Pour la toute première fois depuis la fin de son mandat en avril 2024, l’ancien président sénégalais Macky Sall s’est rendu à Dakar. En pleine démarche pour soutenir sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), l’ex-chef d’État a été reçu au palais présidentiel par son successeur, Bassirou Diomaye Faye. Ce rendez-vous s’inscrit dans un contexte politique local particulièrement tendu.

Une campagne onusienne portée par la présidence de l’Union Africaine

À la tête du Sénégal de 2012 à 2024, Macky Sall fait aujourd’hui campagne pour diriger le secrétariat général de l’ONU. Fait singulier : sa candidature n’a pas été formellement portée par le Sénégal, contrairement à l’usage diplomatique habituel, mais introduite par le Burundi, qui assure la présidence tournante de l’Union africaine.

C’est dans le cadre de ce projet international que l’ancien dirigeant s’est posé sur le sol dakarois via un aéroport militaire. Accueilli à sa descente d’avion par un millier de partisans venus l’encourager, Macky Sall a salué la foule depuis un véhicule avant de rejoindre le palais présidentiel sous escorte.

Sur les réseaux sociaux, la présidence sénégalaise a publié un cliché immortalisant l’entretien entre les deux hommes, sans toutefois fournir de détails sur le contenu des discussions. L’ancien président a finalement quitté le pays le soir même, peu avant 20 heures.

Une rencontre qui ravive les fractures et les critiques au Sénégal

Cette entrevue au sommet suscite une vive controverse au sein de l’opinion publique et de la classe politique sénégalaise. Les détracteurs de l’ancien chef d’État continuent de réclamer justice pour les événements survenus durant la période 2021-2024, marquée par la répression de manifestations de l’opposition ayant entraîné des dizaines de morts. Un collectif représentant des victimes a vivement dénoncé une visite jugée « indécente », exigeant que toute la vérité soit faite sur ces pertes humaines.

Sur le plan économique, la nouvelle administration impute également à la gestion précédente la dissimulation d’une part importante de la dette publique.

L’audience accordée par le président Faye a provoqué des vagues jusque dans son propre entourage. Alioune Ibnou Abitalib Sow, conseiller à la présidence, a publiquement annoncé sa démission pour protester contre cette réception, estimant que l’ancien président portait la responsabilité des maux du pays et de la souffrance des familles de victimes.

Réarrangements et tensions au sommet de l’État

Cette démarche s’insère par ailleurs dans un paysage politique interne fragilisé. Le président Bassirou Diomaye Faye fait face à des dissensions au sein de son propre camp, particulièrement accentuées depuis le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre.

Alors que la rupture semble consommée avec son ancien allié et chef du parti majoritaire à l’Assemblée, certains observateurs suggèrent que le chef de l’État pourrait chercher à consolider sa position en se rapprochant stratégiquement de son ancien adversaire politique.

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