Dans un contexte économique marqué par une inflation persistante et un resserrement de la politique monétaire, les banques commerciales malgaches réorientent leurs stratégies de crédit. Désormais, les financements se concentrent sur les secteurs jugés essentiels à la vie quotidienne : le commerce, les transports, l’agriculture, ainsi que le bâtiment et les travaux publics (BTP). Cette stratégie de recentrage vise à limiter les risques dans un environnement économique devenu plus incertain.
Un contexte macroéconomique sous tension
Le contexte économique de Madagascar en ce début d’année 2025 est caractérisé par une pression inflationniste notable. Selon les dernières données publiées par la Banky Foiben’i Madagasikara (BFM), l’inflation a atteint 8,4 % en mars 2025, tirée par la hausse des prix du riz — denrée de base pour la population malgache —, des produits importés et de l’énergie. Pour enrayer cette dynamique inflationniste, la BFM a décidé, le 6 mai 2025, de relever son taux directeur de 150 points de base, le portant à 12 %.
Cette mesure vise à ralentir la croissance de la masse monétaire, attendue en hausse de 14,7 % au deuxième trimestre. Comme l’explique un économiste malgache proche du secteur bancaire :
« Lorsqu’une banque accorde un crédit, elle crée de la monnaie. Or, une expansion monétaire trop rapide, non adossée à une production réelle équivalente, peut nourrir l’inflation. »
Ce durcissement des conditions de crédit rend les emprunts plus coûteux, en particulier pour les secteurs à cycle d’investissement long ou fortement exposés aux aléas internationaux.
Des choix dictés par la prudence
Dans ce climat d’incertitude, les banques malgaches adoptent une posture résolument défensive. Les financements se concentrent désormais sur les secteurs les plus résilients, c’est-à-dire ceux qui génèrent des flux de trésorerie réguliers, sont peu sensibles aux chocs exogènes et répondent à une demande locale stable. Ainsi, les secteurs du commerce, des transports, de l’agriculture et du BTP concentrent aujourd’hui la majorité des crédits bancaires accordés.
« Les banques cherchent aujourd’hui à sécuriser leurs financements. Elles privilégient les secteurs avec des flux stables, une visibilité sur la demande et une moindre exposition aux aléas extérieurs », précise l’économiste.
Ce recentrage stratégique se traduit par une mise à l’écart progressive des secteurs considérés comme plus risqués, notamment les industries extractives.
L’effondrement du financement du secteur extractif
Le secteur extractif à Madagascar, qui a longtemps attiré des investissements étrangers massifs, traverse actuellement une période de désintérêt de la part des banques locales. Pour le deuxième trimestre consécutif, il n’a bénéficié d’aucun crédit bancaire. Plusieurs facteurs expliquent cette exclusion : la baisse des cours mondiaux du nickel, la frilosité des investisseurs étrangers et le recours croissant au financement direct des filiales minières par leurs maisons mères, souvent basées à l’étranger.
Ce repli reflète la volonté des banques de se détourner des activités à rentabilité incertaine ou dépendantes des marchés internationaux. À l’inverse, les secteurs liés à la consommation locale et aux services essentiels — commerce de biens alimentaires, transport urbain et rural, agriculture vivrière, travaux de construction — sont perçus comme plus sûrs et mieux intégrés à la dynamique interne de l’économie malgache.
Vers une recomposition du paysage bancaire malgache
La réorientation des priorités de financement traduit une mutation plus large du paysage bancaire à Madagascar. L’objectif des institutions financières est désormais double : protéger leurs bilans contre les risques systémiques et contribuer à la stabilité macroéconomique du pays. La BFM, de son côté, suit de près cette évolution. Elle n’écarte pas l’adoption de nouvelles mesures de régulation monétaire si la surliquidité bancaire venait à persister.
« La priorité demeure la stabilité des prix et la préservation des équilibres macroéconomiques », rappelle un communiqué récent de la banque centrale.
Dans les mois à venir, l’évolution du contexte international, l’impact des récoltes agricoles sur les prix alimentaires, et les effets de la politique monétaire sur la demande de crédit seront autant de facteurs déterminants pour la trajectoire économique de Madagascar.