Bénin/ Projet de toilettage de la constitution: Patrice TALON… vers le Chaos de la République!

Bénin/ Projet de toilettage de la constitution: Patrice TALON… vers le Chaos de la République!

Alors que le peuple ploie sous le joug de la pauvreté et peine à s’offrir un repas complet par jour, le Président Patrice Talon, comme hanté par le fantôme de Boni Yayi, et volontairement sourd à ce cri de détresse de la rue béninoise, semble n’agir exclusivement que pour se débarrasser de tout ce qui pourrait lui rappeler les traces du passage à la tête du pays du gênant prédécesseur. Ainsi, sous le couvert des réformes institutionnelles et politiques à l’inavouable finalité, l’Exécutif béninois est déterminé, depuis le 6 avril dernier, à liquider méthodiquement tous les symboles enviables de la décennie Yayi. Suspendant tous azimuts sans oser ni supprimer ni annuler, on remplace par les siens sans vraiment limoger l’ancien occupant des lieux ou des charges ; on met en stand-by sans endosser le risque juridique de devoir renvoyer pour de vrai. Tout ceci, veut-on croire, en attendant l’ultime couronnement de l’imposture par le basculement attendu de la République vers le néant. A la faveur bien sûr de la révision constitutionnelle en projet que son auteur se glorifie cependant d’avoir pu refuser précédemment au régime défunt ! De qui se moque-t-on ?

 

Unanimement, les Béninois s’accordent pour reconnaître au Président Thomas Boni Yayi tous les traits d’un bâtisseur-né ; au demeurant très reconnu et salué de ce fait par la communauté internationale. Ce qui, sans exempter celui-ci de critique, ne peut toutefois en rien s’accommoder du détestable tableau qu’on s’évertue à peindre de lui depuis sa sortie de scène. Mais, hélas, vous êtes au Bénin. Et, ceci expliquant cela, il faut croire que la fièvre galopante du révisionnisme tout-feu-de-tout-bois, incompréhensiblement nourrie par le chef parachuté du régime béninois de la rupture, Patrice Talon drapé de son royal déni, semble ne vouloir reculer devant rien pour mettre à sac l’honorable bilan des dix ans de  l’émergence nationale et de la refondation républicaine. Ceci, sans s’embarrasser de scrupules pour coller grossièrement d’inextricables gros mensonges sur les lèvres de l’histoire nationale récente dont il fut pourtant le bras séculier le mieux armé. A quelle fin utile, se demande-t-on ? Là est l’épineuse question qui, malgré le génie sans pareil du parjuré, ne parvient pas à occulter totalement les égoïstes noirs desseins d’un prédateur-né.

Le dilatoire de la révision constitutionnelle ; pourquoi faire ?

Le Bénin, loin s’en faut, n’est pas confronté à l’absence de textes, mais bien plutôt à la juste application de ceux-ci. Comme vitrine ouest-africaine de la démocratie régionale, le pays n’a pourtant cessé d’étonner et d’inspirer le monde entier par son exception politique qui vaut aujourd’hui à Patrice Talon de s’être posé dans le fauteuil du Palais de la Marina. Pourquoi donc vouloir changer un modèle gagnant au point d’en faire la plus ardente obligation républicaine de tout un quinquennat ?!

D’ailleurs, existe-il dans la Constitution béninoise de 1991 un seul passage qui, en 2021, obligerait Patrice Talon à ne pas candidater à sa propre succession ? A l’évidence, la réponse c’est non, trois fois non. Et, à supposer aussi que s’opère entre-temps la révision constitutionnelle et qu’il y est glissé le septennat unique promis en campagne électorale, dans quelle mesure une telle disposition de la nouvelle République en perspective s’impose-t-elle au futur Président-sortant qui ne fut élu, lui, que sur la base de la constitution antérieure ? Là encore, aucune, absolument aucune. Ni dans la forme, ni dans le fond ; et surtout pas en terre politique béninoise  où la simple parole donnée n’engage visiblement que celui qui y croit. Au Sénégal par exemple, le très honorable Abdoulaye Wade, à la parole jusqu’alors pourtant plus crédible partout que celle d’un Patrice Talon nulle part jusqu’ici, en offre la plus parfaite illustration : « Oui, j’ai dit, je me dédis ! ». Qui dit mieux ?

D’un autre point de vue, si Patrice Talon devrait réellement faire qu’un mandat unique, avec tous les chantiers à abattre (développement économique, éducation, santé, infrastructures, ODD etc.), de quel temps disposera-t-il alors pour un débat sérieux d’envergure sur la fameuse modification constitutionnelle ? Autant donc s’avouer que le nouveau départ ne pourra jamais mener de front que l’un ou l’autre chantier ; sans même pouvoir en garantir le total succès d’aucun. Mais la promesse des deux chantiers à la fois, c’est encore si besoin était, une fausseté de plus dans la stratégie de conquête du pouvoir d’Etat et sa conservation scélérate par l’homme d’affaires en politique. A preuve, le président Talon qui n’est manifestement mué que par ses seuls égoïstes calculs d’intérêts n’a-t-il pas damé le pion aux politiques de tous bords auxquels indifféremment il promettait tant ?! Auparavant, ne les a-t-il pas tous lancés les uns contre les autres dans la compétition présidentielle pour ensuite les sevrer brutalement de sa manne nourricière aux fins de mieux les domestiquer une fois tous à genoux ?

