Bénin : Recul démocratique, népotisme, conflits d’intérêts… Patrice Talon doit partir !

Bénin : Recul démocratique, népotisme, conflits d’intérêts… Patrice Talon doit partir !

Bénin : Gouvernance politique et économique

Recul démocratique, népotisme, conflits d’intérêts… Patrice Talon doit partir !

 

Il était porteur de grands espoirs, en fait auprès des Béninois naïfs, à son avènement au pouvoir en avril 2016. Il n’était pas étranger à cela, s’étant employé au cours de la campagne électorale d’avant son élection à la magistrature suprême, à mettre de l’eau à la bouche de ses concitoyens par des promesses mirobolantes. Lesquelles se révèlent finalement une escroquerie intellectuelle. Car à l’épreuve du terrain, la satisfaction est loin d’être au rendez-vous. Lui, c’est Patrice Talon. Recul des acquis démocratiques, clientélisme, népotisme, accaparement des ressources nationales, conflits d’intérêts…c’est sa gouvernance aussi bien politique qu’économique même qui est décriée sur toute la ligne.

Sapement de la démocratie, conflits d’intérêts…

C’est dans la peau d’un parangon de vertus que Talon s’était annoncé aux Béninois en février-mars 2016. Il se décrivait comme le président idéal du 21e siècle pour le Bénin, porteur d’une nouvelle façon de gouverner fondée sur de prétendues valeurs de bonnes gouvernances politique, économique, l’éthique…Dans les premiers mois de son avènement à la présidence de la République, il s’est employé à peindre en noir foncé les dix (10) ans de gérance de Boni Yayi, présenté à l’opinion comme un diable. S’en est suivie une chasse tacite aux sorcières ayant consisté en un harcèlement contre les anciens collaborateurs de son prédécesseur dont certains ont été virés et poursuivis pour détournements et autres crimes économiques. Mais Talon est loin d’être une référence, comme il tentait de le faire croire. Il incarne lui aussi, malheureusement, les mêmes maux prétendument collés au régime Yayi.

Patrice Talon est en train de saper les acquis démocratiques arrachés de hautes luttes par le peuple béninois. Il a réussi à vassaliser les institutions de la République, pour assouvir ses desseins obscurs. L’Assemblée nationale qui devrait exercer sa mission de contrôle de l’action gouvernementale, n’est qu’une simple chambre d’enregistrement de ses desiderata. Le président sait disloquer un parti de l’opposition, monter des audits bidons afin de coincer des opposants gênants ou leurs soutiens. Il n’a aucun respect pour la constitution, la justice dont les décisions sont violées constamment.

La décentralisation, cette méthode de gouvernance qui a fait ses preuves sous d’autres cieux, est dénaturée au Bénin sous Patrice Talon. Elle se réduit au limogeage de maires et autres représentants des populations. Le cas en date est sans doute celui de Léhady Soglo, le maire de Cotonou, qui a défrayé la chronique. La méthode cache mal une vengeance tacite du président béninois. Pour pouvoir garder son poste, il faut pour les maires se soumettre et autres représentants lécher les bottes au dictateur, et la plupart sont devenus des proconsuls, prêts à tout.

Patrice Talon avait mis de l’eau à la bouche des Béninois par ses promesses de campagne, et ils l’avaient (naïvement) plébiscité lors de l’élection de mars 2016. Ils étaient donc en droit d’espérer un mieux-vivre au cours de sa mandature. Mais la désillusion est totale, au point qu’ils sont déjà nombreux, les citoyens à regretter Boni Yayi. Ce sont plutôt les pauvres populations, parmi lesquelles des femmes qui se débrouillent pour subvenir à leurs besoins fondamentaux, avec de petites activités sur les trottoirs et boulevards, qu’il a fait dégager de ces endroits au nom d’une curieuse politique, les condamnant ainsi à la mendicité. C’est la misère le lot réservé aux populations, contre la prospérité partagée promise.

Le népotisme, Talon en a fait sa spécialité. Présidence, institutions de la République, représentations diplomatiques…toutes les structures étatiques sont truffées de parents, proches et amis du président aux compétences bien douteuses. Seuls les Vignon, Dagnon et autres sont dignes de gérer les affaires publiques. Parfois, des structures sont créées de toute pièce pour les abriter.

La morale est la marque de fabrique des grands hommes. Mais l’ingratitude est le trait caractéristique de Patrice Talon. Il a réussi à se débarrasser de ces hommes et femmes qui, au péril de leur vie et patrimoine, l’ont aidé à se faire élire président et goûter aux délices de cette fonction.

