Le ministre des Finances et ses proches collaborateurs ont réussi à obtenir du consortium d’arrangeurs qui a monté une transaction à taux multiples inédite en zone Cemac, une prise ferme de 104 milliards de FCFA sur les 150 recherchés jusqu’au 30 juin 2023. Parallèlement, et sur la même période, le Gabon a lancé lui aussi un appel public à l’épargne d’un montant similaire au Cameroun avec une prise ferme garantie de 100 milliards de FCFA du club des arrangeurs.
Initialement prévu à 200 milliards de FCFA, le montant des souscriptions de l’emprunt obligataire 2023 de l’Etat du Cameroun ont été revues à la baisse à 150 milliards de FCFA. Pour le 7ème emprunt obligataire de l’histoire des finances publiques camerounaises que le pays a décidé d’expérimenter avec une opération à taux multiples. Aussi, est-il le tout premier emprunt du genre dans la zone Cemac et offre quatre possibilités aux différents investisseurs qui manifestent le besoin de souscrire à cet appel public à l’épargne, dont faut-il le rappeler les intérêts à reverser aux souscripteurs sont exonérées d’impôts et autres taxes.

Les investisseurs sont appelés dans un premier temps à fournir au Trésor public une enveloppe de 40 milliards de FCFA, dont le taux d’intérêt est pondéré à 5,80% pour une maturité de 3 ans, avec un différé de 2 ans. Ce qui signifie que le remboursement de cette première tranche s’effectuera dès 2026. En second plan, l’Etat recherche auprès des investisseurs une enveloppe de 40 milliards de FCFA, assortie d’un taux d’intérêt de 6% pour une maturité de 4 ans.
Quant à la 3e tranche, elle concerne une enveloppe de 50 milliards de FCFA. Ici, les détenteurs de capitaux sont rémunérés à un taux de 6,75% pour une maturité de 6 ans, avec 3 ans de différé. En clair, ici, le remboursement de cette tranche débutera en 2027 pour s’achever en 2029. La 4e tranche, d’un montant de 20 milliards de FCFA est rémunérée à 7,25% pour une maturité de 08 ans, dont 3 ans de différé. Sur celle-ci, les remboursements débuteront en 2027 pour s’achever en 2031. «L’avantage de ces placements est que les coupons commencent à 10 000 FCFA, ce qui est un plus par rapport à l’année dernière qui commençait à 300 000 FCFA. Cela permettra aussi de financer les projets qui sont dans le budget, car c’est une fierté pour un camerounais de participer au développement de son pays», poursuit le MINDEL MINFI.
Innovations
L’option des transactions à taux multiples repose sur la volonté de l’émetteur et des arrangeurs d’assurer l’élargissement de la base des investisseurs, poursuivre le rallongement des maturités et d’optimiser le prix de l’opération en servant aux investisseurs des taux d’intérêts attractifs. À ce jour, apprend-on du pool d’arrangeurs constitués de Société Générale Capital Securities Central Africa, Attijari Sécurités Central Africa, Upline Securities Central Africa, Afriland Bourse and Investments et de Financia Capital, la prise ferme des banques s’établit à 104 milliards de FCFA.
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«Si on a connu un glissement calendaire c’est parce que nous avons discuté pendant trois semaines afin de tirer les coûts vers le bas. Vous savez, la BEAC a relevé ses taux directeurs de 50 points de base soit 5% ; donc il est difficile aujourd’hui pour une banque de participer à une souscription en deçà de 5% », explique le directeur de la trésorerie, Samuel Tela.
A ce glissement calendaire, on a également assisté à un ajustement de la somme à solliciter. «Au départ, nous avons fixé le montant à 200 milliards de FCFA, mais compte tenu des conditions de marché, on a placé le chiffre à 150 milliards de FCFA. Cela se fera en plusieurs tranches comprises entre 03, 05 et 08 ans. C’est pour permettre aux investisseurs de souscrire en fonction de ce qui peut revenir à leur coût. Ça permet aussi de diversifier le portefeuille de celui qui veut investir. Ça facilite aussi le remboursement pour l’Etat», explique Yaouba Abdoulaye, MNDEL MINFI.
Projets à financer
Ainsi, l’Etat va encore lever 200 milliards de FCFA sur le marché financier international dans l’urgence afin de régler les restes à payer. «Le fait que le montant ait été ajusté ne veut pas dire que nos marges sont réduites ; au contraire, la loi des finances rectificative nous donne la possibilité de mobiliser 650 milliards de FCFA cette année ; dans les jours à venir, nous allons encore lancer une autre opération cette fois sur le marché international pour apurer les restes à payer. Il y a des gens qui lèvent l’argent dans les tontines à des coûts exorbitants, il ne faut pas que ces factures traînent plus longtemps », explique le directeur général du Trésor, de la Coopération financière et monétaire, Moh Sylvester Tangongho.
Les projets infrastructurels concernés
Durant ces deux semaines de souscriptions, c’est une somme total de 150 milliards de FCFA que le Trésor public camerounais et son syndicat de placeurs vont s’atteler à mobiliser. Les fonds collectés serviront au financement de certains projets inscrits dans la Loi des finances 2023 et s’inscrivent en droit ligne de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement dont l’horizon a été fixé en 2030. Dans le détail, plus de 64% de l’enveloppe, soit 85,5 milliards de FCFA, seront destinés aux travaux publics, plus précisément aux projets d’aménagement urbain à réaliser par le ministère des Travaux publics ; tandis que 20,5 milliards de FCFA seront alloués aux projets d’adduction d’eau et d’électricité ; un peu plus de 15 milliards de FCFA aux travaux d’aménagement au port en eau profonde de Kribi et 14 milliards de FCFA aux interventions en investissement de l’État ; 15 milliards de FCFA pour la reconstruction des zones sinistrées

Des acteurs exigeants
L’opération de mobilisation de l’épargne publique pour un montant de 150 milliards de FCFA est le fruit du leadership éclairé du chef de l’Etat qui s’est donné pour mission de changer la physionomie du Cameroun en moins d’une génération. Ceci au travers des projets structurants que seul le budget de l’Etat ne peut plus financer. Aussi a-t-il fait jouer la qualité de la signature du Cameroun, renforcée et consolidée une crédibilité jamais prise à défaut auprès des institution financières internationales, régionales et locales. Ceci par des paiements à date des échéances dues.
Pour mettre en musique cette politique de diversification des instruments de financements de l’Etat, le ministre des Finances Louis Paul Motaze, s’est entouré d’une expertise avérée parmi ses plus proches collaborateurs. Parmi ces derniers, l’on peut citer le directeur général du Trésor, de la Coopération Financière et Monétaire, Moh Sylvester Tangongho, le directeur de la Trésorerie, Samuel Tela, l’artisan aux côtés de qui les sociétés de bourse travaillent en étroite collaboration pour le succès de l’opération.
Mais, selon un membre du pool des arrangeurs, «grâce à la force de persuasion du grand argentier, Louis Paul Motaze, il a réussi à convaincre les banques et le consortium des arrangeurs à effectuer une prise ferme de 104 milliards de FCFA au lieu des 45 milliards de FCFA que proposaient les directeurs généraux des établissements financiers ». Cette remobilisation a signé le succès annoncé de cet emprunt qui selon des analystes, permettra de mobiliser une cagnotte bien au-dessus des ambitions de collecte du Cameroun.■
Prosper AKPOVI


