Ancien ambassadeur au Sénégal, ministre des Affaires étrangères pendant la Transition, acteur de la campagne présidentielle de 2025 et désormais président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga Ndiaye incarne un parcours singulier, à la croisée de la diplomatie, de la transition politique et de la nouvelle architecture institutionnelle gabonaise.

Il y a des trajectoires politiques qui se construisent dans les meetings, d’autres dans les cabinets ministériels. Celle de Michel Régis Onanga Ndiaye s’est d’abord forgée dans les couloirs de la diplomatie.

New York, Dakar, Libreville. Nations unies, ambassade, ministère des Affaires étrangères, puis Parlement. En un peu plus de deux décennies, le diplomate gabonais a progressivement changé de costume sans véritablement changer de terrain : celui de la représentation de l’État.

Mais au-delà des fonctions et des étapes officielles, c’est aussi dans le regard de ceux qui travaillent à ses côtés que se dessine le personnage. Son premier vice-président à l’Assemblée nationale, Eloi Nzondo, témoigne ainsi de sa méthode de travail, de son rapport à ses collaborateurs et de cette « dimension diplomatique » qui, selon lui, continue de caractériser l’homme désormais chargé de conduire la première chambre du Parlement gabonais.

Eloi Nzondo, Premier vice-président de l’Assemblée Nationale.

À 59 ans, lorsqu’il accède au perchoir de l’Assemblée nationale le 17 novembre 2025, Michel Régis Onanga Ndiaye n’est donc pas un novice de la chose publique. Il arrive avec derrière lui plusieurs décennies d’expérience internationale, dont huit années comme Ambassadeur du Gabon au Sénégal, près de dix ans dans l’environnement des Nations unies à New York, puis plus de deux années à la tête de la diplomatie gabonaise pendant une période particulièrement sensible de l’histoire contemporaine du pays.

Son élection à la Présidence de l’Assemblée nationale apparaît ainsi moins comme une rupture que comme l’aboutissement d’un parcours.

Un enfant de Port-Gentil formé entre Libreville, Dakar et Paris

Michel Régis Onanga Mamadou Ndiaye est né à Port-Gentil. Son histoire personnelle est cependant profondément liée au Sénégal.

Dans les années 1970, il fréquente des établissements scolaires à Dakar et à Kaolack. Entre 1978 et 1982, il revient au Sénégal alors que son père y exerce des responsabilités pour Air Gabon. Le futur diplomate découvre donc très tôt un pays avec lequel il conservera, plusieurs décennies plus tard, une relation politique et affective particulière.

Il poursuit ensuite sa formation supérieure en France, à l’université René-Descartes, où il obtient une formation en sciences politiques. Cette double imprégnation, africaine et internationale, va largement déterminer son parcours.

Il rejoint le ministère gabonais des Affaires étrangères et gravit progressivement les échelons. Son passage à New York constitue une première étape majeure.

En 2005, il devient Conseiller du président de la 59e Assemblée générale des Nations unies, Jean Ping. Il rejoint ensuite la Mission permanente du Gabon auprès de l’ONU, où il exerce comme premier conseiller entre 2006 et 2009, puis ministre-conseiller de 2010 à 2015.

Ancien Président de la 59e Assemblée générale des Nations unies

Cette expérience internationale va lui donner une connaissance directe des mécanismes multilatéraux, des négociations diplomatiques et des rapports de force qui structurent les relations internationales.

Lorsque Libreville décide de le nommer Ambassadeur au Sénégal en 2015, le choix n’est donc pas celui d’un diplomate débutant.

Dakar : huit années pour transformer une ambassade en plateforme d’influence

En mars 2015, Michel Régis Onanga Ndiaye est nommé Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Gabon au Sénégal. Il prend officiellement ses fonctions à Dakar en novembre de la même année, après avoir présenté ses lettres de créance au président Macky Sall. Sa juridiction couvre également la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau et le Cabo.

Pendant huit ans, jusqu’en septembre 2023, il va représenter le Gabon dans un pays qu’il connaît depuis l’enfance.

