Pandémie de Coronavirus

Méconnaissables derrière leurs masques de protection et gants chirurgicaux, ils sont médecins ou infirmières, urgentistes ou brancardiers, aides-soignants ou encore ambulanciers.

Tandis que les responsables de la santé du monde entier sont en état d’alerte, ces professionnels de santé ont dû puiser dans leurs ressources afin de mettre la peur de côté et travailler sans relâche pour prodiguer des soins à leurs patients.

Parmi eux, Khady Ndoye, une infirmière spécialisée en réanimation qui a vécu notamment en France – où elle a obtenu un Master en Économie et Management des structures sanitaires et sociales.

A la recherche d’expérience de terrain et afin de mieux connaitre le système de santé, cette mère de famille sénégalaise s’est installée il y a trois ans en Suède où elle travaille dans un service de traumatologie.

Elle raconte son expérience de terrain en première ligne d’un service devenu ‘du jour au lendemain’ Covid-19, où elle a travaillé avec des cas suspects et positifs, et parle de ce besoin inné de soigner les autres malgré les risques encourus.

« Selon mon expérience, j’aime beaucoup la philosophie de ce pays [la Suède] qui consiste à responsabiliser les gens. Porter un masque, se laver les mains, distanciation sociale respectée. C’est un pays qui a décidé de ne pas confiner sa population et les autorités ont décidé de faire appel à la responsabilité individuelle de sa population. Suivre les gestes barrières… Seuls les lycées et universités ont été fermés, » précise Khady Ndoye.

Les données suggèrent que la grande majorité de la population a adopté la distanciation sociale volontaire, au cœur de la stratégie de la Suède pour ralentir la propagation du virus.

La peur, la confusion, on a essayé de les contrôler. J’ai dompté la peur, dompté mes angoisses pour aller au front car personnellement, j’ai été orientée naturellement vers ce métier. Parce que ce métier je l’ai choisi, je suis naturellement quelqu’un qui aime prendre soin des autres, soulager par le soin, la parole, le geste…Khady Ndoye

Malgré cela, le pays a enregistré 79 782 cas et 5 730 décès pour une population de 10 millions d’habitants et le nombre de cas confirmés reste ‘relativement élevé’ selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

« Comme dans un mauvais film »

« En tant que professionnelle de santé, le début de cette pandémie nous a pris un peu de cours. Au début c’était comme dans un mauvais film ».

Khady Ndoye raconte que c’était la confusion générale au début de la pandémie :

« Lorsqu’on regardait les infos à la télévision sur la situation à Wuhan (Chine) et en Italie. Les choses semblaient vraiment, vraiment, irréelles et on avait peur mais on en a beaucoup parlé. Puis quand on a commencé à recevoir des formations en interne, à recevoir du matériel de protection, et à recevoir nos premiers patients, là on était face aux faits. Et il fallait réagir ».

Khady Ndoye en équipements de protection complet
Du jour au lendemain, le service de traumatologie dans lequel Khady travaille, s’est transformé en service Covid-19. Elle y a traité des cas suspects et positifs.

« Donc la peur, la confusion, on a essayé de les contrôler. J’ai dompté la peur, dompté mes angoisses pour aller au front car personnellement, j’ai été orientée naturellement vers ce métier. Parce que ce métier je l’ai choisi, je suis naturellement quelqu’un qui aime prendre soin des autres, soulager par le soin, la parole, le geste ».

Khady Ndoye ajoute :

« La nécessité de prodiguer des soins était beaucoup plus importante et supérieure à ma peur ».

« Sur le chemin du travail, je me posais beaucoup de questions mais une fois que je prenais ma blouse, ma tenue de travail, tout ça était derrière, je devenais Khady qui devait prendre soin des patients en face de moi.

Il fallait essayer de mettre à l’arrière-plan cette confusion qui m’animait et prendre soin des patients et surtout faire plus attention à soi. »

« Je me suis auto-confinée à la maison »

« Je suis tombée malade depuis fin mars avec des symptômes similaires à la grippe, j’ai appelé le service et je me suis auto-confinée directement. Je suis restée à la maison 15 jours, j’ai gardé les enfants, ils ont fait les cours depuis la maison. J’ai pris seulement du paracétamol en cas de besoin, donc je n’ai pas pris de traitement spécial, j’ai seulement pris des vitamines C et D. J’ai fait les tests d’anticorps et il se trouve que j’ai les anticorps donc j’espère que ça va nous servir à quelque chose ».

