Togo / Elections transparentes : Confier l’organisation des prochains scrutins à l’ONU

Togo / Elections transparentes : Confier l’organisation des prochains scrutins à l’ONU

Les populations attendent beaucoup des discussions annoncées entre la classe politique pour une sortie de crise au Togo. Mais les probabilités d’un dialogue réussi sont faibles. Et déjà, les observateurs avisés convient d’ores et déjà l’opposition à arracher les moyens visant à sécuriser et crédibiliser les futures échéances électorales importantes. Dans cette perspective, des voix s’élèvent dans certains milieux, notamment diplomatiques, pour  demander à l’opposition d’exiger l’organisation des prochaines élections par l’Organisation des Nations Unies (ONU)…

Le pouvoir insiste trop sur les élections

Depuis la résurgence de la crise politique en août 2017, Faure Gnassingbé est resté indifférent à l’exigence fondamentale du peuple : son départ du pouvoir. En lieu et place de la satisfaction des revendications légitimes formulées : retour à la Constitution de 1992, droit de vote pour la diaspora, déverrouillage des institutions de la République et réformes élections, c’est la répression qu’il réserve aux manifestants et aux populations en général. Le bilan est de vingt (20) Togolais dont des enfants tués, un millier de compatriotes contraints à l’exil… Faure Gnassingbé ne propose qu’un simulacre de dialogue à la classe politique et qui peine d’ailleurs à prendre corps. Tout porte à croire à un simple marché de dupes en perspectives. Bien plus, depuis un bon moment, le régime oriente ses contestataires vers les élections comme seule voie d’accession au pouvoir. Et il le fait avec insistance.

Les premiers jalons ont été posés avec le vote, en septembre 2017, de la loi scélérate de réformes constitutionnelles ouvrant les portes d’un règne à vie à Faure Gnassingbé et la tentative d’imposition par un référendum. Après un petit recul consécutif à la désapprobation de cette voie par l’opinion, les chefs d’Etat de la sous-région et la communauté internationale dans son ensemble, le pouvoir y revient en force. Ses porte-voix, en conférence de presse improvisée le 7 décembre 2017, ont ressuscité l’idée du référendum. Faure Gnassingbé lui-même les rejoindra (presque) sur cette voie, dans l’interview accordée à Jeune Afrique N°2971 du 17 décembre dernier : « Nous y (référendum, Ndlr) sommes tenus. C’est une disposition constitutionnelle. Il aura lieu après le dialogue (…) Il n’y a pas d’autre moyen d’accès à la magistrature suprême que les élections. Il faut faire confiance au peuple togolais et, pour cela, l’interroger plutôt que de parler à sa place (…) Avec le dialogue, qui permet de dépasser les slogans, le seul chemin praticable en démocratie, ce sont les élections». Rebelote dans son message à la Nation du 3 janvier 2018 :« Conformément à notre loi fondamentale, c’est maintenant au peuple togolais tout entier, seul détenteur de la souveraineté nationale, qu’il appartient de se prononcer (sur la réforme inique votée à travers un référendum constitutionnel, Ndlr). Dans l’Etat de droit que nous construisons, nous ne pouvons pas prétendre substituer des voix plus autorisées au suffrage universel (…) En 2018, nos concitoyens seront plusieurs fois appelés à décider, par le vote, des grandes orientations de la vie nationale ».

Gagner par la fraude

Le pouvoir en place, insister autant sur les élections qu’il n’a véritablement jamais gagnées au Togo – il ne manque que de supplier la classe politique, notamment la Coalition de l’opposition à accepter d’y aller -, c’est bien drôle. Cette obstination est suspecte et simplement révélatrice de ses réelles intentions. « Si le pouvoir insiste autant sur les élections, c’est qu’il est sûr de les gagner. Et, on le sait, c’est avec les fraudes qu’il a toujours remporté les différents scrutins au Togo », analyse un observateur.

C’est un secret de Polichinelle, c’est grâce à la fraude à grande échelle que le régime monarchique a toujours gagné (sic) les élections, facilitée par le fait que l’organisation lui revienne. Même si elle est souvent confiée sur le papier à une Commission électorale dite indépendante, c’est toujours le pouvoir, à travers le ministère de l’Administration territoriale, qui régente l’organisation des élections au Togo. La plus grande part des tâches sont exécutées par ses soins et la CENI ne joue finalement qu’un rôle décoratif.

Au Togo, on s’est d’ailleurs approprié depuis bien longtemps cet adage prisé par les régimes autocratiques : on n’organise pas les élections pour les perdre. Et ici, même lorsque l’étau se resserre et les chances de l’emporter deviennent infimes, on recourt aux solutions extrêmes : forcer le premier responsable de la CENI à la démission (cas de  Awa Nana Daboya en 1998) et permettre au pouvoir de mettre en œuvre son plan B, renverser les résultats sortis des urnes et proclamer le candidat du régime élu, saboter le VSAT installé pour la transmission des résultats (mars 2010), faire proclamer des résultats non authentifiés (mars 2010 et avril 2015)…

Confier l’organisation à l’ONU pour déjouer les fraudes

« (…) Si moi j’ai un conseil à donner à l’opposition, c’est que lors des discussions, si elles arrivent à s’ouvrir, elle doit exiger et obtenir l’organisation des prochaines élections par l’ONU. Les délégués de l’opposition doivent insister sur ça ». C’est le conseil donné par un diplomate d’une représentation occidentale à un acteur de la classe politique togolaise, après avoir relevé qu’au regard de la mauvaise foi dont fait preuve le pouvoir, il n’est pas sûr qu’il fera grande concession au cours du dialogue en vue. Et comme pour apporter de l’eau au moulin cette source diplomatique, c’est Christian Trimua, l’un des conseillers du Chef de l’Etat, qui prevenait jeudi sur une radio de la place : « Nous n’irons pas à un dialogue pour négocier le départ immédiat ou un engagement futur du chef de l’état à partir, il faut que les gens sortent cela de la tête ».

Cela peut paraitre farfelu, l’organisation des prochaines élections au Togo par l’ONU, un demi-siècle après l’accession du pays à l’indépendance. Mais il n’est pas superfétatoire de rappeler que les rares consultations électorales crédibles organisées au Togo l’avaient été par l’ONU – référendum du 28 octobre 1956 pour l’accession du Togo français à l’indépendance, législatives du 27 avril 1958 qui avait vu la victoire écrasante de feu président Sylvanus Olympio et des indépendantistes.

Cette recette a été entre-temps proposée par une organisation de la société civile, au plus fort de la crise politique actuelle. Il s’agit du Ton de la jeunesse patriotique (TJP) qui, à l’occasion de la célébration, le 2 octobre 2017, de la journée internationale de la non-violence, entre autres propositions susceptibles de sortir le Togo de la crise, appelait la France, les États-Unis et l’ONU à venir jouer le rôle de la CENI pour l’organisation des prochains scrutins au Togo comme en 1958 et invitait le gouvernement à éviter de brandir une  »quelconque souveraineté » pour s’y opposer.

Au demeurant, cette suggestion d’organisation des prochaines consultations électorales au Togo qui revêtent un caractère capital par l’ONU, sera aussi un test de la sincérité de Faure Gnassingbé, si tant est qu’il épouse aussi la transparence de ces scrutins…

Prosper A.