C’est probablement l’un des aspects les plus singuliers de son parcours diplomatique.

Dans un entretien accordé à la presse sénégalaise quelques semaines avant son départ de Dakar, il racontait que son premier séjour au Sénégal remontait à 1970 et qu’il y avait également vécu plusieurs années durant son enfance. Il revendiquait alors cette familiarité avec le Sénégal comme un atout dans sa mission diplomatique.

La diplomatie économique comme priorité

À Dakar, Onanga Ndiaye défend rapidement une conception active de la diplomatie. L’ambassade ne doit pas seulement être un lieu protocolaire. Elle doit aussi servir de passerelle entre les économies.

En août 2017, lors du premier Salon de l’entrepreneuriat et des échanges professionnels des Gabonais au Sénégal, il présente la « diplomatie économique » comme un axe destiné à accroître les échanges commerciaux et économiques entre les deux pays.

Michel Régis Onanga Ndiaye lors de la 1ere Edition du Salon International de l’Entreprenariat et des Echanges Professionnelles des Gabonais du Sénégal en 2017

L’objectif affiché est alors d’attirer davantage d’investisseurs sénégalais au Gabon, de favoriser la présence de jeunes Gabonais au Sénégal et surtout de développer des partenariats et des joint-ventures.

Cette orientation traduit une évolution du rôle traditionnel de l’ambassadeur africain : représenter l’État, certes, mais aussi chercher des débouchés économiques, accompagner les entrepreneurs, faciliter les investissements et utiliser les relations politiques comme levier économique.

La formation des Gabonais au Sénégal

L’autre dossier auquel l’ambassade accorde une attention particulière est celui de la formation.

Le Sénégal accueille depuis longtemps de nombreux étudiants et stagiaires gabonais. Onanga Ndiaye défend l’idée de renforcer la coopération universitaire et professionnelle entre les deux pays.

La coopération ne se limite pas aux universités. En novembre 2022, l’ambassadeur reçoit notamment la troisième promotion de policiers gabonais en formation à l’École nationale de police de Dakar.

Onanga Ndiaye ambassadeur à l’époque, recevant la troisième promotion de policiers gabonais en formation à l’École nationale de police de Dakar.

À Dakar, son travail concerne également les ressortissants gabonais. Lors de la présidentielle de 2023, l’ambassade comptait 2 202 électeurs inscrits au Sénégal, pour une diaspora estimée à plus de 11 000 personnes. L’organisation du vote, la relation avec les autorités sénégalaises et la sécurisation du scrutin faisaient partie des responsabilités de la représentation diplomatique.

L’ambassade devient également un lieu de rassemblement de la communauté gabonaise. En août 2023, quelques jours avant le scrutin présidentiel gabonais, la représentation diplomatique organise ainsi une « Semaine de l’Indépendance », mêlant activités sportives, célébrations religieuses, culture, gastronomie et mise en valeur de la jeunesse gabonaise.

Mais l’un des principaux acquis de ses années sénégalaises est peut-être moins mesurable.

Il tient à la qualité des relations politiques entre Libreville et Dakar. En 2015, lors de sa prise de fonctions, les deux parties avaient déjà identifié plusieurs priorités : coopération économique, partenariats entre opérateurs privés, coopération politique et sécuritaire.

Huit ans plus tard, au moment de quitter Dakar, Onanga Ndiaye parle toujours de relations « séculaires », multiformes et fondées sur l’amitié entre les deux peuples.

Ce capital relationnel lui sera particulièrement utile lorsqu’il retournera à Libreville en septembre 2023.

Août 2023 : le diplomate rappelé au cœur de la Transition

Le 30 août 2023 bouleverse la trajectoire politique du Gabon. Après l’annonce des résultats de l’élection présidentielle, les militaires prennent le pouvoir et mettent fin au régime d’Ali Bongo Ondimba. Le Comité pour la transition et la restauration des institutions, le CTRI, engage alors un processus de transition.

