Gabon: Ces « anges gardiens » de l’ombre d’Ali Bongo

Gabon: Ces « anges gardiens » de l’ombre d’Ali Bongo

Les soucis de santé d’Ali Bongo ont suscité des desseins obscurs et énormément éprouvé la stabilité du Gabon. Aujourd’hui le Président a manifestement repris la main et le contrôle de son pouvoir. Et c’est grâce à des dignitaires du pouvoir, civils comme militaires, qui se sont illustrés durant cette période de flottement comme les gardiens du temple, de par leur loyauté absolue au Président. Mais derrière ces personnalités officielles, se cachent deux « anges gardiens » du Président à l’efficacité redoutable : la Première dame Sylvia et le fils Nourredine…

Ali Bongo fait le grand ménage

Théophile Ogandaga nouveau directeur de cabinet de la Présidence de la République du Gabon

Jeudi 7 novembre 2019. Brice Laccruche Alihanga n’est plus Directeur de Cabinet de la Présidence de la République. En conseil des ministres présidé par le Chef de l’Etat Ali Bongo himlself, il a été démis de ses fonctions et remplacé par Théophile Ogandaga, jusque-là Directeur général adjoint d’Olam. Laccruche est tout de même nommé au gouvernement au poste de ministre chargé du Suivi de la stratégie des investissements humains et des Objectifs de développement durable.

La nouvelle est intervenue comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Personne, en tout cas pas le commun des Gabonais, ne pouvait la prédire, d’autant plus qu’il s’agit de « Son Excellence » Brice Laccruche Alihanga, Monsieur le DirCab (Directeur de Cabinet). Nommé à ce poste depuis août 2017 en remplacement de Martin Boguikouma, Brice Laccruche Alihanga s’est rendu incontournable. D’aucuns parlent de toute-puissance développée par le Directeur de Cabinet. L’intéressé même, alors que la rumeur bruissait sur son éventuelle éviction imminente, balayait du revers de la main et tentait de rassurer ses détracteurs qu’il y est encore et reste.

Son influence était déjà manifeste autour d’Ali Bongo. Il s’est notamment rendu incontournable depuis la survenue de l’accident vasculaire cérébral (AVC) en octobre 2018, l’urgence de la communication présidentielle et la gestion même du pouvoir durant la longue période d’absence du Chef de l’Etat. D’aucuns  le présentaient même comme former une paire de choc avec la Première dame Sylvia Bongo pour la protection du Président de la République. Mais ce dernier l’a démis de ses fonctions ce jeudi 7 novembre, alors même que rien ne l’annonçait. Dans la foulée de son éviction (sic), on assistera à des interpellations dans les rangs des protégés de Brice Laccruche. Ce que certains appellent, à tort ou à raison, comme une chasse aux sorcières, mais qui en réalité, est une « guerre sainte pour la bonne gouvernance ».

Nourredine Bongo Ondimba le Fils du Président Ali Bongo

Cette tournure des événements, pour les sources avisées, est une consécration de la (re)prise de contrôle du Président Ali Bongo sur la gestion du pays. « Ali is back », s’est réjoui un de ses admirateurs de l’ombre, suite au limogeage du tout-puissant DirCab, et d’ajouter : « La pagaille a assez duré. Il reprend le contrôle sur les choses et fait le grand ménage». En effet, des sources évoquent des actes d’une gravité ostentatoire assimilables même à de la trahison, que l’on se retient de rapporter ici, et qui justifieraient cette purge (sic). Mais, au-delà de tout, cette reprise de contrôle du pouvoir est favorisée par certaines influences positives discrètes, de bons rôles joués par une paire de personnes au cours de la période mouvementée traversée : l’épouse Sylvia et le fils Nourredine.

Ces « anges gardiens » du Président

Les soucis de santé d’Ali Bongo ont suscité des desseins obscurs, certains qui ne juraient que par lui, ont tenté de le poignarder dans le dos. N’eût été la vigilance d’un cercle restreint de collaborateurs à lui restés fidèles, peut-être que le pouvoir aurait changé de main. Mais à côté du rôle de ces personnalités officielles et « gardiens du temple », se trouve la partition de la Première dame Sylvia Bongo et du fils Nourredine. « Ce sont les deux anges gardiens sans doute mandatés par le Seigneur pour veiller sur le Président ». Cette euphorie d’un des plus fidèles d’Ali Bongo offre une caricature parfaite de la chose. 

