La Russie a dénoncé « l’hypocrisie » des Européens face à l’accord permettant de soulager les pays pauvres et en développement de la crise des céréales. Alors qu’un corridor maritime a été ouvert pour éviter une crise humanitaire majeure et des risques de famine en Afrique, ce sont finalement les pays européens et la Turquie qui en profitent, a dénoncé le président russe, Vladimir Poutine qui s’est attardé sur les pays européens.
Vladimir Poutine qui s’est exprimé lors d’une conférence, a indiqué que la majeure partie des exportations de céréales ukrainiennes qui étaient bloquées avant un accord parrainé par la Turquie, allait vers l’Europe au détriment des pays pauvres.
L’accord conclu sous le parrainage de l’ONU et de la Turquie qui gère le flux en mer noire, précisément dans le Bosphore, devait permettre de libérer les céréales ukrainiennes et russes, surtout le blé pour éviter une crise alimentaires dans les pays dépendants de cette denrée essentielle.
Les pays concernés sont les pays africains en particulier nord-africains où la consommation de pain est importante et fait partie des habitudes alimentaires des habitants de la région. Le président en exercice de l’Union africaine Macky Sall, s’était personnellement déplacé en Russie pour demander à Vladimir Poutine de rétablir les envois de céréales et ne pas punir les pays africains qui n’ont aucune relation dans le conflit entre Kiev et Moscou.
La conclusion de cet accord signé le 22 juillet après d’âpres négociations, devait permettre à trois ports ukrainiens de la mer noire d’écouler les stocks en céréales dans les 120 jours. Il s’agissait de plus de 20 millions de tonnes de maïs, blé et tournesol stockés en Ukraine.
Selon le Centre de coordination conjointe (CCC), chargé du contrôle des exportations de céréales ukrainiennes via la mer Noire, qui a été instauré depuis la conclusion de cet accord, 36% de ces exportations sont allées dans les pays européens.
Avec l’Espagne destinataire en tête avec 15% des exportations, Italie (7%), Pays-Bas (5%), Roumanie (4%), Allemagne (3%), Irlande et France (1%) et Bulgarie et Grèce pour moins de 1%.
Mais la première destination reste la Turquie avec 20% des exportations, notent des experts, indiquant que le pays transforme le blé en farine pour le revendre ensuite à des pays du Moyen-Orient.
Et c’est en dernière position que figurent les pays les plus fragiles qui devaient être les principaux destinataires, comme l’Égypte, le Soudan, le Yémen, la Somalie, et Djibouti. Selon les experts, les exportations de blé restent faibles en comparaison avec les autres céréales comme le maïs exporté en grande quantité pour les pays européens pour nourrir le bétail.
« Presque toutes les céréales exportées d’Ukraine sont envoyées non pas aux pays en développement et aux pays les plus pauvres, mais aux pays de l’Union européenne », a déclaré le président Poutine lors d’un forum économique à Vladivostok.
De son côté, le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba, a répondu, sans donner de chiffres exacts, que « les deux tiers des navires envoyés sont dirigés vers l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient », en citant pour sa part, la Chine, l’Egypte, l’Iran, l’Inde, la Somalie et la Libye parmi les pays ayant, selon lui, reçu des cargaisons de céréales ukrainiennes.
En tout état de cause, l’Afrique n’est pas la destination première de ces cargaisons de céréales alors qu’elle devait l’être initialement et que cette mesure décidée et négociée sous la houlette de l’ONU, devrait permettre essentiellement aux pays pauvres et en développement d’éviter la famine.
Sauf qu’avec 36% des exportations ukrainiennes allant vers l’Europe, et 20% vers la Turquie, cela représente 56% du total des exportations, soit plus de la moitié, outre les pays d’Asie comme la Chine et l’Inde deux pays à eux seuls représentent plus de 2 milliards d’habitants et qui, profitent aussi de cette mesure au détriment de l’Afrique.■