Quelques jours plus tard, Michel Régis Onanga Ndiaye est nommé Ministre des Affaires étrangères, chargé de l’Intégration sous-régionale et des Gabonais de l’étranger.

Le choix est révélateur. Au moment où le nouveau pouvoir doit expliquer le changement de régime aux partenaires étrangers, Libreville confie sa diplomatie à un professionnel du secteur, familier des Nations unies, de l’Afrique et des mécanismes multilatéraux.

La tâche est délicate. Il faut éviter l’isolement international du Gabon, expliquer la Transition, dialoguer avec les organisations régionales, rassurer les partenaires et préserver les intérêts du pays.

« Il était un ministre qui avait un rythme de travail soutenu, particulièrement attentif aux dossiers sensibles. Les réunions de travail occupaient une place importante dans son fonctionnement, avec une exigence constante : que les collaborateurs maîtrisent leurs dossiers avant toute prise de décision », a témoigné l’un de ses anciens collaborateurs.

Cette méthode reposait, selon ce témoignage, sur l’écoute et la consultation. Malgré la pression, Onanga Ndiaye cherchait à comprendre les différentes positions avant de trancher, privilégiant autant que possible le dialogue et la recherche d’une solution.

Convaincre le monde de laisser sa chance au Gabon

Les premières semaines sont consacrées à la réouverture des canaux diplomatiques. Dès octobre 2023, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique centrale,Abdou Abarry, rencontre Onanga Ndiaye.

Michel Régis ONANGA M. NDIAYE, alors Ministre des Affaires Étrangères Chargé de l’Intégration Sous-Régionale et des Gabonais de l’Etranger, recevant en audience M. Abdou ABARRY, Représentant Spécial et Chef de bureau Régional des Nations Unies pour l’Afrique

Le ministre devient donc l’un des principaux interlocuteurs internationaux du régime de Transition. Sa mission est de faire comprendre que le Gabon ne souhaite pas rester indéfiniment dans une situation exceptionnelle, mais veut reconstruire un ordre constitutionnel.

Pour un membre de son cabinet à cette période, les mois qui suivent le 30 août 2023 comptent parmi les séquences les plus délicates de son passage au ministère. Il fallait expliquer le changement intervenu au Gabon, maintenir les relations avec les partenaires internationaux et éviter que le pays ne s’installe dans une forme d’isolement diplomatique.

Les dossiers liés à l’Union africaine, aux Nations unies, à la sous-région et aux partenaires bilatéraux exigeaient des échanges constants. Dans ce contexte, le ministre aurait privilégié une méthode faite de contacts réguliers, de pédagogie et de négociation, avec la volonté de maintenir ouverts les canaux de discussion même lorsque les positions extérieures étaient réservées.

Michel Régis ONANGA M. NDIAYE, alors Ministre des Affaires Étrangères Chargé de l’Intégration Sous-Régionale et des Gabonais de l’Étranger élevé au rang de Commandeur dans l’ordre national du Lion par le Président Macky Sall en 2023

Michel Régis Onanga Ndiaye figure parmi les membres du gouvernement désignés pour participer aux assises. Il est également associé aux travaux consacrés aux questions de souveraineté nationale.

Cette participation est révélatrice de son positionnement pendant la Transition. Il n’est plus seulement le ministre qui parle aux capitales étrangères. Il devient aussi l’un des responsables chargés de contribuer à la réflexion sur le futur cadre institutionnel du pays.

Addis-Abeba : convaincre l’Union africaine

L’un des dossiers les plus sensibles est celui de l’Union africaine. Après le changement de régime, le Gabon est suspendu des activités de l’organisation continentale.

Pour Libreville, la réintégration de l’Union africaine devient donc un objectif diplomatique majeur.

En mai 2024, Onanga Ndiaye se rend à Addis-Abeba et rencontre notamment le commissaire de l’Union africaine chargé de la paix et de la sécurité ainsi que des responsables du Conseil de paix et de sécurité.

Il transmet le message du président de la Transition Brice Clotaire Oligui Nguema et présente l’évolution du processus politique gabonais.