 « Mon implication dans le débat politique n’est pas une chose nouvelle, même si l’enjeu et le contexte actuels ont pu donner davantage de relief à mon action », confiait Patrice Talon aux confrères de Canal 3 et Golf TV au sujet de son rôle présumé dans l’élection du Bureau de l’Assemblée nationale de la mi-2015 qui avait basculé en faveur de l’opposition. A l’occasion, on pouvait se fourvoyer de voir en l’homme le sauveur de la République. Mais, dans ses aveux de la politique du pire, il lèvera plus tard l’équivoque en ces termes : « Mon implication dans le débat politique et mon appui à la classe politique toutes tendances confondues sont pour moi la meilleure façon d’entretenir la compétition ». C’était à la veille du retour au bercail de l’exilé de Paris ! Qui a volé un œuf, volera un bœuf, dit-on. Mais qu’en est-il de celui qui, habituellement, vole des bœufs ? Et à la limite, pourquoi faut-il absolument réviser maintenant la constitution béninoise ?

Soit, la raison invoquée par Patrice Talon est de bon sens, notamment quand il dit que Boni Yayi a été obnubilé par la révision de la constitution dès son élection en 2006 et croit qu’un mandat unique permettrait de ne penser qu’à mettre son programme en œuvre et non à sa réélection. Cependant, on peut lui opposer les arguments suivants qui plaident le fait de conserver le modèle actuel de la constitution de 1991. Certes, quelques illustres personnages comme Nelson Mandela n’ont fait qu’un mandat. Mais Mandela sortait de vingt-cinq années de prison en 1990 à 72 ans pour être élu Président à 76 ans en 1994. La sagesse africaine lui a commandé de ne pas renouveler son mandat en 1999 ; autrement, il aurait terminé un second mandat à 84 ans alors qu’il se sentait déjà diminué physiquement en fin du premier. Et pourtant, après plus d’un demi-siècle de politique d’apartheid en Afrique du Sud à l’évidence, il eût fallu un second mandat pour Nelson Mandela pour consolider sa politique de rénovation et de refondation pour une Afrique du Sud multiculturelle avec des cadres et leaders africains qui auront eu le temps de s’aguerrir aux affaires de l’État et conduire leur pays à bon port. C’est dommage pour le peuple Sud-africain, car on a vu comment les acquis tant économiques que démocratiques ont décliné très rapidement parce que ses successeurs n’ont pas été à la hauteur des enjeux et des attentes des Noirs Sud-africains après un seul mandat du charismatique Président Mandela. On peut penser légitimement redouter que cela n’arrive si Patrice Talon ne consolide pas sa politique de refondation par un deuxième mandat. Car, ce n’est pas parce que lui-même se serait exempté d’être obnubilé par son propre renouvellement que d’autres de son environnement le sachant, ne vont pas passer leur temps à se positionner pour être le dauphin du roi. Et encore, rien ne garantit le contraire. Imaginez que le Bénin se soit épargné la deuxième phase de la double expérience Mathieu Kérékou ? Autrement dit, même le subterfuge devant interdire les anciens présidents à la présidentielle ne semble qu’un énième cheval de Troie d’un homme qu’il ne faut jamais prendre et croire au premier degré.

Enfin, rares sont les pays du monde où il existe des régimes à mandat unique. En dehors des monarchies, mais dont la plupart disposent tout de même d’un gouvernement de mandat renouvelable une fois. Ou encore de quelques rares pays à idéologie communiste (Cuba) ou néolibérale dure (Corée du Nord). On ne parle pas ici, bien évidemment, des autocrates africains bien confortés par leur tutelle coloniale où le mandat, même si la constitution prévoit différemment, est souvent à vie ou s’arrête quand la mort surprend le chef de l’exécutif. C’est dire que, outre ces menues exceptions donc, la quasi-totalité des pays du monde bénéficient d’un régime à un mandat renouvelable une fois. Et, aucun de ces pays qui se respectent ne fait de la révision constitutionnelle, comme ici, un programme de gouvernement ou un projet de société.

