Gabon – Coup d’Etat manqué : Jean Ping, la main invisible

Gabon – Coup d’Etat manqué : Jean Ping, la main invisible

On se croirait dans un scénario hollywoodien. Lundi, dans la capitale gabonaise, la population s’est réveillée devant la réalité d’une étrange tentative de coup d’État par un petit groupe de militaires de la Garde républicaine qui a lancé un appel au soulèvement sur les ondes de la radio-télévision nationale, invitant «tous les hommes du rang et les sous-officiers» à se procurer «armes et munitions» et à «prendre le contrôle» des points stratégiques du pays, comme les édifices publics et les aéroports, appelant dans la foulée la population à les soutenir, «pour sauver le Gabon du chaos». Des déclarations qui reprennent les termes souvent utilisés par Jean Ping qui se considère toujours comme le vainqueur de la présidentielle de 2016.

«Si vous êtes en train de manger, arrêtez. Si vous êtes en train de prendre un verre, arrêtez. Si vous dormez, réveillez-vous. Réveillez vos voisins […], levez-vous comme un seul homme et prenez le contrôle de la rue». C’est par ces mots que le lieutenant Kelly Ondo Obiang, entouré pour la circonstance, de deux autres militaires, a cru devoir prendre le pouvoir au Gabon lundi.

Un putsch manqué qui a suscité une avalanche de réactions à travers le monde. La France, qui a condamné cette tentative de coup d’Etat, a appelé au « strict respect » de la Constitution. « Nous condamnons toute tentative de changement de régime extra-constitutionnel. La stabilité du Gabon ne peut être assurée que dans un strict respect des dispositions de sa Constitution », a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

L’union africaine, pour sa part, condamne fermement la tentative de coup d’Etat. « Je réaffirme le rejet par l’UA de tout changement anticonstitutionnel », a tweeté Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’UA.

Le président tchadien, Idriss Deby Itno, en sa qualité de président en exercice de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) condamne le coup d’Etat manqué, et salue « la prompte réaction des loyales forces de défense et de sécurité gabonaises qui ont mis en échec cette visée subversive ».

Si l’ordre est rétabli grâce à la vigilance des forces républicaines gabonaises, la manœuvre du lieutenant Kelly Ondo Obiang et ses compagnons de fortune, ressemble plutôt à une plaisanterie de mauvais goût. Le Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité du Gabon dont ils se réclament était jusque-là inconnu des Gabonais. Une surprise donc !

A l’analyse, on note que cette tentative de coup d’Etat a plutôt surfé sur la crise politique née de la dernière présidentielle de 2016 dont Jean Ping se considère comme le véritable gagnant. Pour revendiquer sa prétendue victoire, l’ex-président de la Commission de l’Union africaine a souvent appelé ses partisans à marcher sur la présidence. Des appels qui ont conduit en 2016 à l’incendie du siège de l’Assemblée nationale gabonaise, peu après la proclamation des résultats de l’élection d’août de la même année. Déjà en 2015, M. Ping avait planifié un coup d’Etat.

« Les termes utilisés par ces apprentis putschistes sont exactement ceux souvent utilisés par Jean Ping pour appeler le peuple à aller chercher le pouvoir qu’il prétend être le sien », analyse un patron de presse gabonais.

Ce qui s’est passé ce lundi matin au Gabon, loin d’être anodin, doit interpeller les partisans du pouvoir de Libreville qui se sont lancés dans une guerre de clans depuis l’annonce de la maladie du président Ali Bongo actuellement en convalescence à Rabat, au Maroc. « Les intérêts politiques ne doivent pas prendre le pas sur les valeurs humaines qui nous inclinent à ne pas nous amuser avec l’état de santé d’un être humain, la santé d’un président de la République en plus », commente un professeur de Sociologie à l’Université Omar Bongo de Libreville.

Selon une source judiciaire, toutes les personnes impliquées dans ce coup d’Etat manqué seront arrêtées et subiront toute la rigueur de la loi. La même source indique qu’une vaste enquête sera ouverte pour interpeller tous ceux qui font l’apologie de destitution des institutions de la République. Déjà le lieutenant Kelly Ondo Obiang a été mis aux arrêts tandis que deux de ses compagnons ont été abattus par les éléments du Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN).