Libye / Des soutiens de taille pour le Maréchal Khalifa Haftar

Libye / Des soutiens de taille pour le Maréchal Khalifa Haftar

Libye / Offensive sur Tripoli

Des soutiens de taille pour le Maréchal Khalifa Haftar

Le Maréchal Khalifa Haftar, le Commandant de l’Armée nationale libyenne (ANL) contrôlant l’Est de la Libye, engrange des soutiens de taille, dans son offensive lancée depuis le 4 avril dernier sur la capitale Tripoli. Parmi eux, l’ancien eurodéputé français Michel Scarbonchi, mais aussi et surtout les Etats-Unis d’Amérique. Des soutiens qui devraient davantage booster l’Homme fort de l’Est du pays, lassé des atermoiements politiques et convaincu que seule une solution militaire permettra de sortir de la crise.

Michel Scarbonchi

Lancement de l’offensive

Jeudi 4 avril 2019. Dans un enregistrement audio diffusé sur Facebook, le Maréchal Khalifa Belqasim Haftar lance l’offensive sur Tripoli. Le commandant donne l’ordre à ses troupes d’ « avancer» et d’« entrer » dans la capitale, tout en épargnant les civils, les « institutions de l’Etat » et les ressortissants étrangers.
« Nous répondons à l’appel de Tripoli. Pour les héros de la nation, l’heure a sonné. Nous avons rendez-vous pour la conquête de Tripoli. Avancez alors, avec des pas confiants en Dieu, entrez dans la ville en paix, pour ceux qui veulent la paix. Soyez des défenseurs des droits et non des envahisseurs. Ne levez pas vos armes, sauf contre celui qui choisit de vous affronter. Ne tirez que contre les hommes armés. Ceux qui jettent les armes, ceux qui restent chez eux, ceux qui lèvent le drapeau blanc, seront en sécurité. Assurer la sécurité des habitants et protéger leurs biens, ainsi que toutes les institutions de la capitale, relèvent de votre devoir », lance le Maréchal Khalifa Haftar.

Cette annonce officielle a déclenché une avalanche de réactions. De Paris à Washington en passant par Londres ou New York, toutes les capitales occidentales condamnent par principe l’offensive, mais restent divisées sur le reste. Aux uns qui exigent du Maréchal Khalifa Haftar l’arrêt de l’offensive, s’opposent d’autres dirigeants du monde qui réclament de tous les belligérants l’arrêt des combats. Depuis ce 4 avril, les combats se poursuivent, autant que les tractations diplomatiques. Mais en attendant que l’unanimité ne fasse, le Maréchal Haftar, lui, engrange des soutiens.

Michel Scarbonchi comprend Hatfar

C’est l’un des tout premiers soutiens déclarés à l’initiative du commandant de l’Est. Et c’est dans une tribune que l’ancien député européen l’a exprimé. A en croire Michel Scarbonchi, l’idée de l’offensive sur la capitale remonte à deux ans auparavant, en 2017 donc, lorsque le Maréchal fut lassé de l’échec des accords de Skirhat. Mais il en avait été dissuadé par le ministre français des Affaires Étrangères Jean-Yves Le Drian, dépêché de toute urgence par Emmanuel Macron.
« Depuis cette date, des médiations, des réunions se sont succédées pour tenter d’aboutir à un accord entre les différentes parties, sans succès (…) Le dernier accord obtenu il y a dix jours pour une conférence nationale à Ghadamès aurait probablement, en l’état, abouti au même résultat : depuis 5 ans, à chaque fois que Haftar et Sarraj ont conclu un accord, le premier ministre de l’ONU, rentré à Tripoli, a dû l’annuler sous la pression des milices islamistes qui assurent sa sécurité, bénéficient de sa manne pétrolière et dont il est en réalité l’otage», relève Michel Scarbonchi.

L’ancien eurodéputé parle de « pantalonnade qui dure depuis 2014, avec la complicité de l’ONU, véritable « pompier-pyromane » en Libye, lorsqu’elle a mis en place l’illustre inconnu Fayez El-Sarraj à la tête du gouvernement national contre l’avis du Parlement de Tobrouk, seule institution élue du pays, allait probablement durer encore longtemps au détriment du futur de la Libye ». Il trouve « ubuesque » que les démocraties et institutions occidentales mettent « sur le même plan le vainqueur de Benghazi, première digue pour l’Europe contre le terrorisme islamique et le « premier ministre de l’ONU » incapable pendant des années d’empêcher la zone sous son contrôle de devenir un empire mafieux ! ».

Les motivations de l’offensive

Pourquoi lancer une offensive sur Tripoli ? Michel Scarbonchi, qui semble bien comprendre le Maréchal Haftar, l’explique. « Pour Haftar, la solution militaire est, hélas, désormais la seule façon de mettre fin au chaos libyen », écrit-il dans sa tribune.

Le commandant de l’Est a trouvé des raisons de poids pour légitimer cette attaque : « Libérer Tripoli du joug des milices islamistes est le moyen d’en finir avec les éléments de Daech et Al Qaida qui y sont réfugiés depuis la chute de Derna. En finir aussi avec tous les trafics—migrants, esclaves, armes, drogue, essence et prostitution—qu’organisent les milices et qui en tirent des revenus colossaux ».
Michel Scarbonchi fait observer que « le maréchal a acquis la conviction qu’entre lui, tenant de l’ordre et de l’unité du pays et « les rentiers du chaos » de la tripolitaine, l’accord était impossible. Pour lui, la prise de la capitale est la condition indispensable à l’unification, à la sécurisation et à la pacification du pays pour permettre la construction d’un État démocratique et souverain ».

L’aval de Washington

Depuis le début de l’offensive, les capitales occidentales se retiennent de prendre position pour le Maréchal Khalifa Haftar ou son ennemi juré le Général Fayez El-Sarraj, placé à la tête du Gouvernement d’union nationale et qui contrôle l’ouest du pays. Certaines puissances comme la France faisaient semblant. Mais aux dernières nouvelles, les Etats-Unis d’Amérique, eux, ont franchi le pas pour afficher ouvertement leur penchant pour le Maréchal Haftar.

Trois diplomates américains ont confirmé au confrère français Bloomberg le soutien de Donald Trump et de son conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton. Selon les indiscrétions, l’Égypte et les Émirats arabes unis auraient joué un rôle déterminant dans cette affaire. «Dans un appel téléphonique la semaine dernière, le président Donald Trump a indiqué à l’homme fort libyen Khalifa Haftar que les États-Unis soutiennent son assaut sur la capitale du pays, afin de renverser son gouvernement reconnu par les Nations unies», relèvent ces diplomates, et de rapporter qu’«un second entretien téléphonique avec John Bolton, le Secrétaire d’État à la Sécurité nationale, a donné aussi l’impression à Khalifa Haftar d’avoir reçu le feu vert de la Maison-Blanche pour poursuivre son offensive militaire contre Tripoli».

Comment cette offensive va-t-elle se terminer ? C’est justement cette inquiétude qui triture les méninges. On redoute un bain de sang, dans un pays divisé entre deux factions ; d’un côté le Gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par Fayez el-Sarraj, qui contrôle l’ouest du pays et est reconnu par les puissances occidentales et l’ONU, et de l’autre le Gouvernement de Tobrouk, à l’Est, dont l’homme fort est le maréchal Khalifa Haftar.

 

                                                                                                                        Prosper A.