« Au début c’était difficile surtout avec les enfants parce que mon dernier surtout ne comprenait pas pourquoi je ne pouvais pas lui faire de câlins, pourquoi je ne pouvais pas le prendre dans mes bras, pourquoi il ne pouvait pas s’approcher de moi. Donc c’était difficile d’expliquer à un enfant de 4 ans ce qui se passe mais on parlait beaucoup, au bout du compte il a essayé de comprendre », relate l’infirmière.

« En tant que femme, ces mois ont été difficiles car je n’ai pas eu beaucoup de temps avec les enfants. Il faut savoir aussi qu’il faut beaucoup de courage pour se lever chaque matin dans ces rues désertes et aller au travail et qu’on est presque seul dans le train. Le silence total nous faisait peur et nous faisait comprendre qu’il y avait quelque chose ».Khady NdoyeKhady NdoyeLa nécessité de prodiguer des soins était beaucoup plus importante et supérieure à ma peur.Khady Ndoye – Infirmière en traumatologie

« J’ai beaucoup travaillé parce qu’on avait des collègues qui étaient malades donc on devait les remplacer.

Mais à chaque fois que j’avais un peu de temps, une journée off ou que je rentrais plus tôt, j’essayais de passer un peu de temps, avec les enfants, leur mettre un peu de musique mais c’est surtout mon mari qui avait pris le relais puisqu’il faisait du télétravail.

Ma plus grande peur c’était par rapport à nos parents restés au pays, on pense beaucoup plus à nos parents au pays car nous savons tous que n’avons pas un système de santé performant capable d’absorber la population s’il y avait beaucoup de cas ».

« L’Afrique peut s’en sortir »

Une femme et son fils avec un agent de santé couvert d'un équipement de protection afin de prélever leurs échantillons pour le depistage du COVID-19) dans un centre de test de l'Institut de recherche en santé, de surveillance épidémiologique et de formation (IRESSEF), à Dakar , Sénégal 24 juillet 2020
Le Sénégal a collaboré avec une entreprise britannique pour mettre au point un test rapide et simple, d’un coût d’un dollar l’unité et a été le premier pays à utiliser un antipaludique, la chloroquine, pour traiter les patients atteints de coronavirus

Même si l’Afrique enregistre beaucoup moins d’infections que les autres continents – 891 595 cas confirmés et 18 865 de décès à ce jour contre 3 100 144 cas et 209 643 décès à ce jour en Europe- l’inquiétude de Khady est partagée par des institutions telles que l’OMS.

La pénurie d’équipements de protection individuelle cible particulièrement les travailleurs de santé, notamment les infirmières, qui passent plus de temps dans les services.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 10 000 travailleurs de la santé ont été testés positifs à la Covid-19 en Afrique subsaharienne depuis le début de la pandémie.

Forte de son expérience et avec ses connaissances, cette mère de famille sensibilise sa communauté depuis le début de la pandémie, en postant des messages sur les gestes barrières qui peuvent sauver des vies et en partageant sa propre expérience.

coronavirus

Ignorer Facebook publication par Khady Lagranderoyale

Fin de Facebook publication par Khady Lagranderoyale

coronavirus

« Malgré le fait que nous avons dans nos pays des professionnels soignants très compétents qui ont l’habitude de maladies infectieuses, nous savons que sans équipement, sans structure de sante adéquate, sans un nombre adéquat de professionnels de santé, on ne peut pas faire face à cette pandémie ».

« A ceux qui minimisent la maladie, je leur dis que la maladie est là et elle est très contagieuse, elle est même mortelle mais avec de la discipline, de la responsabilité et un petit esprit de patriotisme, l’Afrique peut s’en sortir. Je sais que c’est difficile et qu’il y aura toujours des récalcitrants. Mais cela implique qu’il y a du travail à faire dans la communication, dans la manière dont les infos sont délivrées, dans la manière de sensibiliser.

Ces infections sont stigmatisées et cela peut handicaper le travail des professionnels.

J’espère que le calme va revenir dans nos pays.

S’il vous plait, restez chez vous si vous pensez que vous êtes malade, protégez-vous et protégez les autres. Il va falloir être responsables ».

TV5MONDE

RFI

BBC

FRANCE 24

GROGNE D’AFRIQUE N°516

GROGNE D’AFRIQUE N°435

Presse 256