RDC : Bemba à la CPI, Katumbi poursuivit, Tshisékidi trop vieux, Kabila en passe de gagner son pari ?

RDC : Bemba à la CPI, Katumbi poursuivit, Tshisékidi trop vieux, Kabila en passe de gagner son pari ?

Alors que la République Démocratique du Congo  se prépare à l’élection présidentielle, les grands noms de son opposition sont loin de ses terres. Si la condamnation de Jean Pierre Bemba met ce dernier définitivement « hors-jeu » de la course présidentielle, le choix du leader de l’opposition congolaise se fera entre Etienne Tshisékédi et Moise Katumbi. Mais l’un comme l’autre sont aujourd’hui à l’étranger et leurs retours annoncés ne se feront pas sans doute comme prévu surtout pour l’ex gouverneur de Katanga, condamné à 36 mois de prison dans une affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat. A 84 ans Etienne Tshisékédi pourra t-il prendre le devant de la lutte ?

En fin de second mandat, Joseph Kabila s’apprête à passer la main. Mais compte tenu des retards accumulés et conformément à l’article 70 de la loi fondamentale, la Cour Constitutionnelle à décidé que le président Joseph Kabila, qui ne peut pas briguer de troisième mandat, reste en fonction si l’élection présidentielle, censée se tenir fin novembre n’a pas lieu. Même si au sein de l’opposition congolaise, cette décision n’est pas la bienvenue, elle est tout de même une occasion de se mettre en ordre de bataille. Si avec la rencontre de Bruxelles, l’opposition congolaise à pu faire montre de sa capacité à s’unir, il n’en demeure pas moins que le choix d’un candidat unique ne soit pour l’instant à l’ordre du jour. Néanmoins, dans le camp présidentiel, deux candidatures sont à redouter : celle de l’ex gouverneur de Katanga, Moise Katumbi et celle d’Etienne Tshisékédi, le président de l’UDPS. Deux personnalités que tout sépare mais que le destin peut conduire inéluctablement vers le palais de la présidence. Mais l’un comme l’autre doivent faire avec leurs points faibles sur lesquels Joseph Kabila pourra jouer et se maintenir au pouvoir.

Moise Katumbi, le favori au pied d’argile

Moise Katumbi, candidat déclaré à l'élection présidentielle en RDC

Moise Katumbi, candidat déclaré à l’élection présidentielle en RDC

Après quinze années de règne, Joseph Kabila ne semble pas avoir été à la hauteur des attentes des congolais. Si dans certains domaines des avancées ont été faits, il n’en demeure pas moins que son bilan général ne soit pas reluisant surtout en matière du vécu quotidien des congolais. Le bilan à défendre par le candidat du parti au pouvoir se présente comme très obsolète et ceci n’est guère un atout. Aussi après de nombreuses et infructueuses expériences de multiples candidatures, l’opposition semble avoir compris que seule une véritable union fera leur force. Et cette fédération mérité d’être faite autour d’une personnalité que les congolais sont en mesure d’accepter et qui dispose suffisamment de moyen pour battre à arme à arme égale une campagne électorale avec le parti au pouvoir.

Richissime homme d’affaires et président d’un des plus célèbres clubs de football en Afrique, Moise Katumbi jouit d’une grande popularité auprès de la jeunesse grâce à son engagement sportif. Les nombreux succès du Tout Puissant Mazembé, un club dont il est le président, ont fait grandir la cote du riche homme d’affaires au sein de la jeunesse congolaise qui constitue aujourd’hui le plus grand électorat. Aujourd’hui derrière sa candidature, le gouverneur a su rassembler de nombreux partis politiques.

Tous ces facteurs font de Moise Katumbi, un prétendant sérieux à la succession de Joseph Kabila. Mais, c’est malheureusement sans compter avec ses déboires judiciaires. En effet suspecté de recrutement de mercenaires étrangers, l’opposant Moïse Katumbi, est aujourd’hui inculpé dans une affaire « d’atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’État ». L’opposant est condamné à 36 mois de prison ferme. Et à en croire une source proche du parquet, « si c’est la trahison qui est retenue comme atteinte à la sûreté extérieure de l’État, Moïse Katumbi risque la peine de mort, suivant les dispositions du code pénal congolais ». Même si la peine capitale n’est plus appliquée en RD Congo, un moratoire la commuant désormais en prison à vie.