Sylvia Bongo Ondimba, Première Dame du Gabon

Sylvia Bongo, depuis l’avènement au pouvoir du Président Ali en 2009, s’est illustrée comme une épouse loyale, aux côtés de son mari. Discrète, elle n’aimait pas crever l’écran et s’effaçait volontiers pour mettre en lumière son époux. « C’est une âme bien née, une dame de la haute civilisation (…) Elle connaît les rouages de la gestion du pouvoir et la place d’une Première dame », glose une de ses vieilles connaissances françaises. Mais depuis la survenue de l’accident vasculaire cérébral (AVC) du Président en octobre 2018 et face à la problématique de sa longue période de convalescence, Sylvia a pris ses responsabilités.

La Première dame s’est en effet dressée comme un mur de sécurité autour de son époux souffrant et donc fragile. Des séjours médicaux à Londres en Angleterre à la période de convalescence à Rabat au Maroc en passant par  l’hospitalisation à Riyad en Arabie Saoudite, Sylvia a dressé un véritable mur autour de son époux, personne ne pouvait voir le Président sans passer par elle, même ses collaborateurs les plus directs et les membres de sa famille génétique. « C’était elle presque le médecin soignant du Président, sa garde rapprochée et tout à la fois. Impossible de voir le Président sans son aval », rapporte un collaborateur de longue date d’Ali Bongo. Et d’ajouter : « C’était un peu la Commander in Chief (…) Elle s’est donné comme mission de veiller à la santé de son époux bien-aimé. Ce n’était surtout pas le moment de l’abandonner dans sa situation. Le mariage, n’est-ce pas pour le meilleur et pour le pire ? Elle a fait sien ce précepte de la vie rappelé par les maires lors des mariages ». Cette protection autour de son mari, elle l’a tant et si bien assurée que même certains des collaborateurs proches du Président et membres de la famille génétique en ont fait les frais. Illustration, le bruit fait par les membres de la famille en juillet dernier, suite au refus de Sylvia de les laisser accéder à son époux.

Le Président Ali Bongo Ondimba et son épouse Sylvia 

Au-delà de sa santé, Sylvia Bongo s’est donné pour mission de protéger aussi l’héritage de son époux dans toute sa dimension.  Ces périodes de quasi-vacance du pouvoir étant souvent des moments de grandes influences et pressions, Sylvia Bongo a été l’objet de fortes pressions, directes ou indirectes, de la part de l’entourage même de son mari, dans le sens du basculement du pouvoir. « Beaucoup de soi-disant collaborateurs étaient emballés. Si ce ne sont eux-mêmes les têtes de ponts, la plupart ont été associés à des tentatives de complots (…) Pour ces genres de choses, il faut chercher des cautions, et c’est ce qui était recherché par certains pour accaparer le pouvoir. Vous comprenez donc qu’une éventuelle caution de l’épouse serait géniale. C’est dans ce sens qu’elle a été l’objet de convoitises diverses (…) », informe un ancien ministre au faut des manœuvres ayant entouré cette affaire de santé du Chef de l’Etat. Mais c’était conter sans la résistance de Sylvia Bongo, restée droite dans ses bottes, ne cédant pas aux intimidations, influences, ni aux chantages doublés de menaces. « Beaucoup d’épouses auraient cédé aux pressions, surtout pour celles qui viennent de cultures occidentales et pas habituées aux négreries quand il s’agit du pouvoir », ajoute notre interlocuteur susévoqué.

Ce rôle de sentinelle, la Première dame l’a joué en bonne intelligence avec leur fils Nourredine. Devant les ambitions montantes des uns, les démarches suspectes des autres qui se font pourtant passer pour les plus fidèles du Président et agissant en son nom, le fils a été placé dans un rôle discret de conseiller de son père. « Il était en quelque sorte les yeux officiels et non officiels du Président. Sa tâche était de surveiller qui doit l’être, une sorte de sentinelle », se contente de dire un très proche de la famille présidentielle. A tort ou à raison, il lui est prêté des intentions d’avoir participé à l’éviction des bien de proches de Brice Laccruche Alihanga.

Qu’à cela ne tienne, ce duo Sylvia-Nourredine Bongo semble la meilleure chose qui soit arrivée au Président de la République…

Prosper AKPOVI