L’année dernière, comme de nombreux chocolatiers à travers le monde, il a été contraint d’augmenter les prix de ses produits. En effet, à la fin de 2024, le cours mondial du cacao a connu une hausse spectaculaire, presque doublée par rapport à l’année précédente. Cette augmentation soudaine exerce une pression considérable sur l’ensemble de l’industrie chocolatière mondiale, affectant producteurs, fabricants et consommateurs.

Oliver Coppeneur, chocolatier renommé basé à Bad Honnef en Allemagne, exerce son métier depuis les années 1990. Toutefois, il traverse actuellement une période difficile en raison de la flambée des prix du cacao, un ingrédient clé de ses créations.

Oliver Coppeneur a indiqué que cette hausse entraînera inévitablement une augmentation équivalente des prix des produits chocolatés, ce qui pourrait, à terme, provoquer une « diminution significative du volume » disponible sur le marché. Malgré ces défis, il parvient pour l’instant à faire face à la situation sans recourir aux licenciements, tout en cherchant à maintenir des prix stables pour ses produits.

Origine de la crise

Environ 65 % du cacao mondial provient de quatre pays africains : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun. La flambée des prix s’explique principalement par un grave déficit d’approvisionnement dû à une récolte désastreuse en Afrique de l’Ouest en 2024. Plusieurs facteurs ont contribué à cette situation :

  • Le virus du gonflement des pousses du cacaoyer (CSSV) : Cette maladie, qui se propage d’arbre en arbre, peut réduire les rendements de 50 % en seulement deux ans. D’après un rapport de l’Organisation internationale du cacao, 81 % des plantations au Ghana – deuxième producteur mondial après la Côte d’Ivoire – sont touchées par le CSSV. La Côte d’Ivoire, qui représente environ 60 % de la production mondiale de cacao, est également durement affectée.
  • Le changement climatique : Selon l’organisation américaine Climate Central, le réchauffement climatique provoque des températures plus élevées dans des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Cameroun et le Nigeria. Des températures supérieures à 32 °C compromettent la qualité et la quantité des récoltes, comme l’a démontré une étude menée par un centre de recherche basé à Princeton (New Jersey).
  • El Niño : Ce phénomène météorologique a entraîné une saison des pluies exceptionnellement humide en Afrique de l’Ouest en 2024, ce qui a considérablement réduit les récoltes de cacao.

Conséquences économiques

Selon des données officielles rapportées par Bloomberg, « au moins une douzaine de chocolatiers familiaux ont fermé en Europe » en 2024. Parmi eux figurent les confiseurs allemands Arko, Hussel et Eilles, qui ont de nouveau déposé le bilan après une première faillite en 2021, causée par la pandémie de COVID-19.

En Allemagne, les prix du chocolat ont augmenté de 40 % depuis 2020. Toutefois, les grands fabricants de chocolat parviennent généralement à répercuter la hausse des prix du cacao sur les consommateurs, maintenant ainsi des profits stables, voire en augmentation. Par exemple, le géant suisse Lindt a enregistré une progression de 7,8 % de son chiffre d’affaires mondial en 2024, avec une croissance encore plus forte sur le marché européen (9,5 %).

Défis pour les producteurs africains

Les prix historiquement bas du cacao ont conduit à des conditions de travail précaires, marquées par des salaires insuffisants et un recours fréquent au travail des enfants dans les plantations. Friedel Hütz-Adams, chercheur à l’institut SÜDWIND pour l’économie et l’œcuménisme à Bonn, souligne que l’augmentation actuelle des prix pourrait aider à réduire ces violations des droits humains à l’avenir.

Par ailleurs, les gouvernements de la Côte d’Ivoire et du Ghana intensifient leurs exigences envers les géants du cacao comme Cargill, Olam et Barry Callebaut, les incitant à mieux rémunérer les producteurs et à respecter les engagements en matière de prix plancher et de prime de durabilité.

Perspectives d’avenir

Oliver Coppeneur estime que le cacao a été si sous-évalué au fil des décennies que les agriculteurs n’ont pas pu exercer leur métier dans des conditions décentes. Il insiste sur la nécessité d’investir dans des cultures plus résilientes et d’améliorer les rendements pour éviter de futures flambées des prix.

« Les prochaines générations de producteurs devront se poser la question : voulons-nous vraiment continuer ce métier, voulons-nous poursuivre le travail dans les fermes ? », s’interroge-t-il. Selon lui, si les entreprises chocolatières ne soutiennent pas suffisamment les producteurs de cacao, elles risquent de faire face à une pénurie accrue dans les années à venir.

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