Gabon : Ali Bongo réélu, le démantèlement du Parti Démocratique Gabonais (PDG) s’impose.

Gabon : Ali Bongo réélu, le démantèlement du Parti Démocratique Gabonais (PDG) s’impose.

Ali Bongo réélu! Le démantèlement du Parti Démocratique Gabonais (PDG) s’impose.

– L’Union pour le Gabon Futur (UGF) en gestation

– Une vision du Gabon qui dérange les caciques

– Un lourd héritage à porter

 On se souvient qu’à quelques jours de l’entame du processus électoral de 2016, le Parti Démocratique Gabonais (PDG) a été secoué par une série de crises. Coup sur coup, deux mauvaises nouvelles : la création d’un mouvement dénommé « Rassemblement Héritage et Modernité », un groupe de voyous huilés dans les ténèbres par Guy Nzouba Ndama, alors président de l’Assemblée Nationale, et le départ d’un membre du Conseil national, Alfred Nguia MBanda, qui a décidé de créer son parti. Loin d’avoir été affaibli, le parti a su, sous la houlette de son président Ali Bongo Ondimba, se restructurer et remporter l’élection présidentielle du 27 Août 2016. Tout de même ternie par ces défections à répétition, l’image du PDG mérite d’être redorée dès l’entame de ce deuxième septennat. Sa dissolution, suivie de la création d’un nouveau parti constitue même un sérieux impératif. Le report par la cour institutionnelle des élections législatives prévues pour la fin de ce mois de juillet en aout 2018 est une sacrée aubaine lancer ce nouveau parti.

Le PDG d’hier à aujourd’hui

Bloc Démocratique Gabonais sous la direction de Léon Mba, le Parti Démocratique Gabonais doit son actuelle dénomination à Albert Bernard Bongo. Ce parti a pris part à toutes les luttes politiques du Gabon, depuis sa création en 1968. Initialement parti unique, il est aujourd’hui celui de la majorité présidentielle, à la faveur d’une constellation de partis politiques qui soutiennent ses idéaux de paix, de dialogue, de tolérance et de progrès. Après avoir pris part et remporté de nombreux scrutins, le PDG a connu ces derniers mois une zone de turbulences, sans connaitre, heureusement, de déclin, tel que souhaité  par ses détracteurs qui, à l’approche du scrutin présidentiel, ont déserté le parti.

Ces départs ont certes, laissé des stigmates, mais le PDG, comme avec la crise de 89-90, a su encaisser le coup. En bon capitaine, le président du parti, Ali Bongo Ondimba a su reprendre la main et mettre de l’ordre, pour la  bataille du 27 Août dernier.

Une crise qui se sera finalement révélée comme « la révolte des vieux » contre la gestion d’Ali Bongo Ondimba. En soutenant sa candidature pour l’élection anticipée de 2009, ces transfuges, mieux, ces caciques déchus du PDG s’attendaient, au lendemain de l’élection d’Ali Bongo Ondimba, à des traitements de faveur comme au temps du défunt président Omar Bongo. Mais très vite, ils se sont rendu compte qu’entre le père et le fils, le patronyme n’est que le point commun. Sans renier l’héritage de son prédécesseur, Ali Bongo Ondimba a mis en place une administration dynamique, révolutionnaire car essentiellement constitué de jeunes cadres compétents. Cette audace, Ali Bongo Ondimba va le payer par une série de trahisons et de désertion. Les ex-caciques du Parti Démocratique Gabonais (PDG), la formation politique créée par son père, et des nostalgiques de la Françafrique lui livreront une guerre sans merci.

Une nouvelle forme de gouvernance qui dérange

Le 30 septembre 2009, Ali Bongo Ondimba accède à la magistrature suprême du pays à la suite de l’élection présidentielle anticipée. Cette élection, faite dans des conditions transparentes, a vite fait place à un scepticisme compte tenu du candidat choisi par le peuple. Ali Bongo Ondimba ! Un nom qui ne différencie de l’ancien que par le prénom. Un Ali remplace Omar à la tête du Gabon.  « Rien ne va changer » avait vite fait de conclure certains. Une conclusion hâtive. Ceux qui s’étaient inscrits dans cette logique ont vite fait de se rendre à l’évidence. Omar Bongo Ondimba et Ali Bongo Ondimba sont deux personnalités différentes dans la gestion des affaires de l’Etat. Sur ce plan, le deuxième pourrait, à juste titre d’ailleurs, être comparé à un certain  Nikita Khrouchtchev. A quelques exceptions près, Ali Bongo a toute connivence avec le dirigeant soviétique d’après guerre froide qui a osé « dénoncer les  excès de la période du stalinisme ».

