé pour l’autonomisation de la femme en général et plus spécifiquement celle de la femme rurale à travers un programme de promotion d’Activités génératrice de revenu, le Salon de la femme intervient également auprès de la catégorie de femmes vivant au-dessus de leurs moyens ou gérant mal leurs deniers. En sensibilisant et rééduquant l’intelligence financière de celles-ci vers un comportement de consommation productive et responsable, cette féministe jusqu’au bout des ongles reste convaincue que c’est là tout un pan du plein épanouissement de la femme africaine qui est assuré. Enfin et pour faire court, Sidonie-Flore Ouwé qui s’enflamme sans compter contre l’apatridie met aussi surtout un point d’honneur à conjurer la polygamie. Bien que celle-ci est légalement admise dans le code civil du pays, c’est « Une monumentale aberration » confie cette chrétienne fervente qui par ailleurs déteste comme d’une peste le système de la « promotion-canapé ». Aussi, s’indigne-t-elle de cette perverse trouvaille de la misogynie qui permet le plus souvent et sans aucune autre forme de procès à « l’homme en situation de travail de placer sous son total joug les femmes non-méritantes promues par ce truchement ! ».

Mais qui est en réalité Sidonie-Flore Ouwé…

Fille de Marcelline et de Michel, Sidonie-Flore est originaire de Ndendé (province du sud) où elle enterra son père en 2010 et (re)découvrit par la même occasion l’extrême rudesse de la misère du Gabon profond. Qu’à cela ne tienne donc, elle y fit immédiatement construire des toilettes publiques dont l’absence accentuait alors là-bas l’insécurité sanitaire liée à l’insalubrité du cadre de vie local. Mais ce faisant, la généreuse donatrice finissait de s’attirer l’inimitié des politiciens locaux aux yeux desquels cette intervention messianique de l’ex-procureure a pu paraître suspecte. Mais de l’adversité, cette magistrate qui avoue volontiers être « très procédurale » avait l’habitude et ne s’en émeut guère.

De fait, c’est en 2004 qu’elle arrive au parquet de Libreville où elle fit très vite ses classes et gravit à la vitesse de la lumière des échelons de la hiérarchie judiciaire. Procureure de la République cinq ans durant, elle fut d’abord procureure adjointe avant d’avoir été mandatée – pour son intégrité et sa compétence internationalement éprouvée – pour être en charge de la délinquance économique et financière près le Tribunal spécial qui venait d’être créé pour endiguer la gangrène de la corruption et contrecarrer le banditisme en col bleu. Mais hélas, cette juridiction spéciale n’aura en tout pour tout qu’une existence de 2 mois puisque l’ordonnance de sa création fut entretemps annulée par la Cour Constitutionnelle. Un ouf, pour les castes mafieuses du pays qui redoutait alors l’implacable bras de fer qu’elles venaient d’éviter avec cette femme de tête au gant de fer.

Première présidente de la Cour d’Appel de Libreville, Sidonie Flore Ouwé ne s’est pas faite, là encore comme sur tout son parcours, que des amis. Rien de plus normal, car c’est dans la nature humaine de ceux qui se savent se laisser guider dans leur vie que par les seuls principes de la vertu incarnée. Mutée en 2016 en tant que Directrice générale des affaires administratives à son ministère de tutelle, la justice, Sidonie-Flore Ouwé est par la suite nommée 2017 à la tête de la direction de la formation continue de l’Ecole nationale de la magistrature.

Mariée à Expert-comptable dont le cabinet est spécialisé en fiscalité, celle que les petits délinquants appellent affectueusement ‘’maman’’, malgré ses états de services irréprochables et une reconnaissance méritée de ses pairs, semble ne pouvoir cependant être pleinement comblée et épanouie qu’avec le plein succès de son action de social. Au service de la femme en détresse, de l’enfance maltraitée, des plus démunis et vulnérables de la société gabonaise et africaine, l’icône du salon de la femme qui fait ses une fois de plus ses masters-class à l’Oasis des Princes de Libreville du 17 au 20 avril 2018 est tout simplement l’héritière africaine naturelle de Simone de Beauvoir. « On ne naît pas femme, on le devient », n’est-ce pas vrai dans le cas d’école de Sidonie-Flore Ouwé, dites ?

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Prosper A.