Ce travail diplomatique va produire un résultat majeur l’année suivante. Le 30 avril 2025, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine lève la suspension du Gabon.

Il serait excessif d’attribuer à un seul ministre la responsabilité de ce résultat. Mais il serait tout aussi difficile de nier le rôle central joué par le chef de la diplomatie gabonaise dans les négociations et la communication avec l’organisation continentale.

« C’est précisément cette capacité à maintenir le dialogue qui caractérise le mieux le style d’Onanga Ndiaye : ne jamais rompre le fil de la discussion, même dans les moments où les interlocuteurs sont en désaccord », a estimé un diplomate

2025 : l’année de la bascule

2025 constitue le véritable tournant dans la carrière de Michel Régis Onanga Ndiaye. Il n’est plus seulement le diplomate. Il devient progressivement un acteur politique de premier plan. Dans l’Ogooué-Maritime, il est choisi comme coordinateur provincial de la campagne de Brice Clotaire Oligui Nguema pour l’élection présidentielle du 12 avril.

 

Cette campagne constitue un changement de registre. Après avoir représenté l’État gabonais à l’étranger pendant près de huit ans, puis porté sa diplomatie pendant la Transition, il doit désormais convaincre directement les électeurs.

À Port-Gentil, Omboué, Gamba, Bendjé et dans les autres localités de l’Ogooué-Maritime, la campagne s’organise autour de plusieurs thèmes : stabilité, développement, services de base, diversification économique, emploi et réforme institutionnelle.

La campagne de 2025 montre un autre visage de Michel Régis Onanga Ndiaye. Celui d’un responsable politique capable de passer des salles de conférence internationales aux villages et aux quartiers.

À Port-Gentil, il participe notamment aux initiatives destinées à préserver la cohésion sociale dans une province traversée par des tensions communautaires.

En février 2025, lors d’une rencontre citoyenne organisée dans la capitale économique, il appelle à préserver l’unité nationale et affirme que le Gabon ne peut être conçu comme un État communautaire.

L’élection présidentielle du 12 avril 2025 constitue le moment décisif. Le processus électoral se déroule alors que Michel Régis Onanga Ndiaye reste ministre des Affaires étrangères.

Il est au premier rang du dispositif diplomatique chargé de présenter aux partenaires étrangers le processus électoral et la nouvelle séquence institutionnelle.

Après l’élection, il poursuit cette activité et représente notamment le Gabon aux cérémonies marquant le 80e anniversaire de la création de l’Organisation des Nations unies.

Une diplomatie qui obtient le retour du Gabon dans les organisations internationales

L’un des arguments avancés par ceux qui considèrent Onanga Ndiaye comme l’un des diplomates gabonais les plus efficaces de sa génération tient aux résultats obtenus durant la Transition.

Le Gabon réintègre progressivement plusieurs espaces internationaux. En juillet 2025, le Commonwealth annonce la levée de la suspension du Gabon après avoir constaté la mise en œuvre des engagements liés au calendrier de Transition.

Michel Régis ONANGA NDIAYE en audience avec des cadres du Commonwealth


Sur le plan africain, l’Union africaine avait déjà levé la suspension du pays en avril.

Là encore, le mérite ne peut être attribué exclusivement au ministre : ces résultats relèvent de l’ensemble des autorités de Transition, du président, du gouvernement et des institutions engagées dans le processus.

Mais Onanga Ndiaye aura été le visage diplomatique de cette reconquête internationale.

Après la présidentielle, le diplomate franchit définitivement la frontière qui sépare la haute administration de la politique électorale.

Il se présente aux élections législatives de septembre 2025 sous les couleurs de l’Union démocratique des bâtisseurs, l’UDB.

Dans le premier siège du département d’Étimboué, dans l’Ogooué-Maritime, il obtient 66,81 % des voix dès le premier tour selon les données reprises par l’Assemblée parlementaire de la Francophonie et l’Union interparlementaire.

