Bolloré, une guerre contre Dupuydauby pour sauver Nicolas Sarkozy

Bolloré, une guerre contre Dupuydauby pour sauver Nicolas Sarkozy

JACQUES DUPUYDAUBY ET LA FRANCE BIENTÔT VAINQUEURS !

Frères, collaborateurs ou amis hier, concurrents entre temps, adversaires et ennemis aujourd’hui les conflits entre Vincent Bolloré et Jacques Dupuydauby ne laissent plus personne indifférent. Ils emballent chefs d’Etat, services secrets, médias légendaires, tribunaux nationaux et étrangers. Le magnat du groupe Bolloré et le stratège fondateur de Progosa ne se font plus de cadeaux et se détruisent mutuellement peu importe les dégâts collatéraux, quitte juste à se neutraliser. Et il y a bien un enjeu. Si Vincent Bolloré veut faire annihiler Jacques Dupuydauby, c’est parce qu’il risque de faire mal à Nicolas Sarkozy et d’envoyer la huitième fortune de France derrière les barreaux par ses témoignages. Il ne s’agit donc plus d’affaire d’argent. La ‘‘nuit des longs couteaux’’ ne fait que commencer.

L’Espagne marque le tout dernier épisode du conflit Bolloré-Dupuydauby. En territoire andalou, un procès a opposé l’industriel Vincent Bolloré à l’homme d’affaires Jacques Dupuydauby. Ce ne sera sans doute pas le dernier. En octobre 2014, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour trafic d’influence et corruption qui vise Vincent Bolloré. Dans ce tribunal sévillan, Vincent Bolloré accusait Jacques Dupuydauby, spécialiste de la gestion portuaire établi dans la capitale andalouse, d’avoir siphonné les actifs des sociétés togolaise et gabonaise qu’il dirigeait pour le compte du groupe Bolloré et de les avoir exfiltrés vers des structures à son nom basées au Luxembourg. « Monsieur Dupuydauby est un aigrefin qui a détourné 60 millions d’euros d’actifs« , insiste Me Olivier Baratelli, l’avocat du groupe Bolloré. « Faux« , rétorque l’intéressé: selon lui, le capital investi par Vincent Bolloré dans ces entreprises lui avait été promis en rémunération de ses bons et loyaux services. Le face à face à eu lieu entre les deux hommes Jacques Dupuydauby, 68 ans, et Vincent Bolloré, 62 ans, le lundi 9 mars, date à laquelle le capitaine d’industrie, 8ème fortune de France, est convoqué comme témoin par le tribunal de Séville.

A fin du procès Bolloré a pu obtenir à l’encontre de Dupuydauby une peine d’emprisonnement d’un peu plus de 30 mois et des amendes de plusieurs types estimées à un peu moins d’une quarantaine de millions d’euro. S’il doit purger sa peine et payer les amendes, et il devra le faire, ça le brisera. Mais justement n’est-ce pas ce que veut Vincent Bolloré?

Bolloré et Dupuydauby, le premier s'est fixé pour objectif désormais vital de détruire le second.

Bolloré et Dupuydauby, le premier s’est fixé pour objectif désormais vital de détruire le second.

Un témoin agaçant pour Sarkozy, Bolloré, la droite et toute la nomenklatura française

Octobre 2013, alors même que Mediapart venait de révéler sa lettre écrite en arabe, laquelle note a scellé le financement libyen de Nicolas Sarkozy, Jacques Dupuydauby dépose une plainte avec constitution de partie civile pour trafic d’influence et corruption. Il attaque Vincent Bolloré et lui reproche d’avoir aidé son ami Nicolas Sarkozy, (ce dernier aussi toujours ami des riches, ndlr) à rentrer en possession des fonds mis à sa disposition par la Libye de feu Mouammar Kadhafi pour la campagne présidentielle de 2007. Pour cette facilitation, Dupuydauby insiste que Bolloré a été payé en nature. Il a obtenu en contrepartie, rien n’étant gratuit en affaire, la concession portuaire de Misrata, en Libye. L’affaire est confiée au Juge d’instruction Serge Tournaire.

Interrogé aux fins de l’enquête, Dupuydauby a livré un récit bouleversant au juge Tournaire, le 30 juillet 2014, puis aux enquêteurs de la Brigade Financière, le 10 décembre dernier. A partir de 2007, c’est sa société, Progosa, qui avait le contrat auprès des autorités libyennes sur la réorganisation des ports du pays et sur le projet d’une zone franche à Misrata. Un contrat qui pèse des milliards d’euro. Mais contre toute attente, alors même que rien ne le présageait, le 28 janvier 2009, on annonce à Jacques Dupuydauby et à son Progosa la cessation de toute collaboration dans le domaine portuaire entre l’Etat libyen et eux. A l’occasion d’une réunion à Tripoli en présence de Béchir Saleh, directeur de cabinet du colonel Kadhafi et patron du fonds d’investissement libyen LAP, Cheikh Amadou Bany Kanté, alors conseiller du Président malien et représentant du LAP pour l’Afrique de l’Ouest.