Détournement et accaparement des biens publics, voilà l’autre spécialité de Talon. Les domaines publics sont devenus sa chasse gardée, les biens de l’Etat privatisés, transformés en son nom. Les indiscrétions font état de l’achat récent d’un château au Maroc, par le biais d’un Marocain ami à son fils Lionel, bien sûr par les moyens de l’Etat. Pour pouvoir vider les caisses de l’Etat, il s’est servi d’un homme écran, Olivier Boko. Talon ne pense qu’à ses intérêts et à ceux de la minorité qui l’entoure. Pendant que le commun des fonctionnaires béninois attend une amélioration de ses conditions de travail et de vie, notamment une augmentation de son salaire, le chef de l’Etat n’a cru devoir hausser que le sien propre et ceux de ses obligés de ministres et autres collaborateurs, parfois par 20. Les conflits d’intérêts restent sa marque de fabrique, le secteur du coton sa chasse gardée…

La manœuvre cachée derrière l’interdiction du gré à gré

Dans un courrier daté du 3 août 2017, le président de la République a enjoint le ministre de l’Economie et des Finances,  Romuald Wadagni, de ne plus donner suite aux marchés gré à gré au niveau des différents ministères, sans l’aval du Conseil des ministres. «Il m’est revenu de manière insistante, que des marchés sont conclus par mode de gré à gré au sein de certains ministères ainsi que d’organismes qui leur sont rattachés, et soumis à l’approbation de vos services. Je vous demande instamment de vouloir bien prendre les mesures urgentes à l’effet de ne plus donner suite à ce genre de marché sans l’autorisation du Conseil des ministres», a-t-il écrit. Par cette décision, Talon donne l’impression de siffler la fin de cette procédure d’octroi des marchés qui est devenue la règle et crée les conditions de corruption et autres crimes économiques. Mais derrière l’interdiction, se cache une manœuvre pour s’octroyer exclusivement les prérogatives de concéder les marchés par ce moyen, servir ses propres intérêts et ceux de ses proches. Le népotisme ambiant donc.

Il urge de relever que cette décision du Président de la République viole le Code de passation des marchés publics, notamment en ses articles 48 et 51, qui autorise bien le gré à gré et ne prévoit nullement cette intrusion présidentielle. Patrice Talon a simplement usé d’abus d’autorité et fait substituer le Conseil des ministres à la fois à la Direction nationale de contrôle des marchés publics (DNCMP) et à l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), seuls organes à habilités par la loi pour ce faire.

En outre, ce que le commun des citoyens ignore sans doute, c’est que le plus grand ordonnateur et aussi profiteur des marchés gré à gré au Bénin se nomme…Patrice Talon. Si ce n’est pas lui-même directement, par des sociétés et personnes écran, ce sont ses proches. Voici quelques-uns de ces marchés de gré à gré : Bureau Maritime International (BMI), sélectionné en gré à gré par Talon, comme « mandataire » du port pour la gestion du Bordereau de suivi des cargaisons (BSC); African Parks Network pour la gestion de la Pendjari ; Aggreko, avec pour Représentant au Bénin, Olivier Boko, pour un contrat de location de groupes électrogènes; Paras Energy, pour la construction d’une centrale électrique ainsi que la location de groupes électrogènes; société Safran-Is, sélectionnée par Talon (avant même son investiture le 6 avril 2016) pour le recensement des Béninois; Morpho Dys (d’Olivier Boko), sélectionnée pour assurer la sécurité à l’aéroport de Cadjèhoun; Ebomaf et Adeoti pour la réhabilitation d’une partie du réseau routier béninois…

La question que les observateurs avisés se posent, c’est de savoir si Patrice Talon peut se sanctionner lui-même, ou même ses proches qui bénéficient des marchés gré à gré. Le chemin est manifestement tout tracé par le président de la République pour assurer la mainmise totale sur le secteur de la passation des marchés publics, étant lui-même à la tête du Conseil des ministres devant décider en dernier ressort. Il y a visiblement une saignée de l’économie béninoise organisée par le président de la République et à laquelle le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et les autres partenaires au développement doivent mettre fin.

Le Gerddes-Afrique tire la sonnette d’alarme

Avec Patrice Talon, il y a un recul démocratique manifeste au Bénin et la mauvaise gouvernance est instituée en mode de gestion des affaires. La question préoccupe le Groupe d’étude et de réflexion sur la démocratie et le développement économique et social en Afrique (GERDDES) et ses responsables ont tenu à tirer la sonnette d’alarme, dans une lettre datée du mardi 15 août dernier et délivrée à Cotonou.

