Des propos du pape sur l’homosexualité suscitent la polémique

Des propos du pape sur l’homosexualité suscitent la polémique

Interrogé sur les enfants homosexuels dans l’avion qui le ramenait de Dublin, le souverain pontife a recommandé la psychiatrie lorsque les parents décèlent leurs penchants dès le plus jeune âge.

 

Avec notre correspondant au VaticanEric Sénanque

Le pape François, qui n’avait pas évoqué les couples homosexuels et leurs enfants lors de la rencontre des familles de Dublin, s’est rattrapé dans l’avion qui le ramenait d’Irlande, mais ses propos sèment pour le moins le trouble : « Quand l’homosexualité se manifeste dès l’enfance, a-t-il dit, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans ». A noter que dans la retranscription officielle, le Vatican a retiré le mot « psychiatrie ».

L’homosexualité comme une pathologie

Soigner les tendances homosexuelles semble donc une voie à explorer pour François qui fait écho à certains discours dans l’Eglise voyant l’homosexualité comme une pathologie. La psychiatrie associée à l’homosexualité renvoie au XIXème siècle, à l’époque où il fallait « guérir » les personnes à tendance homosexuelles, très loin, donc de notre époque contemporaine.

Le souverain pontife a aussi expliqué qu’un parent ne devait pas condamner un enfant homosexuel, qu’il fallait dialoguer avec lui, le comprendre, lui faire de la place. « Je ne dirai jamais que le silence est un remède, a-t-il précisé. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. »

« Qui suis-je pour juger ? »

Des mots plus conformes à son célèbre « Qui suis-je pour juger ? » prononcé déjà à bord d’un avion, il y a cinq ans, de retour des Journées mondiales de la jeunesse au Brésil.

Les signaux envoyés de Rome sont contradictoires sur la question homosexuelle : à Dublin lors de la rencontre des familles organisée la semaine dernière par le Vatican, un jésuite américain venait pour la première fois parler de l’accueil des personnes LGBT, alors que dans le même temps, un prélat dénonçait une nouvelle fois le « lobby gay » au Vatican.

On pourrait rappeler aussi les deux synodes sur la famille organisés à Rome en 2014 et 2015, où la question d’une ouverture aux couples de même sexe avait provoqué des débats houleux chez les participants. L’Eglise parle aussi avec plusieurs voix : des prélats africains par exemple n’hésitent pas à dénoncer l’homosexualité comme une « colonisation idéologique », des termes parfois repris par les plus conservateurs en Europe.

L’Eglise catholique avance donc avec peine sur cette question et ce n’est pas la communication balbutiante du Pape François qui risque d’apporter de la clarté.

Les propos du souverain pontife ont été suivis par une levée de boucliers chez de nombreuses associations LGBTQ partout dans le moment, comme la Fédération LGBT, en France.