Gabon: Santé d’Ali Bongo aiguise des appétits

Gabon: Santé d’Ali Bongo aiguise des appétits

DÉNIS SASSOU-NGUESSO AU COEUR DU GRAND COMPLOT

La santé du Président de la République et sa longue convalescence en perspective, que certains peignent, à tort ou à raison, comme une vacance du pouvoir, aiguisent des appétits. A côté de rapprochements suspects de certains anciens proches d’Ali Bongo dont Jean-Pierre Lemboumba Lépandou avec des pouvoirs voisins, d’autres manœuvres se font jour avec des branle-bas de cadres et autres responsables d’institutions, des lobbies se mettent en place. Il est aussi soupçonné la main de la France…

L’axe Jean-Pierre Lemboumba Lépandou-Dénis Sassou Nguesso

Exilé volontairement en France depuis un bon bout temps, Jean Pierre Lemboumba Lépandou, ancien Conseiller spécial du Président de la République, qu’on n’entendait plus,  est sorti de sa tanière et s’est mis en exergue, avec  un curieux entretien avec le Président Congolais Denis Sassou Nguesso, en marge du Forum pour la paix organisé le dimanche 11 novembre  à Paris en France, en marge de la commémoration du centenaire de l’armistice scellant la fin de la Première Guerre Mondiale.

Même si le contenu des échanges n’est pas encore révélé, les sources informées lient ce rapprochement suspect au contexte politique sensible au Gabon entrainé par la santé du Président Ali Bongo, et le débat  qui fait déjà jour sur la vacance du pouvoir. Pour un homme qui n’a jamais caché ses lubies pour le pouvoir et qui s’est entre-temps curieusement rapproché de l’anti-citoyen gabonais n°1 Jean Ping, ce ne serait pas du tout étonnant. Il en a rajouté en publiant les images de son entretien avec le Président congolais Sassou Nguesso.

« L’audience que lui a accordée le numéro 1 congolais peut être tout sauf fortuite. On le connait, Jean Pierre Lemboumba Lépandou a des attaches naturelles au Congo Brazzaville où il passe aussi le temps (…) Cette sortie n’est rien d’autre qu’un positionnement  stratégique, dans le cadre des grandes manœuvres qui sourdent de tous les coins pour assurer l’intérim ou la succession du Président Ali.  Et il compte sur Denis Sassou Nguesso, qui a de forts liens avec la fratrie Bongo, pour parvenir à ses fins. Si ce n’est pas lui-même, sans doute qu’il a un élément sous la main à soutenir », glose une source assez introduite dans son entourage.

Rien ne devrait étonner, pour qui connait la libido (sic) du monsieur pour le pouvoir. Une chose est certaine,  l’agenda de Jean Pierre Lemboumba, jusque-là discret, commence à se révéler au grand jour : le renversement d’Ali Bongo Ondimba par tous les moyens. «  Je présume que l’entretien qu’il a eu avec Sassou Nguesso et dont les échanges restent secrets, s’inscrivent dans une stratégie de positionnement pour contrôler le pouvoir. Sachant le rôle que le Congo Brazzaville peut jouer en cas de rapport de force, il est clair que Lemboumba a commencé à poser les bases», relève un politologue, professeur d’Universités ayant requis l’anonymat.

Ce rapprochement est loin d’être anodin. Selon les indiscrétions, dès les premières heures de l’annonce de la crise du Président Ali Bongo, le sujet était au centre de toutes les discussions dans les couloirs de la Présidence de Brazzaville. « Il y en a autour de Sassou Nguesso qui se sont permis de faire circuler sur des plateformes Whatsapp des messages alléguant l’incapacité du Président Ali Bongo de gouverner, et donc la fin de son régime», file une source, qui ajoute que « c’est ce que ces gens veulent en fait ».

La France et la carte des binationaux…

La France, on le sait, a toujours tenu par les c…les pouvoirs africains et cherché à les contrôler. Cette situation engendrée au Gabon par la santé fragile d’Ali Bongo offre manifestement du pain béni pour foncer et forcer le remplacement d’un Président qui a refusé de jouer le lèche-botte de l’ancienne métropole.

Dans cette problématique, Paris joue la carte de liens avec le pouvoir de Libreville, entendu liens familiaux ou politiques de personnalités bien introduites dans les arcanes du pouvoir de Libreville et qui, par des jonglages constitutionnels, vont jouer un rôle prépondérant pendant la phase de transition.

