Bénin : Patrice Talon décidé à s’approprier les biens de Martin Rodriguez

Bénin : Patrice Talon décidé à s’approprier les biens de Martin Rodriguez

  • Tentative éhontée de déposséder Martin Rodriguez de ses biens

  • Graves menaces pour la communauté des affaires du Bénin

  • Vers une monopolisation du business au Bénin

Martin Rodriguez, l'homme à abattre pour le président Patrice Talon

Martin Rodriguez, l’homme à abattre pour le président Patrice Talon

Concurrents en affaires, devenus adversaires politiques lors des présidentielles 2016, Patrice Talon n’a jamais vu d’un bon œil les succès de Martin Rodriguez. Avec pour ambition de l’asphyxier financièrement et de s’approprier ses biens, dans le but d’une recherche effrénée du gain et d’une monopolisation du business au Bénin, Patrice Talon est prêt à tout.

A son goût, Martin Rodriguez est trop intransigeant et franc. Patrice Talon lui reproche de l’avoir toujours concurrencé et de ne l’avoir pas soutenu contrairement aux autres, lors du processus électoral ayant conduit à son élection. Et même si cela n’avait pas été le cas, sa propension à vouloir s’accaparer de tout et devenir outrancièrement riche l’aurait conduit à déclarer une guerre contre le seul qui lui a toujours dit la vérité en le regardant dans les yeux. Car ça, Martin Rodriguez sait le faire. Froid, émotionnellement réservé, discret et très amical, il est celui qui connait le mieux Patrice Talon, comme le prouve sa conférence de presse tenue la veille du scrutin du premier tour, dans son Marina Sheraton. Un point de presse qui loin de faire le bien à l’actuel président, tout en lui dressant un portrait évident, décrit sa personnalité intrinsèque.

Une fois au pouvoir, le Président Talon s’est donné une seule mission : finir avec le très pondéré Martin Rodriguez et par la même occasion usé de sa malice pour faire main basse sur ses biens.

Minable tentative d’appropriation de l’hôtel Marina Sheraton

Mercredi dernier, l’ex premier ministre de Yayi Boni, actuel ministre d’Etat secrétaire Général de la Présidence de la République du Bénin  Iréné Koukpaki signifiait une décision gouvernementale prise en Conseil de ministres, disant que l’Etat récupérait quatre hôtels, à savoir le Marina Sheraton, la Croix du sud, le Plm Alédjo et le motel d’Abomey. Il serait reproché aux hôtels ne pas faire suffisamment d’entretien. La décision est réputée minable et trop prévisible. Pour deux ou trois raisons. Non seulement les hôtels Croix du sud et le Plm Alédjo et le motel d’Abomey  dont on parle n’existent plus, et que ipso facto on comprend que la décision en réalité, va directement au Sheraton, mais aussi parce que le Sheraton est une propriété privée de Martin Rodriguez.

Quelques jours plus tôt, avant la décision du gouvernement, quelques ex-employés de l’hôtel Marina Sheraton accompagnés du secrétaire général du CSTB, Paul Esse Iko, qui avait été trompé dans l’affaire sans s’en rendre compte, constitués en mouvement syndical, avaient simulé une manifestation de mécontentement devant le siège de la Bourse du travail et demandaient à l’État de reprendre l’hôtel à Martin Rodriguez. Ils avaient argué que leur initiative est sous-tendue par le ‘‘désordre et non-entretien’’ de l’hôtel par Martin Rodriguez. Pourtant, pour rappel, le mouvement syndical en question avait été créé à l’époque des élections présidentielles sous l’impulsion de Patrice Talon pour le soutenir. Et aujourd’hui, l’élection derrière, le mouvement s’est trouvé une nouvelle cause. Quelques jours plus tard, avant même la décision en conseil de ministres, nous confie un agent du ministère de l’énergie, le gouvernement a fait envoyer des techniciens qui sont allés couper l’électricité à l’hôtel Marina Sheraton et a bloqué tous les comptes de Martin Rodriguez qui se trouvent dans les banques du Bénin. Des agissements curieux à la lumière de la République bananière qu’est en train de bâtir Patrice Talon.

Actionnaire majoritaire de l’hôtel Novotel et alors que Martin Rodriguez est actionnaire minoritaire dans le même hôtel, le président Talon ne voudrait sûrement pas retirer l’hôtel Marina Sheraton au vrai propriétaire pour éviter la concurrence. D’après une explication d’un proche de la primature, « Patrice Talon veut l’hôtel parce qu’il veut tout simplement fatiguer et asphyxier Martin Rodriguez, car poursuit-il, cet hôtel symbolise la force de Martin Rodriguez. La dernière fois quand moi j’y suis allé, je n’ai pas vu un manque d’entretien. Tout était propre ». Mais une question demeure. L’État peut-il déposséder un citoyen de ses biens, juste par décision  gouvernementale, sans raison et sans que le citoyen puisse se battre ? Patrice Talon  persécute et s’acharne contre Martin Rodriguez dans une affaire qui ressemble sérieusement à un règlement de compte.

Martin Rodriguez, le seul vrai propriétaire du Marina Sheraton

Jusqu’en 2003, le Bénin Marina Hôtel était encore la propriété de l’Etat Béninois, qui éprouvait sous Mathieu Kérékou des difficultés pour le gérer. Après avoir lancé quatre appels d’offre sans suite, le gouvernement lancera un cinquième appel d’offre qui accrochera l’attention d’un fils du pays. Martin Rodriguez achètera l’hôtel et payera cash, nous raconte un ancien ministre de Kérékou. Le seul hic est que le gouvernement ne lui délivrera jamais le code d’investissement qui devrait lui permettre d’investir comme il veut dans l’hôtel. Il faudra attendre l’arrivée Lionel Zinsou pour lui délivrer le fameux code (utilisable seulement un ou deux ans après la délivrance), deux mois avant son départ.

