Les Coups de la vie : «En voulant me tuer, ma belle-mère a tué son fils unique…»

Les Coups de la vie : «En voulant me tuer, ma belle-mère a tué son fils unique…»

Les Coups de la vie : «En voulant me tuer, ma belle-mère a tué son fils unique…»

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La vie est parfois cruelle, au point que je me demande parfois si Dieu existe vraiment. J’ai toujours pensé qu’il serait à mes côtés chaque fois que j’aurais eu besoin de lui. J’ai deux filles (des jumelles) et un garçon. J’ai 26 ans, et à cet âge, je suis déjà veuve et malheureuse.

Il y a de cela neuf ans, j’avais 17 ans. Je suis tombée enceinte d’un jeune homme de mon quartier. Il s’appelait Amara Coulibaly. Il était dans le même lycée que moi. Il faisait la Terminale quand moi, j’étais en Seconde. Mes parents étaient furieux.

Ils m’ont renvoyée de la maison. Je me suis réfugiée chez ma tante Mariam. Cette dernière a pris l’engagement de rencontrer les parents d’Amara Coulibaly pour leur faire part de la nouvelle. La mère d’Amara Coulibaly n’a pas été coopérative du tout. Elle a foutu ma tante à la porte en ajoutant que son fils ne m’avait pas invitée dans son lit. Ma tante m’a gardée chez elle pendant toute la durée de la grossesse.

Comme pour nous montrer sa méchanceté, la mère d’Amara Coulibaly a envoyé son fils poursuivre ses études en Espagne chez son oncle. Elle s’est arrangée pour qu’il ne puisse pas me dire au revoir. C’est longtemps après que son cousin m’a informée de son voyage.

Je me suis sentie abandonnée. Ma tante m’a soutenue jusqu’à mon accouchement. J’ai mis au monde des jumelles : Awa et Adama Après l’accouchement, mes parents m’ont pardonnée mon erreur et je suis retournée en famille. Ma mère a décidé d’informer les parents d’Amara Coulibaly pour que ces derniers reconnaissent mes filles. Mais, cette fois encore, sa mère a été très désagréable.

Cependant, j’avais des nouvelles d’Amara Coulibaly par le biais de son cousin qui m’assurait qu’il ne m’abandonnerait jamais. Mes parents se sont occupés de mes jumelles et de moi pendant deux ans. C’est après qu’Amara Coulibaly a réagi. Il s’est mis à m’appeler régulièrement, il s’est excusé auprès de mes parents pour sa mauvaise conduite et celle de sa mère.

Il a promis qu’il s’occuperait de nos filles et de moi, parce qu’il avait trouvé du travail. Et c’est ce qu’il fit. Il m’envoyait de l’argent régulièrement, ainsi qu’à mes parents, il m’a également promis le mariage dès son retour.

Figurez-vous que pendant tout ce temps, je voyais sa mère dans le quartier. Elle ne me parlait pas, encore moins à mes parents. Les jumelles ressemblaient beaucoup à leur père. Mais, elle ne les regardait même pas. D’ailleurs, selon son cousin, quand Amara Coulibaly a manifesté son désir de m’épouser, elle s’est mise dans tous ses états. Elle a dit qu’elle n’accepterait jamais cette humiliation.

En tout cas, ma famille et moi bénéficions des largesses d’Amara Coulibaly. Il me faisait jurer de ne pas avoir d’autre copain. Il voulait que je sois la mère de tous ses enfants. Moi j’étais amoureuse de lui et je n’attendais que son retour. Sa mère, en complicité avec des jeunes du quartier, ont raconté que je sortais avec un grand type marié. Ce jour-là j’ai su qu’Amara Coulibaly m’aimait vraiment.

Il a appelé mes parents plusieurs fois dans la même journée pour se plaindre. Ma mère eut beau le rassurer, il n’était pas tranquille. Quant à sa mère, elle ignorait quel service elle venait de me rendre à travers de tels ragots.

Deux jours plus tard, à la grande surprise de tous, Amara Coulibaly débarque à Bamako. Avant même d’aller chez sa mère, il est venu chez moi avec toutes ses affaires. Je dormais avec les enfants quand ma mère est venue me réveiller. Il était une heure du matin. Amara Coulibaly était plus beau qu’avant. Je n’en revenais pas. Je le sentais cependant un peu nerveux.

Après trois ans de séparation, les mots me manquaient. Ma mère lui a servi à boire, avant de lui demander les nouvelles. Il n’est pas passé par quatre chemins pour dire qu’il avait été informé que j’avais quelqu’un dans ma vie. Il était donc venu se rassurer qu’il n’en était rien. Ma mère et moi lui avons dit qu’il n’avait rien à craindre. Mais, il avait encore des doutes.

Cette nuit-là, nous l’avons passée ensemble. Ce n’est que le lendemain à onze heures qu’il a décidé de rentrer chez sa mère.

