Togo – Fuite de cerveaux : le cas Charles Dogbévi

Togo – Fuite de cerveaux : le cas Charles Dogbévi

Sous l’effet d’une conjonction de facteurs, la fuite des cerveaux vers d’autres cieux à la recherche d’une vie meilleure est un phénomène qui va grandissant en Afrique. D’un pays à un autre, ces facteurs varient. Dans cet article, nous allons vous présenter un Togolais obligé de s’éloigner son pays non pas parce que celui-ci ne lui offrait pas des opportunités, mais simplement parce que persécuté du fait de la politique.

Une compétence avérée

Il a eu le mérite d’avoir marqué de son emprunte son passage à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo (CCIT). Charles K. Dogbévi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un ingénieur du monde financier qui a réussi à donner espoir au secteur privé togolais. Après ses passages réussis dans plusieurs institutions financières, il a décidé de revenir au bercail pour contribuer à l’essor économique de son pays.
Sous lui, la CCIT a retrouvé ses marques et les entrepreneurs, opérateurs économiques, bref le monde des affaires a retrouvé confiance. C’est la gloire avant la descente aux enfers. Car le retour de cet homme très passionné des défis professionnels et amoureux du travail bien fait ne sera que de courte durée. Ce passionné du travail est très vite rattrapé par les vieux démons de la politique.

Le trou noir… 

Une brève discussion dans le bureau d’un cadre de la CCIT nous a permis de savoir que ce natif d’Agou Attigbé, au sud-ouest du Togo, a été en effet approché par des hommes et femmes très influents du pouvoir en place pour mobiliser la jeunesse dans les rues de Lomé, en vue de contrecarrer les manifestations de rue de l’opposition qui secouent la capitale et plusieurs grandes villes du pays depuis le 19 Août 2017.

Selon Justin Mawuena, un ancien employé de la CCIT, on lui aurait même proposé de prendre la tête de la Jeunesse du parti UNIR. Mais c’est sans connaître l’homme. Charles Dogbévi ne se mêle pas de la politique. Et c’est tout naturellement qu’il décline cette offre assortie même de nomination à un poste ministériel.

Cette outrecuidance, il le paiera cher, très cher car soupçonné d’être un opposant. Entre intimidations et menaces, ce haut fonctionnaire du monde de la finance devait raser les murs chaque jour avant de se décider finalement à disparaître des radars de Lomé. Où se trouve-t-il actuellement et que fait-il ? Ses proches préfèrent garder le mystère.

Un Curriculum vitae assez éloquent

Nos investigations nous ont permis de mettre le grappin sur le CV de ce génie des finances. Avec à son actif une expérience professionnelle de plus de quinze ans entre autres au sein du monde financier et de l’investissement aux Etats-Unis, en France et au Kenya, Charles Dogbévi est diplômé d’un Master en Gestion des Affaires à l’Université Paris Dauphine en France. Ancien Directeur de l’Agence Principale de la Banque Atlantique Togo, son passage dans cette boîte a laissé des traces indélébiles. Ses ex-collègues s’en souviennent avec nostalgie. « Charles était quelqu’un de bien, il était à cheval sur la rigueur et la discipline », se souvient un cadre de la boîte qui a requis l’anonymat.

Ex- Directeur Général de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo où il n’avait aucun pouvoir de décision parce que systématiquement empêché, acculé jusque dans son dernier retranchement, il a également occupé le poste de Directeur de la Clientèle des Particuliers & Institutionnels à Orabank Togo. Ce génie togolais a par ailleurs été Directeur de la Région Afrique Centrale & Afrique du Nord de l’African Guarantee Fund (AGF) FOR SME Nairobi – KENYA. Son engagement aux côtés du secteur privé lui a permis de découvrir et de mesurer à leur juste valeur les problématiques actuelles auxquelles font face les Petites et Moyennes Entreprises pour leur éclosion.

Le monde financier en Afrique plus précisément en Afrique Sub-saharienne, que maîtrise parfaitement Charles Dogbévi, dispose encore d’énormes potentialités pouvant être profitables aux entreprises dans la région, et ainsi directement au tissu économique des pays de la zone. Et c’est cette tête si bien faite que des pratiques politiques d’un autre âge ont obligée à quitter son pays qui a plus que besoin des compétences comme lui pour amorcer véritablement son développement économique. C’est avec un grand regret et une profonde amertume qu’un ancien directeur général d’Orabank Bank parle de lui aujourd’hui. « Je n’aime pas parler de Charles aujourd’hui. Quel gâchis ! Il n’aurait jamais dû quitter cette banque pour le Kenya. Et comme si ce n’était pas suffisant, il a choisi de faire confiance à l’appel à candidature de la ccit, qui était en réalité un miroir aux alouettes « , a nous confié cet ancien haut cadre de la banque, la tête baissée.

À l’image de Charles Dogbévi,  Dieu seul sait combien ils sont,  ces Togolais pétris de talents,  qui monnaient leurs compétences sous d’autres cieux loin de leur terre natale qui a plus que jamais besoin d’eux pour son développement amorcé sous Faure Gnassingbe depuis quelques années.