A Paris, on croit dur comme fer que la transition au Gabon n’est plus qu’une question de temps et il faut s’activer pour l’arrivée au pouvoir d’un pion. « Paris veut miser sur ses ressortissants binationaux qui tiennent les leviers du pouvoir du Gabon », informe une source proche du Quai d’Orsay. Et les pistes sont nombreuses. D’abord Lucie Milebou Aubusson Mboussou, la Présidente du Sénat habilitée, constitutionnellement, à assurer l’intérim en cas d’empêchement définitif d’Ali Bongo. Il y a également le schéma Sylvia Bongo Ondimba, l’épouse du Chef de l’Etat. Plein d’autres noms sont cités pêle-mêle : Etienne Massard Kabinda, ministre de la Défense nationale ; Guy Bertrand Mapangou, ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement ; Noureddine Bongo Ondimba, fils d’Ali Bongo et proche de Brice Laccruche Alihanga.

DÉNIS SASSOU-NGUESSO et son homologue Tchadien IDRISS DÉBY

DÉNIS SASSOU-NGUESSO et son homologue Tchadien IDRISS DÉBY

Grandes manœuvres institutionnelles au sommet

Le débat se faisait déjà jour dans des cercles fermés. Mais le coup d’envoi des grandes actions a été donné ce mercredi 14 novembre, avec la sortie remarquée de la Présidente de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo. A travers  une décision rendue publique ce mercredi 14 novembre au soir, elle a en effet autorisé la tenue d’un Conseil des ministres et sa présidence par le Vice-président Pierre-Claver Maganga Moussavou.

Tout a en réalité commencé sur saisine du Premier ministre Emmanuel Issoze Ngondet. A la surprise générale, la Cour constitutionnelle « autorise le Vice président de la République à convoquer et à présider un Conseil des ministres qui portera exclusivement sur l’ordre du jour joint à la requête du Premier ministre ». En clair, c’est à Pierre-Claver Maganga Moussavou qu’il revient de présider le Conseil des ministres, des pouvoirs qui relèvent habituellement des prérogatives du président de la République.

La décision, la Cour la motive par les manquements de l’article 13 de la Constitution qu’il convient de combler en lui ajoutant un autre alinéa ainsi libellé : « En cas d’indisponibilité temporaire du Président de la République pour quelque cause que ce soit, certaines fonctions dévolues à ce dernier, a l’exception de celles prévues aux articles 18, 19 et 109 alinéa 1er, peuvent être exercées selon le cas, soit par le Vice-président de la République, soit par le Premier Ministre, sur autorisation spéciale de la Cour Constitutionnelle saisie par le Premier ministre ou un dixième des membres du Gouvernement, chaque fois que nécessaire ».

Une interprétation que certains spécialistes trouvent curieuse, vu que la loi organique n°11/98 du 23 juillet 1998 fixant les modalités de délégation des fonctions du président de la République au Vice président, en son article 4, dispose clairement : « ne sont pas délégables les attributions du président de la République découlant des dispositions des articles 8, 14a, 15,16 alinéa premier, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 28, 29, 43, 44, alinéas 3 et 4, 48 alinéa 2, 49, 51, 52, 69, 71, 88, 89, 90, 98, 104, 105, 106, 107, 113, 115 et 116 de la Constitution ».

On est là en face d’une confusion totale. Et comme pour en rajouter ; il nous revient qu’au même moment, la Présidente de la Cour constitutionnelle a fini par confier l’intérim de la gestion du pouvoir à la Présidente du Sénat, Mme Lucie Milebou Aubusson Mboussou.

Pourquoi tout ce branle-bas autour de la santé d’Ali Bongo et cet empressement ostentatoire à tourner sa page ? L’agitation a de quoi surprendre lorsqu’on sait qu’au Nigeria, le Président Muhammadu Buhari a passé plusieurs mois hospitalisé à l’extérieur du pays, mais sa fonction régalienne a été assurée sans aucun problème jusqu’à son retour au pays. C’est clair que le pouvoir d’Ali Bongo suscite des convoitises insoupçonnées. « C’est le moment pour ses fidèles collaborateurs d’être soudés et éviter de le trahir », conseille un observateur averti.

Prosper A.