La pornographie, quelle histoire ?

La pornographie, quelle histoire ?

La pornographie existe depuis toujours, pourtant on ne cesse de dire que c’est un phénomène nouveau. Il est souvent très difficile de faire la différence entre ce qui est pornographique et ce qui est une représentation réaliste de la sexualité. Ce qui est à chaque fois nouveau, ce sont les formes et les représentations que la pornographie a su prendre dans l’histoire. En effet, le mot pornographie a évolué selon les époques et ce qu’on qualifiait « d’obscène» ou « d’immoral» pourrait facilement aujourd’hui être classé X. « Mais il n’y avait pas internet du temps des romains ! Comment faisaient-ils ? 

Petite et courte histoire non-exhaustive de la pornographie

Les grecs, les romains, mais aussi les perses, les chinois et les indiens inventent le porno

Peintures et sculptures représentent sans complexe non seulement des scènes de sexe mais aussi des fantasmes (principalement masculins car faits par des hommes pour le plaisir des hommes…) où l’on peut voir des silhouettes faire l’amour. Dans les riches villas aristocratiques, des fresques représentent des scènes parfois grotesques. Il existait également des chopes de vins aux décors très suggestifs. Certains diront que ces sculptures et peintures étaient là pour rappeler les interdits, d’autres diront que c’était pour se mettre en appétit (sexuel).

A la même époque, on retrouve en Chine et en Inde des représentations très libres de la sexualité, soit dans la littérature, soit exposées sur les façades des temples. En effet, la sexualité était considérée comme pouvant être sacrée et mener à une forme de transe spirituelle. C’est pour cette raison qu’elle était représentée sur les façades des édifices religieux.

Moyen Age et Renaissance : l’invention du porno « sous le manteau »

Au Moyen Âge, la sexualité fait encore pleinement partie de la vie de tous les jours. Ce n’est qu’à partir des guerres de religion que la sexualité et le rapport à tout ce qui concerne « la chair », le corps, seront de plus en plus réglementés.

En effet, en Occident, les religions s’immiscent progressivement dans ce qu’il y a de plus intime chez l’individu (par le biais de la confession entre autres) et donne des règles strictes de conduite à suivre, y compris dans le domaine de la sexualité.

Mais comme tout ce qui est interdit attire, les récits et les images pornographiques sont loin de disparaître. Seulement c’est un phénomène qui se fait plus discret, secret. Certains textes seront codés. C’est le début de ce qu’on appellera la littérature « libertine » au XVIIIème siècle. Diderot s’essaye même à ce genre littéraire. Mais le plus connu pour ces écrits libertins est Marquis de Sade. Même si ses récits donnent une version particulièrement noire et cruelle de la représentation qu’il se faisait de la sexualité (allant jusqu’au meurtre d’hommes, de femmes et d’enfants), il incarne cette sexualité cachée, tabou, quasiment interdite, coupable si elle est accompagnée de plaisir.

Les débuts du XXème siècle : la pornographie reconnue

La littérature « pornographique » commence à être reconnue publiquement en particulier après la Première Guerre mondiale, dans le climat de liberté des années folles (années 1920). Des auteurs comme, Apollinaire, Henry Miller, Anaïs Nin, lui donnent une certaine notoriété. Dès les débuts de la photographie et du cinéma, on voit apparaître de nouvelles images pornographiques plus réalistes que jamais.

La révolution sexuelle : l’invention du concept « X »

C’est en Suède que les premiers films (dans les années 60) sont diffusés publiquement sous couvert d’éducation sexuelle.

Dans les années 60 – 70, un vent de liberté souffle y compris sur la sexualité. C’est l’époque où les étudiants scandent dans les rues : « il est interdit d’interdire ». Les films pornographiques sont alors autorisés dans les salles de cinéma. Cependant, des interdictions à cette diffusion, en particulier une interdiction générale aux mineurs, seront rapidement mises en place afin de tenter de canaliser (certains diront museler) cette liberté. En France, la production est rendue difficile avec l’invention du classement X qui multiplie les contraintes de diffusion.

Internet : la pornographie 2.0

Depuis des siècles, la pornographie se cachait et se faisait discrète. Sur la toile internet, les images, les films et les récits pornographiques non réglementés, sont facilement (et quasiment librement) accessibles à tous.

Mais c’est aussi le royaume du secret. L’industrie du X favorise désormais une consommation strictement privée de ces productions. La pornographie n’en est pas moins un commerce qui rapporte énormément d’argent. Devenue un objet de consommation privée, elle tente de s’adapter à chacun et à chaque fantasme. C’est peut être pour cela qu’elle est difficilement définissable car elle a de multiples visages (plus ou moins violents, plus ou moins bizarres).

La pornographie quotidienne

Dans les publicités, dans les films, dans les séries, on voit de plus en plus de références aux films pornographiques. Il suffit de regarder certains clips pour comprendre qu’ils sont inspirés de l’industrie du X. Les corps huilés, sans poils, les pratiques sexuelles les plus inventives ou extrêmes, sont banalisés et «tout le monde» est censé savoir de quoi il s’agit. La difficulté de notre époque est de rappeler sans cesse la différence entre virtuel et IRL (In Real Life, dans la vie réelle)… Faire l’amour, ce n’est pas tourner dans un film X !

Quoiqu’il en soit, on retiendra que la pornographie est la « représentation complaisante – à caractère sexuel – de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre artistique, littéraire ou cinématographique ». Mot apparu au siècle des Lumières, la pornographie désignait alors plus spécifiquement les études concernant la prostitution. Définition qui se retrouve dans son étymologie, le mot pornographie dérivant du grec ancien πορνογράφος / pornográphos, lui-même un dérivé de πόρνη / pórnê signifiant « prostituée » et de γράφω / gráphô, qui signifie « peindre », « écrire » ou « décrire ».