En RDC, la « riposte vigoureuse » promise par le président congolais Félix Tshisekedi se fait encore attendre. SeloJn le groupe de réflexion International Institute for Strategic Studies, l’armée congolaise (FARDC) comptait environ 135.000 soldats en 2022, un effectif qui a depuis augmenté.

Les raisons de la progression du M23 en RDC malgré l’augmentation des dépenses militaires

L’Institut de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) rapporte que la République démocratique du Congo (RDC) a plus que doublé ses dépenses militaires, atteignant 794 millions de dollars en 2023. Pourtant, le groupe rebelle M23 continue de gagner du terrain dans l’est du pays.

Le dernier rapport des Nations unies indique que ce groupe bénéficie du soutien d’environ 4 000 soldats rwandais. Toutefois, avec un effectif bien inférieur à celui des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le M23 parvient à s’imposer sur le terrain. Plusieurs facteurs expliquent cette situation.

Une armée rongée par la corruption et le manque de discipline

Le budget militaire et l’effectif ne suffisent pas à assurer la victoire. Alain De Neve, chercheur au Royal Higher Institute for Defence (RHID) à Bruxelles, souligne la présence d’une « corruption systémique » au sein des FARDC. De nombreux rapports font état de fonds détournés, initialement destinés aux salaires et à la logistique. Ce phénomène affecte le moral des troupes, entraîne des désertions et pousse certains soldats à recourir au pillage ou au racket de la population locale pour survivre.

Ciaran Wrons-Passmann, directeur du Réseau œcuménique allemand pour l’Afrique centrale (ÖNZ), affirme que l’armée congolaise fonctionne comme un « self-service » permettant à certains dirigeants de s’enrichir au lieu de se concentrer sur la sécurité nationale.

Des conditions de vie précaires pour les soldats

Les soldats congolais, modestement rémunérés, reçoivent environ 100 dollars par mois, selon Reuters. Certains ne perçoivent même pas leur solde. Parallèlement, des mercenaires recrutés en Europe de l’Est reçoivent plusieurs dizaines de milliers d’euros par mois. Ce déséquilibre suscite tensions et conflits internes, affaiblissant davantage la cohésion des FARDC.

Par ailleurs, des officiers ont adopté des comportements démoralisants. En février dernier, la nuit précédant la prise de Goma par le M23, le commandement militaire et les autorités provinciales ont fui en bateau sur le lac Kivu, laissant les soldats sans directives.

Une armée mal formée et sous-équipée

L’armée congolaise souffre d’un cruel manque de ressources. Selon Alain De Neve, le déficit de formation et d’équipements désavantage les FARDC face au M23. Ce dernier bénéficie d’une formation structurée et maîtrise des tactiques de combat adaptées au terrain montagneux du Nord-Kivu. De plus, l’armée rwandaise qui le soutient est bien équipée et expérimentée.

Les FARDC ont également du mal à coordonner leurs actions sur le terrain. Kinshasa peine à localiser précisément ses troupes dans l’est du pays. Dans certains cas, la communication repose sur WhatsApp, compliquant la transmission d’ordres clairs.

Une stratégie de terreur efficace du M23

Bien que le M23 dispose d’un nombre limité de combattants, ses exactions et crimes de guerre instaurent un climat de peur au sein des populations locales, les poussant à accepter leur contrôle. Ce phénomène dissuade toute forme de résistance.

Les FARDC rencontrent des difficultés à s’allier aux milices locales, qui pratiquent une stratégie de guerrilla incompatible avec les opérations militaires conventionnelles. Toutefois, les miliciens Wazalendos sont devenus des alliés de poids contre le M23. Financés et équipés par l’État congolais, leur engagement a été qualifié de « mal nécessaire » par les FARDC.

Un problème hérité de l’histoire

La faiblesse des FARDC trouve ses racines dans l’histoire du pays. Sous Mobutu Sese Seko (1965-1997), l’armée a été délibérément affaiblie pour prévenir tout coup d’État. Ses successeurs, Laurent et Joseph Kabila, ont ensuite vu l’armée infiltrée par des intérêts étrangers, notamment rwandais.

Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais, rappelle que, à la chute de Mobutu, l’armée était dirigée par James Kabarebe, un militaire rwandais aujourd’hui sanctionné par les États-Unis. Cette période de confusion a compliqué toute restructuration durable.

Le président Félix Tshisekedi accuse certains membres des FARDC de « trahison de l’intérieur » et estime que son prédécesseur, Joseph Kabila, n’a pas reconstruit l’armée pendant ses 18 ans de pouvoir.

Quelle issue possible ?

Selon Patrick Muyaya, la RDC travaille à une réforme profonde des forces armées, bien que cela nécessite du temps. « On ne peut pas transformer une armée en cinq ans« , affirme-t-il. Il accuse le Rwanda de mener cette guerre pour freiner ces efforts de réforme.

Jusqu’à récemment, Kinshasa refusait tout dialogue avec le M23, avant d’envisager des négociations à Luanda, finalement annulées. Le gouvernement congolais soutient que le M23 n’est qu’un prétexte pour le Rwanda afin d’exploiter les ressources naturelles de la RDC. « Ce n’est pas le M23, c’est l’armée rwandaise », conclut Patrick Muyaya.

En attendant une restructuration effective des FARDC, la situation sur le terrain demeure critique, offrant au M23 un avantage stratégique que l’armée congolaise peine à contrer.

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