Gabon: Gouvernement / DES BRAS CASSÉS VIRÉS

Gabon: Gouvernement / DES BRAS CASSÉS VIRÉS

Gabon: Gouvernement

Etienne Massard, Ali Akbar Onanga et Christian Magnagna

DES BRAS CASSÉS VIRÉS

Au Gabon, le chef du gouvernement a décidé de se séparer de trois de ses ministres un peu plus de deux semaines après la prestation de serment du gouvernement devant le président Ali BONGO. C’était le 12 janvier dernier. Trois poids lourds de la précédente équipe ont donc quitté la barque. Il s’agit d’Étienne Massard Kabinga Makaga, ministre de la Défense,  d’Ali Akbar Onanga Y Obegue, ministre en charge de l’Agriculture et Christian Magnagna, ministre de l’Energie. A Libreville, on explique ce réaménagement par le souci de renforcer la cohérence des portefeuilles Ministériels. Mais les vraies raisons de certains changements sont à trouver ailleurs.

Le réaménagement gouvernemental a entre autres consacré le départ d’Étienne Massard Kabinga Makaga, remplacé à la tête du ministère de la Défense par Rose Christiane Ossouka Raponda. Cette dernière était jusqu’alors mairesse de Libreville.

Ministre de l’Agriculture, Ali Akbar Onanga Y Obegue s’en va et est remplacé par Biendi Maganga Moussavou. Christian Magnagna, quant à lui, laisse le portefeuille du ministère de l’Énergie à Emmanuel Tony Ondo Mba.

 Des raisons cachées

Pour Nanette Longa, Porte-parole du gouvernement, les changements intervenus au sein de l’équipe gouvernementale s’explique par le souci de renforcer la cohérence des portefeuilles ministériels. « Ce réaménagement devrait renforcer la cohérence des portefeuilles ministériels. Notamment la mise en cohérence de la stratégie énergétique avec la valorisation des ressources minières rattachées à l’Eau et à l’Energie ; le renforcement de la promotion des investissements qui sera désormais du ressort du ministère de l’Économie et la volonté de mettre en cohérence la politique de promotion des PME/PMI avec le Commerce », a-t-elle déclaré sur sa page Facebook.

Toutefois, le départ de l’ex-ministre de la Défense, Etienne Massard Kabinga Makaga, a surpris plus d’un Gabonais.

Etienne Massard

« Son éviction de l’équipe gouvernementale est liée à la mutinerie d’une dizaine de soldats de la Garde républicaine, le 7 janvier dernier. Il lui est reproché sa réaction mitigée et pas assez réactif lors du coup d’Etat raté du début de l’année. Ce qui a remis en cause sa réputation d’homme à poigne et entraîné son départ. En plus, il a un comportement explosif que beaucoup apprécient très peu », nous a confié une source proche de la présidence gabonaise.

« En plus, quand bien même ministre de la Défense, Etienne Massard n’a jamais été proche de l’armée et n’a jamais su la motiver. Il était distant de forces de l’ordre et de sécurité. Ce qui n’est pas normal pour un ministre ayant ce portefeuille. Pire, il est à l’origine des grognes dans l’armée, des détournements des frais de mission des militaires gabonais de retour de mission en République Centrafricaine », ajoute cette source qui poursuit : « Etienne Massard Kabinga est un spécialiste des coups bas. Il en a toujours voulu aux Directeurs de Cabinet que choisit le président. Il n’a jamais porté dans son cœur Maixent Accrombessi, l’ancien Directeur de cabinet. Il en fait de même avec Brice LACCRUCHE ALIHANGA l’actuel Directeur de cabinet confirmé».

Un ancien collaborateur d’Etienne Massard est d’ailleurs revenu pour nous sur la façon dont celui-ci s’est comporté à l’endroit de son homologue ivoirien Ahmed Bakayoko lors de l’élection du nouveau grand maître de la loge maçonnique qui se tenait à Libreville.

« Alors qu’Ahmed Bakayoko est arrivé à Libreville avec un hélicoptère pour participer à cette cérémonie, Etienne Massard, alors ministre de la Défense, a refusé à l’appareil du ministre ivoirien d’atterrir. Ce dernier a dû rebrousser chemin et n’a pas participé à la cérémonie », révèle ce collaborateur qui n’a pas manqué de relever une autre raison qui a contribué à sa mise à l’écart. « On le soupçonne de détournement de fonds. En plus, il ne cache pas souvent ses ambitions de prendre un jour la tête du Gabon à la place du président ».

 Les cas Ali Akbar et Christian Magnagna

Détenteur du portefeuille de l’Agriculture, Ali Akbar Onanga Y Obegue, ancien secrétaire général du gouvernement, l’a perdu mercredi au profit de Biendi Maganga Moussavou à qui le ministère avait été retiré il y a environ trois semaines. C’est donc l’ancien titulaire du poste qui retrouve sa place. « Cette décision est motivée par les sollicitations des acteurs du secteur qui avaient été satisfaits de son passage », explique le gouvernement gabonais. Cette raison a été donnée officiellement pour ne pas mettre à nue la véritable personnalité d’Ali Akbar.

Ali Akbar

En effet, M. Akbar a été viré parce que spécialiste des coups bas touts azimuts. Des comportements que beaucoup lui connaissent et lui reprochent. En plus, il a été toujours opposé à la nomination des jeunes à la tête des sociétés d’Etat.

« Alors qu’il était Secrétaire général du gouvernement, Ali Akbar n’a pas du tout apprécié la nomination de Sayid Abeleko à la tête de l’Office des Ports et Rades du Gabon. Il a usé de tous les moyens pour que cette nomination n’intervienne pas. Consulté avant cette nomination, il avait bluffé ses interlocuteurs et leur a fait savoir qu’Abeleko n’était pas intéressé par l’OPRAG. Mais en réalité, ce qu’il voulait en tentant d’empêcher cette nomination, c’est de voir sa femme prendre la tête de cette société », nous révèle un proche de l’actuel patron de l’OPRAG. Des propos que nos investigations ont confirmés.

Le départ d’Ali Akbar du gouvernement est également lié à l’affaire du détournement de plusieurs milliards au trésor public à laquelle il serait lié.

« Ali Akbar est également à la tête d’une connexion islamique qui a voulu à tout prix envoyer le président passer sa convalescence au Maroc alors que d’autre pays étaient mieux équipés pour recevoir le président et lui permettre de recouvrer plus rapidement sa santé », fait savoir un ancien membre du gouvernement qui a travaillé avec lui pendant plusieurs années.

Christian Magnagna

En ce qui concerne Tony Ondo Mba son arrivée au ministère de l’Énergie a été favorisée par ses bonnes relations avec Brice Laccruche Alihanga, actuel Directeur de cabinet du président Ali Bongo Ondimba.

Par contre, Christian Magnagna a été lâché en raison de son manque de solidarité gouvernementale d’après nos enquêtes.  Il avait accusé le ministre de l’Economie de détournements.