Comme ce dernier, à sa prise de pouvoir, Ali Bongo Ondimba, sans renier l’héritage, ni dénoncer  la gestion de son père, s’est très vite lancé dans une politique de modernisation et d’abandon de certaines pratiques anciennes. « Une recommandation de son défunt père » nous confie un proche du président. « Je n’ai pas  »tué » le père, mais j’ai juste décidé de changer un système » soutient Ali Bongo Ondimba.

Une véritable révolution politique qui n’a pas manqué de faire des victimes, mieux, des aigris. La nouvelle génération qui a accompagné Ali Bongo Ondimba au pouvoir à un autre rythme de travail auquel les caciques et les « faux amis » de l’ancien système ont du mal à s’habituer.

La France, ancienne métropole du Gabon, en veut à Ali Bongo pour plusieurs raisons mais la principale demeure sa rupture avec les pratiques de la Francafrique. « Il a osé couper le cordon ombilical de la Francafrique » nous confie un diplomate français rencontré lors de la cérémonie d’investiture du président réélu au Palais du bord de la mer. Dans cette logique de rupture avec les pratiques anciennes, Ali Bongo a aussi décidé de diversifier ses partenaires économiques. « Il soutient que la Chine, la Turquie et d’autres puissances émergentes coopèrent de plus en plus avec son pays » nous confie un de ses conseillers économique. « Nous n’avons plus de partenaires privilégiés, et c’est la suppression de ces privilèges que certains ne supportent pas, ou supportent difficilement », ajoute le président.

Sur le plan national, Ali Bongo paie aussi une autre audace. Celle d’avoir mis de coté les caciques du PDG et de s’entourer de la nouvelle génération. « J’ai deux problèmes avec l’opposition gabonaise, du moins avec les principaux opposants que sont Jean Ping, Casimir Oyé Mba et Guy-Nzouba Ndama, et d’autres. C’est, d’une part, un conflit générationnel. Ce sont des caciques du pouvoir de mon défunt père qui n’ont pas du tout supporté que je mette fin à certains privilèges dont ils voulaient toujours continuer de bénéficier », soutient le président.

La gouvernance d’Ali Bongo Ondimba est basée sur  la volonté de développement. Et malgré les difficultés rencontrées, la cadence de réalisation des projets de développements ne cesse de s’accélérer. Ce progrès, certains ont du mal à l’accepter, s’attendant à un traitement de faveur comme ils en avaient l’habitude sous Omar Bongo. Ali Bongo Ondimba qui entame son deuxième et dernier mandat, n’entend rien changer de cette méthode de gouvernance qui a fait ses preuves. « Des progrès sont bel et bien matérialisés. Notamment sur le plan politique, par l’introduction de la biométrie, la réhabilitation de l’union nationale, la réactivation du conseil national de la démocratie(CND), la liberté d’expression et bien d’autres. Sur le plan social, par la réfection des structures sanitaires, l’amélioration de la qualité des soins(CNAMGS), la récente valorisation des salaires des agents publics, etc… Et sur le plan économique, par la diversification de l’économie à travers la réduction de la dépendance au pétrole, la construction de 1500 kilomètres de routes bitumées sur l’ensemble du territoire national, l’amélioration de l’accès à l’eau potable et à l’électricité ainsi qu’à plusieurs autres services de base comme l’implantation de nouvelles industries dans le secteur agricole et forestier. Ces réalisations sont une volonté du chef de l’état mené par un devoir de vérité qui vise à rassemblé tous les citoyens » nous confie un parlementaire, comme pour rappeler le bilan du premier mandat d’Ali Bongo Ondimba.

Au lieu de rentrer dans cette dynamisme de modernisation et de l’émergence du président Ali Bongo, des « ennemis du progrès » ont décidé d’abandonner le navire du PDG pour se lancer dans une démarche solitaire dont le seul objectif est d’assouvir leur soif de vengeance. De cette guerre entre l’ancienne et la nouvelle génération, c’est le nom du PDG qui se retrouve sérieusement et dangereusement bipolarisé avec la naissance d’une branche dissidente qui réclame l’héritage de ce parti. Face à cette situation, l’idée de création d’un parti politique propre à Ali Bongo avec ses soutiens du PDG est déjà émise.