Entre temps, toujours selon l’ancien ministre, après l’acquisition de l’hôtel, certains véreux membres du gouvernement ont envoyé des techniciens pour prendre les mesures du terrain de l’hôtel. Protestant contre la pratique, Martin Rodriguez s’est laissé dire que le sol ne faisait pas partie du contrat d’achat. Pour que cela soit ainsi, « il faudra payer plus », lui a-t-on acté. Finalement, les ministres ont procédé à une revalorisation de l’hôtel et le magnat Béninois a payé. Après il a dû encore payer 500 millions de FCFA supplémentaires pour l’enregistrement de l’achat de l’hôtel, une action qui aujourd’hui est gratuite.

Avec les papiers à l’appui, le titre foncier, les pièces justificatives de l’achat et autres, il est clair aujourd’hui que le Marina Sheraton est une propriété privée et exclusive de Martin Rodriguez et qu’aucun Etat ne devrait le lui retirer. C’est d’ailleurs avec plein de certitude qu’il se prépare à en croire un de ses proches, à saisir la cour spéciale de l’OHADA pour régler cette magouille du président béninois.

Graves menaces…vers une monopolisation des affaires au Bénin

Depuis son arrivée au pouvoir, Patrice Talon ne cesse de manifester sa dangereuse envie de monopoliser le monde des affaires au Bénin. Ne se souciant pas des conflits d’intérêt, juge et partie dans beaucoup d’affaires comme celles du coton, le président béninois prend de jour en jour des décisions aussi calamiteuses qu’arbitraires.

Après la décision de se payer les imaginaires dettes de l’Etat envers lui, et d’allouer des caisses de l’Etat plus de 42 milliards aux usines par l’intermédiaire de l’AIC, une association des cotonculteurs dont il est le parrain, financé à 40% par l’égrenage du coton, mettant ainsi ces entreprises en pole position, Patrice Talon a pris la décision arbitraire de fermer le Marlan Coton industrie situé à Nikki au nord du pays, une propriété de Martin Rodriguez. La société qui compte près de 900 employés et dont le propriétaire venait d’investir 20 milliards pour la campagne de l’année 2017 a ainsi cessé toute activité, conformément au bon vouloir du chef de l’Etat. Dans les coulisses, on apprend que Patrice Talon demande à Martin Rodriguez la somme colossale de 9 milliards de FCFA pour lui rouvrir l’usine jusqu’à même avoir l’outrecuidance de lui proposer de travailler plutôt pour lui. « A ce jour, le président de la République dirige seul la filiale du coton et gré à gré », déclare un cotonculteur.

Fait plus éloquent, la gestion du port autonome de Cotonou. Dès son arrivée, le nouveau président soit a intimidé toutes les autres boîtes et les a fait partir, soit il les a incorporé. Aujourd’hui seule SATRAL, sa société gère tout au port. Pire, pour prétendument décongestionner le port, Patrice Talon est allé implanter un port sec privé lui appartement et a exigé un transit obligatoire après l’arrivée des marchandises au port autonome. Par ce moyen, il prend de l’argent à tous ses rivaux et pourquoi pas, les décourage par la même occasion.

D’un autre côté, Patrice Talon a aussi tout fait pour contrôler la filière de l’acajou. Anciennement dirigée par un pakistanais qui a travaillé pour positionner le Bénin comme 5ème producteur mondial, le nouveau président l’a contraint avec une rocambolesque affaire de drogue pour lui retirer la filière. Aujourd’hui la filière est dirigée par un de ses hommes de mains.

Patrice Talon a déjà tenté d’en finir avec Sébastien Ajavon, aujourd’hui il veut finir avec Martin Rodriguez et tous les autres hommes d’affaires après. Sébastien Ajavon, contre qui il est entré en guerre détient, selon ses proches, des secrets sur des fraudes électorales, l’ayant conduit au pouvoir. Selon des hackers électoraux arrêtés au Gabon, les fichiers de la LEPI auraient été piratés pour être reprogrammés et les agents de la commission électorale auraient été corrompus, sous l’instigation de Patrice Talon. Sébastien Ajavon, serait en réalité arrivé 2ème après Lionel Zinsou. Interpellé et gardé en vue quelques jours par la police pour une affaire nébuleuse et imaginée de trafic de drogue, Ajavon sera libéré plus tard grâce à une sage décision de justice. Insatisfait, Patrice Talon va ordonner au procureur de faire appel de la décision. D’après les indiscrétions, il serait en train de préparer une condamnation avec sursis à son endroit, et il pourra ainsi plus jamais être candidat aux présidentielles et se verra moralement détruit.

Le nouveau président a décidé de prendre ses cinq ans au pouvoir pour s’approprier tout et éliminer tous ses concurrents ou rivaux, à travers règlements de comptes et attaques malsaines. De quoi faire fuir les investisseurs au Bénin. Et peu importe s’il doit privatiser tout l’État béninois et en devenir le propriétaire. C’est l’occasion d’interpeler le peuple béninois, les parlementaires et les forces vives du pays à se réveiller pour sortir du joug du président Talon décidé à faire du Bénin sa propriété privée.

Prosper A. NDONG