Ce succès électoral change son statut. Il n’est plus simplement nommé par l’exécutif. Il devient député élu.

Conformément aux règles constitutionnelles, il quitte son poste de ministre le 14 novembre 2025 après sa victoire aux législatives.

Trois jours plus tard, nouvelle étape. Le 17 novembre 2025, Michel Régis Onanga Ndiaye est élu président de l’Assemblée nationale.

Passation de charges entre Jean-François NDONGOU, Président sortant de l’Assemblée Nationale de la Transition, et Michel Régis ONANGA M. NDIAYE

 

Un diplomate face à la nouvelle Ve République

Son élection au perchoir intervient dans un contexte institutionnel inédit. La nouvelle Assemblée nationale est celle de la Ve République. L’UDB, formation politique du président Brice Clotaire Oligui Nguema, dispose de plus de 100 sièges sur les 145 que compte l’Assemblée nouvellement élue.

Michel Régis Onanga Ndiaye est donc porté à la présidence d’une institution où son camp dispose d’une majorité considérable. Mais le nouveau président de l’Assemblée veut immédiatement installer une autre image. Celle d’un Parlement qui ne serait plus une simple chambre d’enregistrement.

Dans son discours d’installation, il parle d’une « Assemblée nationale unie et moderne ». Puis, à l’ouverture de la première session ordinaire de la nouvelle législature, il insiste sur le rôle constitutionnel de l’institution : voter les lois, contrôler l’action du gouvernement, consentir l’impôt et évaluer les politiques publiques.

Dans une interview accordée à un média local, il affirme même que « l’ère de la Chambre d’enregistrement est révolue ».

Cette ambition est également perceptible dans son fonctionnement quotidien, selon son premier vice-président Eloi Nzondo.

Eloi Nzondo, Premier vice-président de l’Assemblée Nationale.

Celui-ci, qui dit connaître Onanga Ndiaye depuis la période de la Transition, souligne la répartition claire des responsabilités entre les membres du bureau et la régularité des séances de travail consacrées au suivi du plan d’action de l’institution.

« Cette approche, empreinte de pragmatisme, permet de favoriser le dialogue, d’arrondir les angles, de dissiper certains malentendus », témoigne-t-il, voyant dans cette méthode « l’expression de cette dimension diplomatique qui le caractérise ».

Eloi Nzondo insiste également sur sa capacité d’écoute et sur la confiance accordée à ses collaborateurs. Pour lui, cette disposition témoigne d’une « conception ouverte de l’exercice de l’autorité ».

La diplomatie, autrefois exercée entre États, devient ainsi une méthode de gouvernement d’une institution parlementaire.

Dans les coulisses du perchoir, le regard d’Eloi Nzondo

Son arrivée à la tête de l’Assemblée nationale permet aussi de mesurer ce que la longue expérience diplomatique de Michel Régis Onanga Ndiaye produit dans l’exercice quotidien du pouvoir institutionnel. Celui qui l’observe désormais au plus près est son premier vice-président, Eloi Nzondo, qui le connaît depuis la période de la Transition.

Selon lui, le président de l’Assemblée a rapidement installé une méthode fondée sur une répartition claire des responsabilités entre les membres du bureau et sur un suivi régulier des missions confiées à chacun. Les séances de travail permettent notamment d’évaluer l’état d’avancement du plan d’action de l’institution, mais aussi de « prendre le pouls de l’ambiance générale » au sein du Palais Léon-Mba.

Palais Leon Mba 

Pour Eloi Nzondo, cette manière de travailler révèle surtout une qualité héritée de son parcours diplomatique : la capacité à écouter, à dialoguer et à rechercher des solutions consensuelles. « Cette approche, empreinte de pragmatisme, permet de favoriser le dialogue, d’arrondir les angles, de dissiper certains malentendus », témoigne-t-il.

Le premier vice-président insiste également sur la confiance que lui accorde Onanga Ndiaye et sur sa capacité d’écoute, qu’il considère comme l’une de ses qualités les plus appréciables. Une façon de décrire, derrière l’image publique du président de l’Assemblée, un responsable qui entend exercer son autorité moins par la verticalité que par la concertation.