Cette condamnation prononcée au moment où l’opposant était en soin en Afrique du sud, semble hypothéquer son avenir politique. Même s’il annonce son retour prochain, il est très probable qu’il soit arrêté dès sa descente de l’avion et que sa candidature ne soit pas rejetée pour cause de poursuite judiciaire. Kabila pourra se frotter alors les mains.

 

Tshisékédi pour une dernière

Etienne-Tshisekedi-

Etienne Tshisékédi, président de l’UDPS

A 84 ans Etienne Tshisékédi s’apprête sans doute à livrer une dernière bataille électorale. Sa candidature est déjà annoncée Bruno Mavungu secrétaire général de l’Union pour la Démocratie et le progrès sociale (UDPS). Et son âge ne semble pas inquiéter son parti qui mise sur ses expériences politiques. Candidat malheureux en 2011 avec 32,33% des suffrages, selon les résultats annoncés par la CENI, M. Tshisekedi s’est auto-proclamé président de la République avant de prendre le chemin de l’exil. Sous le régime de Mobutu, M. Tshisekedi a occupé trois fois le poste de Premier ministre, entre 1991 et 1997. Dans la classe politique congolaise, Etienne Tshisékédi a été de tous les combats. L’échéance électorale qui s’annonce sera sans doute son dernier combat. « Le vieux » va sans doute jouer sur l’éligibilité du président sortant pour réaliser enfin son rêve qui est de devenir Président de la République Démocratique du Congo. Mais sur ce chemin, il doit d’abord s’assurer du soutien de toute l’opposition dont une partie à déjà fait de Moise Katumbi son candidat à la prochaine élection présidentielle. L’équation Katumbi est véritablement le seul obstacle pour le candidat de l’UDPS. Mais depuis la rencontre entre le vieux Tshisékédi et l’ex gouverneur de Katanga à Bruxelles, le candidat de l’UDPS semble avoir la situation en main. « A l’issue de cette rencontre Tshisekedî-Katumbi- Katebe, le sphinx est resté égal à lui-même : lui au centre et les autres opposants vont le suivre à la queue leu leu ou personne d’autre » nous a confié un proche de cet opposant. Comme pour en donner le ton, Bruno Mavungu, secrétaire général de l’Udps, avait tenté de tourner en dérision la candidature unique du G7 exprimée autour de la personne de Moïse Katumbi. Il avait qualifié cette candidature d’émanation de la Majorité présidentielle. Allusion faite au passé des ténors du G7 et de leur champion. Ainsi, le secrétaire national adjoint en charge de la communication à l’Udps lance un message clair. « Tshisekedi tient à bâtir une large coalition contre la Majorité »

Pour le reste tout dépend de l’attitude des autres leaders de l’Opposition sur la question, soit, ils acceptent d’apporter leur soutien au leader Maximo sans à priori, soit ils réussissent à contraindre ce dernier à une négociation claire et ferme. En attendant la position des autres membres de l’opposition l’opposant historique peut déjà compter sur le soutien de ses nouveaux partenaires politiques que sont Mwando Nsimba (UNADEF), Kyungu wa Kumwanza (UNAFEC), Martin Fayulu (ECIDE), Olivier Kamitatu (ARC), José Endundo (PDSC), Christophe Lutundula (APD), Pierre Lumbi (MSR), Jean-Claude Vuemba (MPCR).

 Avec son retour annoncé, Tshisékédi aura encore la chance de jauger sa cote de popularité au sein de la population congolaise. En effet, Etienne Tshisekedi revient au pays, après deux années d’absence, pour rendre compte au peuple des résolutions du Conclave de l’Opposition tenu à Genval, en Belgique. La présence annoncée d’un Katumbi poursuivit à ses cotés et qui jouit  d’une grande popularité donne toutes les armes à Tshisékédi pour livrer sans doute et gagner cette échéance électorale qui s’annonce comme son dernier combat.