Le Patron de Progosa a dû apprendre par la même opportunité qu’en ce qui concerne le projet de plateforme portuaire de Misrata, il va être attribué à Vincent Bolloré. « A les en croire, Claude Guéant en personne le leur a demandé, au nom de Nicolas Sarkozy, alors président de la République. Il s’agit, d’après Saleh, de remercier l’industriel breton pour son rôle dans le financement de la campagne de Sarkozy par la Libye. » Une affaire que l’ancien chef d’Etat, aujourd’hui encore candidat pour l’élection de 2017, nie avec véhémence. Outre le fait de traiter le patron de Progosa d’aigrefin, l’avocat du groupe Bolloré ne prend pas de gants quand il s’agit de répondre à ce témoignage : « Nous l’avons déjà fait condamner, au pénal, au Togo et au Cameroun ainsi qu’au Gabon et en Côte d’Ivoire, au civil cette fois. Aujourd’hui, il raconte n’importe quoi dans une pathétique tentative d’allumer des contrefeux. Il a beau répéter les mêmes mensonges encore et encore, cela n’en fait pas des vérités. » Dixit Me Olivier Baratelli. Mots durs qui feront bondir l’avocat parisien de Jacques Dupuydauby : « les déclarations du groupe Bolloré relèvent de la diffamation ou de la fanfaronnade, c’est selon. »Signale Me Barthélémy Lemiale avant d’enchaîner : « Mais celui-ci devrait peut-être se sentir moins sûr de sa puissance médiatique. Un magistrat indépendant, et l’un des meilleurs de France, est désormais désigné et enquête sur ses pratiques en Afrique. Et, après examen des éléments versés par M. Dupuydauby et des premières investigations, il semble bien au contraire prendre très au sérieux les accusations portées contre le groupe Bolloré. »

Bolloré, le mafieux et homme de mauvaise foi

Les manœuvres du groupe Bolloré et ses représentants en Afrique, soutenant à coup de milliards, de présidents dictateurs et imposant ses vouloirs aux politiques français sont connus partout. La surfacturation, la corruption, les mensonges divers. Encore l’exemple de la tromperie ou plutôt l’arnaque de prestidigitateur sur l’exploitation de l’uranium du Niger. Alors que Bolloré avait un contrat avec Areva pour convoyer l’Uranium à travers le Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana, le groupe Bolloré a présenté comme un cadeau de Noël la construction des chemins de fer, à travers ses pays, faisant un axe. Or il se fait que les conséquences de convoyage de l’Uranium à travers une ville sont tellement nombreuses (cancer, tumeur, etc.) que le groupe devrait payer des amendes aux pays que son axe traverse. Une escroquerie intellectuelle qui fait croire à ces pays que Bolloré leur fait du bien, alors qu’il ne se fait que du bien à lui seul. Un autre exemple, les coûts de la construction du 3ème quai togolais qui s’élève à près de 350 milliards. Alors que tout le port camerounais a coûté moins de la moitié de cette faramineuse somme, on se demande de quel quai, il s’agit. Toutes enquêtes ont amené à conclure à une escroquerie dont les conséquences seront par exemple la disparition du port de pêche togolais et une possible transgression de la mer, un jour. Dans les affaires de justice, Bolloré est connu comme quelqu’un qui distribue l’argent et qui corrompt magistrats et avocats, au point d’en détourner certains même de leur client. Sacré Bolloré.

Victoire de Dupuydauby, une victoire de la France et de l’Afrique

Beaucoup d’observateurs avisés de ce conflit qui dure bientôt une décennie prédisent une victoire de Dupuydauby, si le patron du groupe Bolloré n’achète tous les tribunaux du monde. Et d’ailleurs, même s’il réussit à les acheter, il ne pourra pas les acheter tous en France. Ce pays dont la réputation de la justice est transalpine dispose de beaucoup de juges qui pourraient même faire tomber un président en fonction, sans se gêner. Or, les victimes de Vincent Bolloré en France ou ailleurs sont très nombreuses et pourront peser dans la balance.

Malgré les machinations de son désormais ennemi, le patron de Progosa reste serein et stoïque. Et c’est pour raison. Lui qui a travaillé pendant des années avec Vincent Bolloré et qui en est devenu le frère a une époque a été témoin de beaucoup trop de manèges, du sulfureux capitaliste breton. Il pourrait se constituer en témoin dans plusieurs affaires contre le magnat sulfureux français. La corruption, la surfacture, l’achat de conscience, les cadeaux déplacés, les actions mafieuses, le blanchiment d’argent, les fraudes fiscales, etc. la liste est longue. Dans un seul pays, Bolloré pourrait être inculpé pour 10 chefs d’accusation différents.

La victoire de Progosa fera sortir la vérité. Sarkozy et Bolloré, en plus de beaucoup d’autres personnes iront en prison, la France gagnera en découvrant la vérité et l’Afrique et la Libye gagneront, parce que libérées des Présidents dictateurs imposés par ces hommes et leur mafia, leurs ports seront libérés de la surfacture, et parce que le monde apprendra que l’argent de Sarkozy lui est venu de la Libye.

Dénoncé par toutes les presses des pays dans lesquels il a un contrat, les aveux de Jacques Dupuydauby, celui qu’il a fait condamner comme son avocat s’en délecte, à la manière fanfaronne, pourraient coûter très cher à Vincent Bolloré et à ses amis de la droite française. Pire à toute la classe politique, à des gens à qui il tient et à qui il a rendu des services, mérités ou non. Bref, Jacques Dupuydauby peut faire tomber un gouvernement, pire faire échouer la candidature de Sarkozy en 2017. Et inutile de dire combien une réélection de Sarkozy ferait du bien à Bolloré. En faisant condamner le patron de Progosa dans tous les pays, l’homme d’affaires Dupuydauby, perdra tous ses contrats, se retrouvera en taule, sans sous, et ne sera plus digne de confiance pour témoigner. Le but est donc de l’appauvrir, l’affaiblir, l’asphyxier au point qu’il n’en vienne qu’à se retirer lui-même du circuit. Bolloré restera seul sur le marché africain et européen, où se trouvent encore quelques francophiles. Jacques Dupuydauby le connaît mieux que quiconque et sait où il a enterré ses cadavres. Il lui faudra juste les sortir du placard. Ce n’est pas si difficile. Tôt ou tard, Vincent Bolloré ira en prison.

Prosper A.