L’islam, religion née au 7ᵉ siècle en Arabie, s’est implanté progressivement sur le continent africain, jusqu’à devenir l’une des religions les plus pratiquées d’Afrique. Loin d’avoir suivi une seule voie, sa propagation a pris des formes diverses, oscillant entre contacts pacifiques et dynamiques politiques plus conflictuelles. Entre conquêtes militaires, échanges commerciaux, prédication spirituelle et intégration sociale, l’expansion de l’islam a profondément marqué l’histoire africaine.
Des débuts militaires en Afrique du Nord
L’islam fait sa première entrée sur le continent africain dès 640, lors de la conquête de l’Égypte par les troupes du califat rashidun. S’ensuit une longue campagne militaire des califes omeyyades, qui s’étend vers l’ouest jusqu’à atteindre l’Atlantique. Entre 647 et 709, les armées musulmanes soumettent successivement la Tripolitaine, l’Ifriqiya (actuelle Tunisie), la Numidie et le Maroc.
Ces conquêtes ont donné lieu à des affrontements parfois violents avec l’Empire byzantin et les royaumes berbères. L’islamisation de la région, bien que consolidée plus tard par des conversions volontaires, fut dans un premier temps associée à la domination politique musulmane et à l’imposition de structures administratives et fiscales inspirées de la charia.
Cependant, cette présence musulmane durable en Afrique du Nord a rapidement donné naissance à des dynasties locales (comme les Fatimides ou les Almohades), à une riche vie intellectuelle islamique et à un ancrage profond de la religion dans la société nord-africaine.
Le rôle structurant des routes commerciales transsahariennes
Dès le 8ᵉ siècle, l’islam franchit le Sahara, non plus par les armes, mais par les caravanes. Des marchands arabo-berbères traversent les déserts pour échanger du sel, de l’or, des esclaves et des tissus avec les peuples du Sahel. Ils apportent avec eux non seulement des marchandises, mais aussi leur foi, leur langue, leur culture.
Dans des royaumes comme le Takrur, le Ghana, puis le Mali, les élites politiques adoptent progressivement l’islam, attirées par le prestige religieux, la rigueur administrative et les bénéfices commerciaux qu’il offre. La conversion des souverains marque une étape décisive : elle permet l’intégration des royaumes africains dans le vaste réseau du monde musulman médiéval, reliant le Sahara à La Mecque, Le Caire ou Bagdad.
Les grands empires musulmans du Sahel
L’un des plus célèbres souverains musulmans africains demeure Mansa Musa, empereur du Mali, dont le pèlerinage à La Mecque en 1324 a marqué l’histoire par sa richesse et son influence. Il favorise la construction de mosquées, la fondation de centres d’enseignement coranique, et fait de Tombouctou une capitale intellectuelle islamique.
Plus tard, l’empire Songhaï poursuit cette tradition islamique. À son apogée au 15ᵉ siècle, il combine structures politiques puissantes, administration islamique et rayonnement savant, en faisant cohabiter les pratiques musulmanes avec certaines traditions locales.
La côte swahilie : un islam venu de la mer
Sur les rivages de l’océan Indien, l’islam s’introduit dès le 8ᵉ siècle via les ports commerciaux de la Corne de l’Afrique, du Kenya, de la Tanzanie et des Comores. Les marchands arabes et persans s’installent dans des villes telles que Mogadiscio, Mombasa ou Kilwa, et fondent des sociétés swahilies où se mêlent cultures africaines et arabes.
L’islam y est adopté progressivement par les populations locales, souvent par les élites marchandes, dans un cadre plus pacifique. La culture swahilie naît de cette rencontre : une langue, une architecture, une religion et un mode de vie façonnés par les échanges transocéaniques.
Les confréries soufies, piliers de l’islamisation intérieure
Du 11ᵉ au 19ᵉ siècle, les confréries soufies jouent un rôle central dans l’expansion pacifique de l’islam à l’intérieur du continent. Ordres spirituels comme la Qadiriyya, la Tijaniyya ou plus tard la Mouridiyya diffusent l’islam à travers des pratiques mystiques, la formation religieuse et la fondation de communautés villageoises.
Leur approche tolérante et adaptée aux cultures locales favorise l’ancrage durable de l’islam, même dans des régions éloignées des centres de pouvoir. Ces confréries ont aussi joué un rôle social majeur, en assurant éducation, médiation et assistance dans des contextes souvent instables.
Réformes et guerres saintes : les jihads du XIXᵉ siècle
À partir du 18ᵉ siècle, des mouvements de réformateurs musulmans émergent, dénonçant le syncrétisme et la décadence religieuse dans certaines sociétés. Ces érudits mènent des jihads (guerres religieuses) pour rétablir ce qu’ils considèrent comme un islam pur.
Le plus célèbre est celui d’Usman dan Fodio, au début du 19ᵉ siècle. Originaire du nord du Nigeria, il renverse les royaumes haoussa et fonde le califat de Sokoto, une entité politique fondée sur la charia, avec un système d’enseignement islamique structuré. D’autres mouvements similaires voient le jour au Fouta-Djalon (Guinée), au Fouta-Toro (Sénégal) ou au Macina (Mali actuel), souvent portés par des peuples peuls.
Ces réformes, bien que motivées par des aspirations spirituelles et sociales, ont été marquées par des affrontements militaires, des renversements de pouvoir et des conversions imposées dans certains cas. Elles ont profondément modifié les équilibres politiques de l’Afrique de l’Ouest.
Entre héritage spirituel et diversité africaine
Malgré les épisodes de conquête et de conflit, la diffusion de l’islam en Afrique a surtout été caractérisée par sa capacité d’adaptation aux sociétés locales. Dans de nombreuses régions, l’islam s’est combiné avec les traditions préexistantes, donnant naissance à des pratiques religieuses spécifiques, à des formes de syncrétisme, mais aussi à des expressions culturelles riches : poésie mystique, musique religieuse, architecture islamo-africaine, droit coutumier islamisé, etc.
Aujourd’hui encore, cette diversité est visible : l’islam africain se décline en multiples tendances, entre soufisme, réformisme, pratiques rurales, mouvements urbains, et dynamiques transnationales contemporaines.
La diffusion de l’islam en Afrique n’a pas suivi un modèle unique. Elle s’est faite tantôt par la guerre, tantôt par le commerce, la prédication, ou la diplomatie. Elle fut parfois violente, souvent pacifique, toujours complexe. Ce processus historique a profondément structuré les sociétés africaines, du Maghreb à la côte swahilie, du Sahel aux hauts plateaux éthiopiens.
Aujourd’hui, comprendre les origines multiples de cette implantation religieuse permet de mieux saisir les réalités culturelles, politiques et spirituelles de l’Afrique contemporaine, où l’islam, enraciné depuis plus de 1 300 ans, continue d’évoluer dans un dialogue constant avec le monde et avec lui-même.
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