Il a insisté pour que je vienne avec lui afin d’aplanir les choses avec cette dernière. Elle était furieuse de savoir que son fils était arrivé depuis la veille et qu’il avait passé la nuit avec moi. Elle n’a même pas répondu à ma salutation. Elle a dit qu’elle ne m’accepterait jamais. Son fils a essayé de lui faire entendre raison, en vain. Quant à moi, je ne répondais pas à ses injures. Elle est allée jusqu’à dire que son fils était déjà marié avec une de ses cousines et que je perdais mon temps. Amara Coulibaly est resté seulement une semaine à Bamako.

Après son départ, sa mère racontait des ragots dans le quartier. Et que mes jumelles n’étaient pas de lui. Je me demandais parfois ce que j’avais bien pu lui faire pour qu’elle ait tant de haine envers moi. Elle se disputait chaque fois avec ma mère. Les querelles allaient souvent jusqu’aux mains. Lorsque j’ai expliqué la situation à Amara Coulibaly, il nous a priés de quitter le quartier. Ce que nous avons fait. La mère de d’Amara Coulibaly s’est arrangée pour nous retrouver. Elle nous a reproché d’avoir monté son fils contre elle. Elle disait qu’il ne s’occupait que de nous et l’avait abandonnée. J’ai donc appelé Amara Coulibaly pour lui demander s’il n’envoyait plus d’argent à sa mère. Il a répondu en expliquant qu’il continuait et continuerait toujours de s’occuper d’elle.

Il en avait marre maintenant. Il m’avait demandé de faire mes papiers et ceux des enfants pour le rejoindre. Quand tout fut prêt, je lui ai suggéré de venir voir sa mère afin qu’elle nous donne sa bénédiction pour notre mariage et notre départ en Espagne. Après neuf ans, j’étais prête à m’humilier pour que sa mère m’accepte enfin. Je souhaitais que la paix revienne entre nous.

Il a accepté et dès son arrivée, il a contacté ses oncles pour aller voir sa mère. Elle nous a reçus froidement. De toutes les façons, il fallait s’y attendre. Après les différentes interventions, je me suis mise à genoux pour demander pardon à ma belle-mère afin qu’elle m’accepte. Devant toute l’assemblée, elle a dit qu’elle laissait tout tomber et qu’elle me pardonnait. J’étais heureuse, Amara Coulibaly aussi.

La veille de notre départ pour l’Espagne, j’ai offert des pagnes à ma belle-mère. Elle m’a remerciée et nous a donné sa bénédiction. J’étais très heureuse. Nos jumelles avaient maintenant huit ans et nous formions une belle famille. Deux mois après notre arrivée, nous nous sommes mariés. J’étais déjà enceinte. Amara Coulibaly souhaitait avoir un garçon. Un soir, après le travail, il est rentré avec du courrier. Il a posé les lettres sur la table à manger. J’étais alors à la cuisine.

Il m’a informée que j’avais reçu une lettre du pays. Je me suis précipitée au salon, croyant qu’il s’agissait d’un courrier de ma mère. Comme j’avais les mains mouillées, il s’est proposé d’ouvrir l’enveloppe. Lorsqu’il a déplié la feuille, il a constaté qu’elle était vierge au recto comme au verso. On se demandait qui était l’auteur d’une telle blague.

Pendant la nuit, je me suis réveillée en sursaut en entendant mon mari se tordre de douleur. J’ai tout de suite appelé Issa, un de ses amis. Nous avons pris sa voiture pour le conduire à l’hôpital. Pendant tout le trajet, il me demandait de prendre soin des enfants, parce qu’il sentait sa fin venir. Il lâcha entre deux sanglots : «Elle a réussi à nous séparer». J’essayais de le réconforter. Malheureusement, il a rendu l’âme avant que nous n’arrivions à l’hôpital. Le lendemain, Issa Dramé se chargea d’informer ma belle-famille. Plus tard, il m’a rapporté que lorsqu’il lui avait annoncé la terrible nouvelle, ma belle-mère lui avait posé cette question : «Es-tu sûr que c’est mon fils qui est mort ? Ce n’est pas possible ! La lettre était destinée à sa femme !»

Lorsqu’Issa Dramé lui demanda de quelle lettre il s’agissait, elle ne répondit pas et éclata en sanglots. Je compris tout de suite que cette lettre qui m’était destinée, était porteuse de mort. Je n’ai jamais vraiment cru en la sorcellerie. Mais, avec ce que je venais de vivre, j’ai réalisé que la méchanceté de l’être humain peut lui faire faire des choses incroyables. En voulant me tuer, ma belle-mère a tué son fils unique.

Et le père de mes enfants. Le corps de mon mari a été transféré au pays pour l’enterrement. Quelque mois plus tard, j’ai accouché d’un garçon à qui j’ai donné le prénom d’Amara Coulibaly, son père. Je remercie ma famille et les amis d’Amara Coulibaly qui m’ont soutenue dans cette période difficile. Merci également à ceux qui m’ont accompagnée en Afrique et à ceux qui se sont occupés de mes jumelles en Espagne pendant mon absence. Un grand merci à Issa Dramé qui est resté auprès de moi pendant tout ce temps et qui m’a permis de retourner en Espagne auprès de mes filles.

Pour tous ceux qui auront l’opportunité de lire cette histoire, je prie Dieu pour qu’il vous protège, car le malheur nous suit partout où nous allons.

Le flambeau.