 

Kabila peut y croire?

 Joseph Kabila, président de la RDC

Joseph Kabila, président de la RDC

Sa popularité n’est pas en hausse mais Joseph Kabila peut se maintenir au pouvoir à la suite des prochaines élections présidentielles. Logiquement, un troisième mandat lui est interdit selon la Constitution. Malheureusement, en Afrique certains Chefs d’États ont la mauvaise réputation de s’éterniser au pouvoir. Sur le continent ce sont des champions des modifications des constitutions, taillées sur mesure, en vue de leur permettre de se maintenir indéfiniment au pouvoir, contre la volonté populaire, au de-là de leurs mandats initiaux. Après deux mandats, Joseph Kabila a enfin l’occasion de montrer au monde entier s’il est un démocrate ou un véritable dictateur comme le laisse croire son opposition. Mais tout porte à croire que le président sortant soit en train d’emboiter le pas à certains de ses paires en voulant se maintenir au pouvoir. Pour cela, il doit toucher à l’article 220 de la Constitution, qui interdit de modifier « le nombre et la durée » des mandats du chef de l’État. En réalité « Kabila  est tenté parce qu’il est jeune – 43 ans, il a pris goût au pouvoir, et l’opposition s’est beaucoup modérée grâce à la distribution de nombreuses rentes » avance Pierre Jacquemot, ex-ambassadeur de France à Kinshasa et aujourd’hui chercheur associé à l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris). Mais Kabila est conscient d’une chose : « toucher à la Constitution c’est mettre fin au processus démocratique et se couper de la communauté internationale », estime un proche du camp présidentiel. Même si aujourd’hui les caciques du clan des Katangais nourrissent le rêve de le voir se maintenir au pouvoir, Kabila a conscience de la portée de la décision qu’il prendra et, lui seul sera responsable devant l’histoire.

Mais selon toute vraisemblance, le camp Kabila serait en train de préparer le forcing. « Franchement, je ne le vois pas quitter le pouvoir« , lance l’opposant Samy Badibanga, le chef du groupe de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) à l’Assemblée nationale.  Cette position n’est pas tout de même acceptée dans le camp en face. « Le chef de l’État respectera la Constitution. Il partira le jour où il y aura un autre président élu. Nous avons encore assez de temps pour que tout le monde comprenne qu’il est un homme de principes » Réplique d’Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale et secrétaire général de la majorité présidentielle. Dans ce cas si Kabila se retire  il aura la sympathie de l’opinion, qui ne cache plus son ras-le-bol à l’égard du contrôle excessif des Katangais sur l’appareil d’État. Sur le plan international, c’est le tapis rouge qui lui sera déroulé pour son jeu démocratique.

De toutes les façons et quelle que soit la décision de Kabila, il peut toujours espérer sortir tête haute à quelque exception prêt. S’il choisit de se lancer dans la course présidentielle, Kabila n’aura de leçon à recevoir de personne dans sa sous région. Le Congolais Denis Sassou Nguesso, l’Angolais José Eduardo dos Santos, le Rwandais Paul Kagamé et le Burundais Pierre Nkurunziza peuvent l’épauler dans sa logique de violer la Constitution de son pays. Et au niveau local, Kabila pourra espérer compter sur une éventuelle et probable division de l’opposition à l’heure du choix d’un candidat unique. Son appareil judiciaire ayant décidé de mettre hors d’état de nuire Moise Katumbi, Kabila pourra aller aux urnes avec le vieux Tshisékédi. Il ne lui reste qu’à espérer qu’aucune rébellion ne voit le jour et plonger de nouveau dans une guerre civile.

Mais en attendant de prendre sa décision et conscient de l’effet qu’elle aura, le président sortant a décidé d’opter pour une troisième option qui, pour l’heure marche très bien. En effet, aujourd’hui, et grâce au report dit « technique » Kabila s’est vu autorisé par la Cour Constitutionnelle de son pays à « rester au pouvoir jusqu’au choix de son successeur ». Une prolongation dont il va sans doute se servir pour décider de son avenir, pardon de l’avenir de tout un pays.

Jules COTI