Ce que l’on peut retenir des adieux de François Hollande à l’Afrique

Ce que l’on peut retenir des adieux de François Hollande à l’Afrique

Franèois HOLLAND

En 2017, alors que le président François Hollande s’apprête à quitter le pouvoir, la France s’affirmera-t-elle toujours aux côtés de l’Afrique ? La question reste entière alors qu’il y a cinq ans, le chef de l’État français faisait son entrée sur la scène africaine en promettant d’en finir avec la Françafrique.

À l’heure du bilan, François Hollande, que beaucoup accusent de s’être mué en gendarme de l’Afrique, a aussi marqué son temps en nouant une relation privilégiée avec les dirigeants africains, qu’il a visités plus de 30 fois. Quel héritage va-t-il laisser à son successeur ? Comment les chefs d’État africains préparent-ils les lendemains d’une relation où le rôle de la France s’est accru dans le domaine de la coopération militaire. À l’issue du sommet Afrique-France de Bamako, la feuille de route de l’après-Hollande n’est pas tout à fait lisible, mais le ton est donné pour que les échanges franco-africains prennent un nouveau départ.

« François Hollande, un rapport à l’Afrique sincère et loyal »

Accueilli en héros à Bamako en février 2013, un mois après le lancement de l’opération Serval visant à libérer des djihadistes le nord du Mali, le président Hollande avait déclaré : « Je viens sans doute de vivre la journée la plus importante de ma vie politique. » Trois ans plus tard, ces mots résonnent encore alors qu’il retrouvait la capitale malienne ce samedi 14 janvier pour un sommet Afrique-France. D’une manière générale, jusqu’ici, la France a toujours affiché l’ambition d’être au service de l’Afrique, dans la mesure où cela lui était aussi favorable. C’est cet intérêt que François Hollande a défendu ce samedi : « La France restera toujours au côté du Mali jusqu’à l’aboutissement du processus de paix, jusqu’à ce que l’État malien puisse avoir son autorité respectée sur l’ensemble du territoire malien », a-t-il encore assuré samedi à la tribune du sommet.

Et pourtant, jamais, depuis les Indépendances, la coopération militaire de la France avec ses partenaires africains n’avait autant posé questions. L’opération Serval au Mali décidée en 24 heures avait fait de François Hollande, que certains qualifiaient de « mou », un chef de guerre, au risque de redonner une image françafricaine à la gouvernance de la France. Il a maintenu sa ligne. Après le Mali, il y a eu la Centrafrique avec Sangaris, en décembre 2013. Puis est venue la pérennisation de Serval, désormais baptisée Barkhane, sur les cinq États du Sahel. Toutes ces opérations ont été déclenchées à la demande des États africains, mais elles permettent à la France de maintenir son rang.

« De tous les chefs d’État français », François Hollande « aura été celui dont le rapport à l’Afrique aura été le plus sincère et le plus loyal », a déclaré le président malien Ibrahim Boubacar Keïta dans son discours d’ouverture du sommet. Citant la décision prise par le président français en janvier 2013 d’intervenir militairement dans le nord du Mali contre les groupes djihadistes. Cette intervention « a stoppé l’avancée des troupes terroristes et neutralisé la menace qui pesait sur l’existence même de l’État malien ».

Des regrets et un goût d’inachevé au Mali

Seule ombre au tableau, l’État malien a perdu son rôle régalien dans le nord du pays. En route pour la capitale malienne vendredi, François Hollande avait effectué une escale symbolique sur la base militaire française de Gao, la grande ville du nord du Mali. Improvisant une partie de son discours à la tribune samedi, il a laissé paraître pour la première fois, depuis qu’il a annoncé qu’il ne serait pas candidat à la présidentielle française cette année, des regrets. « J’ai été très sensible aux mots que vous avez prononcés à mon égard », lance-t-il, « disant cela, je ressens un goût d’inachevé qui aurait pu justifier d’autres prétentions », faisant franchement allusion à ce bilan militaire qui aurait pu lui servir de rampe de lancement pour une campagne.

Vers un grand tournant pour les relations franco-africaines ?

Aujourd’hui, a-t-il souligné, « les Africains » doivent assurer « la sécurité des Africains » et, à ce propos, l’engagement pris par la France en 2013 de former 20 000 militaires africains par an a, selon lui, été « tenu » et « même dépassé ». Leur nombre, a-t-il précisé, sera « porté à plus de 25 000 » au cours des trois prochaines années. Dans ce sens, le 27e sommet Afrique-France a pris fin par l’adoption d’un plan global de lutte contre le terrorisme et les autres formes de violence. Au cours d’une conférence de presse, le président français François Hollande a justifié cette décision par le fait que « la menace [terroriste] est globale », et c’est pourquoi « un plan global a été adopté, qui met chaque pays africain face à ses responsabilités ». Il a réaffirmé « l’accompagnement de la France à l’endroit de l’Afrique [pour qu’elle assure] elle-même sa sécurité ». « Les forces françaises resteront au Mali et en Afrique le temps qu’il faudra tant que les pays en décideront », a affirmé François Hollande. Au-delà du bilan militaire et des adieux à toute une classe de dirigeants, le cas du Mali sera à terme le test le plus concret qui confirmera ou non l’héritage politique de François Hollande en Afrique.

Le Point.