Cette dimension prend une importance particulière dans une Assemblée issue de sensibilités politiques, de générations et de parcours différents. Pour Eloi Nzondo, les qualités de diplomate de l’ancien ministre ne constituent donc pas seulement un héritage de carrière : elles sont devenues un véritable outil de conduite de l’institution.

Une Assemblée nationale plus ouverte et plus moderne

La présidence d’Onanga Ndiaye est également marquée par une volonté de modernisation de l’institution. Le lancement, en mars 2026, d’une nouvelle plateforme numérique de l’Assemblée nationale participe de cette stratégie.

L’objectif affiché est de rapprocher le Parlement des citoyens, de rendre les travaux plus accessibles et de renforcer la transparence de l’institution.

Dans le même temps, l’Assemblée nationale connaît une activité législative soutenue. En juin 2026, les députés adoptent à l’unanimité 18 projets de loi portant sur plusieurs domaines stratégiques.

Il faut cependant distinguer ici deux choses. Le président de l’Assemblée dirige les travaux et organise le fonctionnement de l’institution ; il ne peut être présenté comme l’auteur personnel de chacune des lois adoptées. Son rôle est plutôt celui d’un chef d’institution, d’arbitre des débats et d’organisateur du travail parlementaire.

Pour Eloi Nzondo, cette transformation doit être appréciée dans la durée. « Sur terre, aucune œuvre n’est jamais totalement achevée », observe le premier vice-président, qui rappelle que le président s’est notamment attaché, dès sa prise de fonction, à rencontrer les personnels par catégorie et par service afin de mieux comprendre leurs attentes et leurs difficultés.

Les engagements pris portent notamment sur la régularisation de certaines situations administratives, la restauration collective ainsi que les conditions de transport et de sécurité des personnels travaillant au-delà des horaires habituels.

Une manière de rappeler que la modernisation du Parlement ne se limite pas à ses textes ou à ses outils numériques : elle concerne aussi son fonctionnement interne et les conditions de travail de ceux qui le font vivre.

La diplomatie parlementaire : retour à Dakar

Le parcours de Michel Régis Onanga Ndiaye retrouve, de manière presque symbolique, son point de départ sénégalais.

En mai 2026, quelques mois après son arrivée au perchoir, il se rend à Dakar pour la 32e Assemblée régionale Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

L’ancien ambassadeur revient cette fois dans la capitale sénégalaise non plus comme représentant du gouvernement gabonais, mais comme président de l’Assemblée nationale. Il est reçu par son homologue sénégalais El Malick Ndiaye.

Le Président de l’Assemblée Nationale Régis Onanga Ndiaye avec son homologue sénégalais El Malick Ndiaye

Mais surtout, les deux présidents signent un mémorandum d’entente entre les parlements gabonais et sénégalais.

Le document prévoit notamment la création d’un groupe interparlementaire d’amitié, le partage d’expertise, l’échange de bonnes pratiques et un soutien diplomatique mutuel sur certaines questions d’intérêt commun.

C’est un moment particulièrement révélateur de sa trajectoire. L’homme qui avait passé huit ans à construire les relations diplomatiques Gabon-Sénégal à Dakar revient dans la même ville pour institutionnaliser cette relation au niveau parlementaire.

Quelques semaines plus tard, Onanga Ndiaye se rend à Yaoundé pour la 51e session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

Onanga Ndiaye à Yaoundé pour la 51e session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

La rencontre réunit environ 400 délégués de l’espace francophone autour du thème du multilatéralisme et de la souveraineté des États.

Le président de l’Assemblée nationale gabonaise y porte notamment la voix du Gabon sur les questions de transition démocratique, de séparation des pouvoirs et d’État de droit.

En juillet 2026, il présente également devant la commission politique de l’APF les résultats de la deuxième Conférence de haut niveau des présidents de parlements des pays en transition et post-transition d’Afrique, organisée à Libreville les 15 et 16 juin.

