Cette décision intervient alors que le contrôle du groupe Castel fait l’objet d’une confrontation de plus en plus ouverte. Romy Castel et ses soutiens contestent la place prise par Grégory Clerc dans la gouvernance du groupe et mettent en cause plusieurs aspects de sa gestion. Le camp du dirigeant défend au contraire l’organisation mise en place autour de la séparation entre le capital familial et la direction opérationnelle.
Grégory Clerc reste écarté d’IBBM
IBBM, société installée à Singapour et liée à la holding IBBF, occupe une place importante dans l’organisation capitalistique de Castel. La procédure engagée dans cette juridiction porte donc sur une structure dont la gouvernance compte dans l’équilibre général du groupe.
Une partie des héritiers du géant bordelais des vins et spiritueux Castel, au premier rang desquels Romy Castel, fille unique du fondateur Pierre Castel, est en conflit ouvert avec l’actuel dirigeant du groupe, Grégory Clerc. Et le vendredi 2 octobre, la Haute cour de Singapour, où est enregistrée une holding du groupe, a décidé de donner raison au recours de Romy Castel : son droit de vote, qui était contesté, est bien valide.
« Cette décision consacre la volonté exprimée par les actionnaires », s’est félicitée Romy Castel à l’issue de l’audience. Cette décision, qui a un effet immédiat, lui permet de devenir majoritaire au sein d’IBBM, présentée comme la holding de tête de l’empire Castel. Elle peut désormais acter la révocation de Grégory Clerc de la société de gestion IBBM.
En février 2026, Grégory Clerc et Pierre Baer sont provisoirement empêchés d’exercer leurs fonctions d’administrateurs d’IBBM. Les changements intervenus ensuite au sein du conseil aggravent les tensions et conduisent les différentes parties à solliciter la justice singapourienne.
Le 2 octobre, la Haute Cour refuse finalement la demande de Grégory Clerc. Elle maintient les restrictions qui le concernent et permet la nomination de trois administrateurs supplémentaires. Pour Romy Castel et ses soutiens, cette décision constitue un élément important dans leur contestation de la gouvernance actuelle.
Romy Castel conteste la concentration du pouvoir
Le désaccord entre les deux camps ne date pas de la procédure singapourienne. Il porte plus largement sur l’évolution du pouvoir au sein de Castel depuis que Grégory Clerc a pris la direction générale du groupe en 2023.
Ancien avocat fiscaliste de Pierre Castel, Grégory Clerc s’est progressivement imposé dans l’entourage du fondateur avant d’occuper des responsabilités dirigeantes. Romy Castel considère que cette proximité a permis au dirigeant de prendre une place excessive dans le fonctionnement de l’empire familial.
Le conflit porte également sur les performances économiques de Castel et sur les choix effectués depuis l’arrivée de Grégory Clerc à la direction générale. Le dossier fait état d’investissements considérables au cours des dernières années, avec environ 2,3 milliards d’euros mobilisés en 2024 et 2025.
Ces sommes s’ajoutent aux acquisitions réalisées pendant la même période. Plusieurs opérations représentent plusieurs centaines de millions d’euros, alors que certaines activités rencontrent parallèlement des difficultés et que le groupe examine l’avenir de certains actifs.
Ces chiffres alimentent les critiques formulées contre la direction. À Grégory Clerc, il est notamment demandé que soient examinés les résultats produits par les investissements et les acquisitions au regard des montants engagés.
La rémunération de Grégory Clerc sous surveillance
La rémunération du directeur général constitue un autre sujet de controverse. Le dossier évoque un niveau pouvant atteindre environ 500 000 dollars par mois et rapporte des accusations concernant également l’utilisation de ressources du groupe.
Cette réalité fait partie des griefs avancés contre Grégory Clerc dans le cadre du conflit plus large qui l’oppose à une partie de la famille Castel.
Une autre accusation évoque des détournements de fonds de plus de 500 000 dollars par mois.