Tenez, adoptée le 17 Septembre 1787 à Philadelphie en Pennsylvanie par une convention présidée par Georges WASHINGTON, la constitution des États-Unis d’Amérique par exemple, seulement riche de sept articles en application depuis le 4 mars 1789, n’aura connu, malgré ses 229 années d’existence, que quelque 27 amendements ! Quelle justification a-t-on donc de vouloir à tout prix refaire la même chose avec les mêmes personnes, excepté Abdoulaye Bio Tchané ? Regardez tout de même par menu détails la composition de la commission technique créée à dessein : outre l’entrée fracassante inévitable du Président, le Ministre de la Justice François Djogbénou qui fut et reste peut-être l’avocat de l’homme d’affaires Patrice Talon, quoi de neuf sous le soleil du ‘’désert de compétences’’ selon le bon mot de son auteur ? Pour autant, il a fallu par exemple attendre les années 90 pour voir la constitution française être modifiée afin de passer d’un septennat renouvelable à un quinquennat renouvelable sans passer de la 5ème à la 6ème République. Aucune commune mesure avec le vent réformiste du Bénin de la rupture qui ne se cache même pas de vouloir rompre tout et avec tout le monde. Pendant ce temps, les vrais enjeux des réels défis du développement attendront-ils ?

La méthode Talon

C’est déjà l’une de ses caractéristiques principales de savoir s’appuyer avec brio sur les faiblesses de lucre de l’esprit malade de ses compatriotes. Un jour, s’étant soudainement trouvé de l’esprit et s’imposant devoir ironiser devant un parterre de journalistes lors de la campagne électorale, le candidat d’alors ne croyait pas si bien dire en prévenant : « On m’a souvent présenté comme un « voleur de coton », mais « j’ambitionne d’être vu autrement » ». Voilà donc le type de procédé par lequel cet homme d’argent – qui dit cyniquement aussi que « La fortune n’est pas [son] leitmotiv » – aime et sait se dédouaner toujours à bons comptes. Ce 29 octobre 2015 là, encouragé par la crédulité des professionnels des médias gobant complaisamment ‘sa came’, Patrice Talon poursuit : « … Que je gagne ou que je perde, j’ai fini avec les affaires. Je céderai une part de mes actions à mes associés, je vais en vendre, les enfants hériteront du reste ». Eh bien, une fois élu, le Président Patrice Guillaume Athanase Talon n’attendra point pour prouver le contraire. Ses premiers et seuls vrais grands actes de gouvernement à ce jour concernent curieusement sa reprise en main du secteur cotonnier et la confortation de son monopole privé légendairement rêvé sur l’économie portuaire du pays. En cela, l’homme ne fait que se rejoindre par cette autre phrase qu’à peu d’intervalles de jours, il asséna à l’intention d’un Malick Gomina plus accommodant que jamais : « …Contribuer au débat politique et exercer une activité économique ne sont pas antinomiques », avant de se demande : « L’essor ou le déclin d’une nation n’est-il pas toujours tributaire de la bonne ou mauvaise gouvernance politique ? ».

En tous cas, c’est un fait admis partout au-delà de la simple compréhension empirique des manuels constitutionnels, l’Etat c’est la continuité. Et par exemple, c’est au nom de ce principe inviolable que les descendants aujourd’hui des négriers d’hier ne peuvent a posteriori se dérober à leur responsabilité à tout le moins morale face aux héritiers des victimes de la traite et du commerce triangulaire d’antan ; que l’Allemagne de Merkel ou celle qui se fera toujours s’imposera le digne devoir humaniste de ne pas fâcher la vérité de l’héritage douloureux des enfants de la shoah ; que l’Afrique du Sud de demain reste à jamais tributaire du traitement fait au présent des avatars et stigmates de l’apartheid qui met ad vitam aeternam  sur le gril du tribunal de la postérité les arrières-petits-fils des boers et leur descendance ultérieure. Sacré partout ailleurs donc, un tel paradigme ne l’est visiblement pas pour le Président béninois Patrice Talon fraîchement élu à coup d’intrigues. Partant, la liquidation systématique des acquis de la décennie Yayi (2006-2016) paraît tenir lieu ici de programme de gouvernement.  Avec ses congénitaux appétits économiques d’ogre en effet, tout démontre chez cet homme, alors souvent désigné par le microcosme africain comme étant ‘’le pape des rétro-commissions’’,  qu’il n’aura jamais de cesse que s’il réussit enfin à annexer à son patrimoine privé exclusif, le titre foncier du destin collectif d’un Bénin hélas frivole que, depuis toujours, il a su avec brio rouler dans la farine. En point de mire des réformes envisagées, l’ambition de la révision constitutionnelle dont il sera impossible de prévenir les désastres. Et qu’il faudra combattre sans esprit de recul ; à cause précisément de la proximité du vice de cette initiative révisionniste d’avec une certaine vertu proclamée d’un homme qui, quitte à tout prendre,  n’a jamais su briller par son profil de pourfendeur de la corruption ou de toute autre forme d’impérities. Et si finalement, à  l’intermédiation d’une hyène, il était toujours de loin préférable que les brebis se battent entre elles dans l’enclos ?

Prosper A.