Il défend l’idée d’institutionnaliser ce type de rencontre afin d’en faire une plateforme permanente de coopération parlementaire africaine.

Cette orientation donne une nouvelle dimension à sa carrière. Après avoir pratiqué la diplomatie gouvernementale, Onanga Ndiaye développe désormais une diplomatie parlementaire.

Un Gabonais de nouveau présent dans les grandes organisations parlementaires

Son action ne se limite pas à l’APF. En juin 2026, l’Union interparlementaire publie un entretien avec lui dans lequel il intervient sur la question des droits humains et du Comité des droits de l’homme des parlementaires.

Cette présence dans les réseaux parlementaires internationaux traduit une continuité avec sa carrière diplomatique.

On retrouve le même profil : maîtrise des questions internationales, expérience multilatérale et aisance dans les échanges institutionnels.

La différence est que l’objet de la représentation a changé. Hier, il représentait le gouvernement gabonais. Aujourd’hui, il représente le Parlement.

En janvier 2026, Michel Régis Onanga Ndiaye reçoit au Palais Léon-Mba les ambassadeurs des États-Unis et de Türkiye.

Michel Régis Onanga Ndiaye avec les ambassadeurs des États-Unis et de Türkiye.

Avec la diplomate américaine, les échanges portent notamment sur les acquis de la coopération bilatérale dans les domaines de la sécurité et de l’économie.

Avec la Türkiye, les discussions concernent notamment le renforcement des liens interparlementaires et la participation du Parlement gabonais aux plateformes multilatérales comme l’Union interparlementaire.

Cette activité confirme que la présidence de l’Assemblée nationale devient elle aussi un instrument de politique extérieure.

Le Parlement n’est plus uniquement un lieu où l’on vote les lois. Il devient un espace de représentation internationale.

Le paradoxe Onanga Ndiaye

C’est probablement ici que se trouve l’originalité de son parcours. Michel Régis Onanga Ndiaye a passé l’essentiel de sa carrière à représenter l’État.

Il a été diplomate de carrière, conseiller à l’ONU, premier conseiller puis ministre-conseiller à New York, ambassadeur au Sénégal, ministre des Affaires étrangères pendant la Transition, ministre après la présidentielle, candidat aux législatives, député et président de l’Assemblée nationale.

Peu de responsables gabonais contemporains ont connu une telle succession de fonctions à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Son expérience internationale lui donne une connaissance particulière des institutions.

Mais son passage par la campagne électorale l’a obligé à entrer dans un autre monde : celui de la politique de proximité. Le perchoir représente donc la synthèse de ces deux dimensions.

De l’ambassade du Gabon à Dakar au Palais Léon-Mba de Libreville, Michel Régis Onanga Ndiaye aura parcouru un chemin peu commun.

Son expérience des Nations unies lui a donné une culture du multilatéralisme. Ses huit années au Sénégal lui ont offert une connaissance approfondie d’un partenaire stratégique du Gabon.

La Transition lui a donné la responsabilité de défendre le nouveau pouvoir sur la scène internationale. La présidentielle de 2025 l’a fait entrer pleinement dans la compétition politique.

Les législatives lui ont donné une légitimité élective. La présidence de l’Assemblée nationale lui offre désormais une nouvelle responsabilité : contribuer à donner corps aux institutions de la Ve République.

Son entourage professionnel décrit ainsi une continuité dans sa manière de servir l’État : écoute, dialogue, préparation des dossiers, recherche de compromis et capacité à travailler sous pression. La fonction a changé, mais la méthode semble, elle, avoir traversé les différentes étapes de sa carrière.

Michel Régis Onanga Ndiaye appartient désormais au cercle très restreint des responsables gabonais ayant exercé une influence successive sur la diplomatie, la politique de transition et la construction institutionnelle du pays.

Et son parcours, de Dakar à New York, de la diplomatie au terrain électoral, puis du ministère au perchoir, raconte finalement une partie de l’histoire du Gabon contemporain.■

Prosper AKPOVI

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