Le camp de Grégory Clerc visé par de graves accusations
Le conflit comporte également des accusations visant l’entourage et les soutiens de Grégory Clerc. Des faits établis évoquent notamment un réseau qualifié de mafieux autour de son camp.
Le dossier disponible établit surtout l’existence d’une confrontation entre deux camps autour du contrôle d’IBBM et de l’avenir de la gouvernance de Castel.
Cette dimension donne au conflit une portée qui dépasse les seuls rapports familiaux. Les deux camps s’opposent désormais sur le contrôle des structures de pouvoir, sur la gestion du groupe et sur la manière dont l’héritage de Pierre Castel doit être administré.
Le contentieux fiscal ajoute une pression financière
Un autre dossier vient compliquer la situation : le contentieux fiscal français. Les montants évoqués sont très importants, avec des estimations qui vont de plusieurs centaines de millions d’euros jusqu’à environ un milliard d’euros, voire davantage selon les investigations.
L’enjeu reste néanmoins considérable pour le groupe. Un redressement important a des conséquences sur les capacités d’investissement, les résultats financiers et la politique de distribution aux actionnaires.
Les acquisitions de Castel au centre des critiques
La stratégie de croissance externe menée ces dernières années constitue également un sujet de confrontation. Castel réalise plusieurs acquisitions importantes et engage plusieurs centaines de millions d’euros dans ces opérations.
Une telle stratégie permet à un groupe international de renforcer certaines positions et de se développer sur de nouveaux marchés. Elle implique toutefois que les actifs acquis produisent à terme les résultats attendus et justifient les sommes engagées.
Le débat prend une dimension particulière dans le contexte actuel. Romy Castel et ses soutiens contestent la gouvernance de Grégory Clerc au moment même où les choix stratégiques et financiers de la direction font l’objet d’un examen beaucoup plus attentif.
Une bataille familiale devenue un conflit de gouvernance
Le conflit dépasse donc désormais la question du maintien ou non de Grégory Clerc à la tête du groupe. Il porte sur la manière dont le pouvoir est organisé dans un empire familial devenu international et particulièrement complexe.
Romy Castel et ses soutiens contestent la concentration des responsabilités autour du directeur général. Ils mettent également en avant les interrogations concernant les investissements, les acquisitions, les rémunérations et les risques financiers qui accompagnent la stratégie actuelle.
Grégory Clerc défend de son côté le modèle de gouvernance qu’il affirme avoir maintenu dans le respect de l’organisation voulue par Pierre Castel. La confrontation entre ces deux visions se poursuit désormais devant plusieurs instances et sur plusieurs terrains.
Singapour au cœur du rapport de force
La décision rendue à Singapour donne une nouvelle importance à la procédure engagée autour d’IBBM. Grégory Clerc n’obtient pas la levée des mesures provisoires qui limitent son rôle au sein de cette société et trois nouveaux administrateurs peuvent être nommés.
Pour Romy Castel et ses soutiens, cette situation constitue un point d’appui dans leur contestation de la gouvernance actuelle. Pour le camp de Grégory Clerc, le conflit reste centré sur la légitimité des mécanismes de contrôle et sur l’interprétation de l’organisation mise en place autour du groupe.
Le groupe Castel face à une crise de gouvernance
La bataille actuelle met ainsi en cause l’équilibre entre la famille propriétaire et l’équipe dirigeante. Elle intervient dans un groupe dont l’organisation juridique et financière s’est considérablement complexifiée au fil des décennies.
Le rejet de la demande de Grégory Clerc à Singapour constitue désormais un élément central du dossier. Romy Castel et ses soutiens disposent d’une décision judiciaire qui maintient les mesures prises contre lui au sein d’IBBM.
Le conflit reste néanmoins ouvert. Les procédures à venir doivent préciser les droits des différentes parties et continuer à examiner les accusations et les questions de gouvernance qui entourent désormais la direction de Castel■
Prosper AKPOVI