Dans cette déclaration intitulée « Lettre d’accusation du Gerddes –Afrique au Benin, à l’Afrique et au monde », signée par son Président-Afrique Sadikou Ayo Alao et cosignée par ses collègues des représentations de Côte d’Ivoire, de Guinée Conakry, du Nigeria et du Tchad,  cette organisation de la société civile n’a pas mâché ses mots dans son appréciation de la chose. « C’est avec une profonde tristesse et une détermination sans faille que le Gerddes-Afrique veut faire partager, aussi bien à l’opinion publique nationale qu’internationale, les reculs démocratiques et la mauvaise gouvernance économique qui engendrent au Bénin une crise économique et sociale sans précèdent. Très rares sont les familles qui arrivent à pouvoir prendre deux repas par jour et à faire face aux besoins de santé primaire et d’éducation de leurs membres. La misère a même été érigée par le gouvernement en mode de gouvernance normale. La preuve : le  slogan gouvernemental « serrez encore la ceinture pour 2 ans » n’est que le prolongement d’un slogan identique qui a pris fin après un an de propagande infructueuse ; alors que la corruption, les conflits d’intérêts, la gabegie et les traitements inhumains sont les lots quotidiens des populations », justifie-t-on dans la lettre. Cette situation pousse le Gerddes-Afrique à lancer, pour la première  fois, des « accusations historiques ». L’OSC charge Patrice Talon sur toute la ligne. Elle accuse en effet le gouvernement Talon de « liquider la gouvernance locale », « confisquer à son profit personnel l’économie nationale » et de « liquider les acquis démocratiques du Bénin et  d’instrumentaliser la justice ». Morceaux choisis.

 « La gouvernance locale, laborieusement mise en œuvre depuis  deux décennies, a été enterrée par le régime autocratique du « nouveau départ ». Des Maires confortablement élus qui tardent à faire allégeance au régime ont été destitués à la faveur de changements de majorité suggérés et sponsorisés. Lorsque les conseils municipaux résistent, les Maires sont suspendus puis révoqués en un clin d’œil  sans le moindre égard pour les garde-fous savamment organisés par les textes en vigueur » ; « Le mépris affiché pour la Constitution, la bonne gouvernance et la transparence de gestion s’accompagne du mépris pour les droits élémentaires des citoyens pourtant garanties par la Constitution. Ces mépris conduisent les nouveaux princes à n’avoir aucun égard pour les décisions de la Cour Constitutionnelle et bientôt, il ne sera pas surprenant que les organes indépendants de gestion des élections soient conjugués au passé. Alors que des sources dignes de foi indiquent qu’un marché de gré a gré est déjà en mouvement pour une votation électronique ‘’tropicale’’. Le nouveau Ministère de l’Intérieur est probablement en voie d’être sollicité pour, après les déguerpissements sauvages et autres confiscations de biens et médicaments de première nécessité sur les marchés, organiser des élections de nouvelle génération pour le « nouveau départ ». Les princes, sous le prétexte de lutte contre la corruption, se passent des services publics de contrôle de gestion des entreprises publiques, préférant s’en remette à des ‘’audits’’ privés  plus influençables pour faire des enquêtes sélectives et partisanes  et non contradictoires afin d’engager des poursuites contre les insoumis, instrumentalisant ainsi la justice à des fins politiques. A tout le moins, on espère ainsi réduire ces insoumis au silence. La volonté de réduire au silence les insoumis  comme Sébastien Ajavon, Léhady Soglo, Komi Koutche véritables menaces pour les législatives de 2019 et la présidentielle de 2021 à travers toutes sortes d’entraves est manifeste ; elle ne s’arrête pas malheureusement à ces insoumis. Les princes  se sont déjà engagés à interdire aux avocats d’assister leurs clients lorsque ces derniers se trouvent sous une menace d’arrestation ou de poursuite sans mandat au risque pour ces derniers d’être poursuivis pour obstruction à la justice. Les droits fondamentaux sont désormais ignorés par les nouveaux princes du Bénin » ; « La confiscation de l’économie nationale par le Prince et les membres de sa cour a fini de provoquer des licenciements massifs et des fermetures d’entreprises. Les opérateurs économiques sont découragés par des incriminations fantaisistes, imaginaires et provoquées  dans l’unique but de s’approprier leurs activités d’import-export. Comment comprendre qu’après que le Prince eut pris en main les principales sources de revenus de l’Etat au profit de ses entreprises, y compris par confiscation (coton, PVI, dépouillement du CNCB de sa substance….), par attribution de marché par la procédure de gré à gré, (contrairement aux dispositions constitutionnelles sur les conflits d’intérêts), il puisse, après plus de 20 mois de ces pratiques illégales,  venir interdire les pratiques du « gré à gré » sans aucunement remettre en cause ses propres faits accomplis, contraires aux dispositions du code des marchés publics ? ».

Devant ce péril manifeste, le Gerddes-Afrique appelle à un sursaut patriotique et à une solidarité internationale pour mettre fin à ces dérives et convie le gouvernement Talon à « s’engager dans la voie d’un dialogue national sans exclusive pour sauver le Bénin et sa démocratie ». Il faut le dire, en un peu plus d’un an de gestion, il y a un recul manifeste de la démocratie et de la bonne gouvernance. Le Bénin mérite bien une rupture de la rupture « talonienne ».

                                                                                                                                                                    Prosper A.