Un autre parti politique sur les cendres du PDG

Fusionner le PDG avec d’autres partis politiques pour créer un nouveau, telle est l’idée qui fait actuellement son chemin au sein du parti au pouvoir au Gabon. Avec la crise traversée avant le début du processus électoral, le PDG est aujourd’hui bipolarisé. D’un coté la nouvelle génération conduite par Ali Bongo, et de l’autre l’ancienne incarnée par les dissidents. Aujourd’hui, chacun de ces deux camps se réclame l’héritage des pères de la Nation gabonaise. Entre le « PDG » et le « PDG Héritage et Modernité » les gabonais ont du mal à savoir lequel suivre et lequel incarne le plus leur combat pour l’émergence véritable et la lutte pour une véritable amélioration des conditions de vie et de travail. « Si la majorité des gabonais reconnaissent en Ali Bongo, un vrai bâtisseur, il n’en demeure pas moins que son appartenance à un parti, trop vieux, de qui on dit « avoir fait son temps », ne soit un véritable frein à leur engagement à l’accompagner dans les nombreuses et louables reformes pour l’émergence du Gabon » nous confie un proche conseiller d’Ali Bongo qui a l’habitude du terrain. Donc, poursuit-il « il est temps d’offrir quelque chose de nouveau aux Gabonais et tourner définitivement la page du PDG pour permettre à tous les Gabonais sans exception de se retrouver dans un nouveau créneau politique ». Voilà qui dit tout de ce qui se trame dans la tête des proches du pouvoir. « Ali Bongo Ondimba doit créer son parti politique et l’idée est très bien même avancée» nous confie un autre.

Comme au Togo avec Faure Gnassingbé, Ali Bongo Ondimba doit se débarrasser de tout ce qui dans l’ancien système constitue, aujourd’hui, un frein pour une véritable synergie de toutes les forces vives du Gabon. « Il faut donc bâtir sur les cendres du PDG, un nouveau parti plus unificateur et plus fédérateur» explique un diplomate gabonais en poste à l’ambassade de Paris. Avec cette volonté de signer l’acte de décès du PDG, le président Ali Bongo Ondimba s’engage ainsi à tourner  toute  une page de l’histoire du Gabon. «  Ce qui compte c’est ce que les gabonais veulent aujourd’hui » a confié sous anonymat un ancien baron du système au pouvoir, à Grogne d’Afrique. « Le PDG a fait son temps et nous les anciens, nous devons être prêts à passer la main et accepter accompagner la nouvelle génération » conseille-t-il. L’un des derniers héritages d’Omar Bongo vit certainement ces derniers jours par la volonté de ses propres héritiers. Une véritable audace que le peuple gabonais comprendra certainement. « Cet engagement d’Ali Bongo Ondimba est la preuve de son dévouement à l’Etat et au peuple gabonais dans son ensemble » poursuit-il. «  Qui oserait autant pour un pays s’il n’est pas un vrai patriote ? » s’interroge t-il en guise de conclusion.

Quand à la dénomination de ce parti, plusieurs propositions sont déjà en étude. Au regard de l’orientation et des objectifs visés, l’idée d’une dénomination tournant autour de l’UNION est très envisagée. « Quand à la dénomination finale, elle dépendra du Congrès qui sera convoqué » assure un de nos confrères bien imprégné de la question. Selon d’autres sources proches du Président, l‘UGF (Union pour le Gabon Futur) serait bien pour le nouveau parti.

Aujourd’hui, il est plus qu’évident qu’à la suite de ces nombreuses crises traversées, le PDG semble avoir du plomb dans l’aile malgré la victoire obtenue lors de l’élection présidentielle du 27 Août.  Si Ali Bongo a su maitriser la situation jusqu’aujourd’hui, c’est grâce à ses talents de bon meneur d’hommes. Face à la vague de dissidence qu’a connu son parti, le président a fait preuve de grande retenue. Une attitude qui lui a permis de sortir tête haute et qui lui a valu le soutien de la grande majorité des partisans du PDG. Cette crise dépassée, il faut tourner la page du PDG. Et définitivement !

Prosper A.