Il est à peine dix heures du matin du 14 Août 2025 lorsque la réunion gouvernementale s’ouvre, dans une atmosphère à la fois studieuse et solennelle. Au centre de l’assemblée, Alexandre Barro Chambrier, Vice-président du Gouvernement, préside les débats. Les regards convergent vers lui avec une expectative quasi palpable. En ce jour, il n’est plus seulement le chef d’orchestre d’une séance technique ; il incarne l’autorité politique qui entend donner chair aux promesses étatiques et insuffler un souffle nouveau à la gouvernance gabonaise sur les hautes instructions du Président Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA.
L’ordre du jour était implacable. Examiner deux projets de texte, assurer le suivi et la mise en œuvre des actes issus du séminaire gouvernemental, et définir un cadre méthodologique rigoureux pour l’évaluation des politiques publiques. À travers cet exercice, le gouvernement veut réaffirmer que l’ère des résolutions incantatoires est désormais révolue.
Un homme d’État dans l’épreuve de l’action
Alexandre Barro Chambrier, figure tutélaire du paysage politique gabonais, n’en est pas à sa première joute avec les dossiers brûlants de la République. Chevronné Économiste de formation, ancien ministre, député et président de parti, il a longtemps cultivé l’image d’un homme à l’esprit analytique, plus attaché à la profondeur des réformes qu’aux effets d’annonce.
Ce 14 août, son discours inaugural se distingue par une gravité mesurée :
« Le temps des improvisations et des bilans creux est derrière nous. Le peuple gabonais réclame de la clarté, de la discipline et des résultats. Nous devons rendre des comptes sur ce que nous faisons, secteur par secteur, indicateur par indicateur. Car la confiance des citoyens se reconstruit dans l’épreuve de l’action, et non dans le confort des déclarations. »
Ces mots, à la fois sobres et incisifs, résonnent dans une salle où l’on sent que chacun mesure la responsabilité qui lui incombe.
Héritage d’une gouvernance fragilisée
Le séminaire gouvernemental dont il est ici question n’est pas une simple formalité. Il s’inscrit dans un contexte où la gouvernance gabonaise porte encore les stigmates d’années d’incertitudes institutionnelles, de promesses différées et de réformes avortées.
Les décennies passées ont été ponctuées de plans stratégiques fastueux, mais souvent orphelins de mise en œuvre. Dans les couloirs de l’administration, certains parlent de « mirages programmatiques » : des stratégies séduisantes, mais vouées à l’oubli faute de suivi. C’est ce cercle vicieux que le Vice-président entend briser.
À ce titre, le séminaire du 14 août apparaît comme un acte fondateur, celui d’une gouvernance qui se veut réconciliée avec la reddition des comptes.
La voix des serviteurs de l’État
Pour comprendre la portée de ce virage, nous avons sollicité le regard de ceux qui, au quotidien, manipulent les chiffres et mesurent la réalité budgétaire du pays.
Benoît Nguéma, inspecteur général des finances publiques, esquisse une analyse à la fois technique et citoyenne :
« Depuis trop longtemps, nous avons été prisonniers d’une logique où l’on votait des budgets sans réelle traçabilité des dépenses. Les projets de suivi-évaluation proposés par le Vice-président, s’ils sont appliqués avec rigueur, permettront de distinguer ce qui relève de l’ambition sincère et ce qui n’était que poudre aux yeux. Pour nous, techniciens de l’État, c’est une révolution silencieuse qui s’annonce. »
Ces propos traduisent une attente longtemps enfouie : celle d’un État qui s’astreint à l’hygiène de la transparence.
Quand la société civile s’invite au débat
Du côté de la société civile, la perception est moins technique, mais plus ancrée dans la quotidienneté des Gabonais. Mireille Eyang, militante associative œuvrant pour l’accès aux services de base, traduit en termes simples les aspirations populaires :
« Les Gabonais ne demandent pas des miracles. Ils veulent ouvrir leur robinet et voir couler une eau limpide. Ils veulent appuyer sur l’interrupteur et que la lumière jaillisse sans craindre l’obscurité des coupures intempestives. Ils veulent emmener leurs enfants à l’école sans que les bancs soient pourris ou que les enseignants soient absents. Et quand ils vont à l’hôpital, ils veulent rencontrer autre chose que des couloirs vides et des médicaments manquants. Si Barro Chambrier transforme ces résolutions en réalités visibles, il réconciliera le peuple avec l’État. »
Ces mots, empreints de sincérité, rappellent que la gouvernance n’a de valeur que dans son impact concret sur la vie des citoyens.

L’enjeu vital de la diversification économique
Au-delà des infrastructures sociales, le Vice-président insiste sur un autre chantier : la diversification de l’économie. Le Gabon, longtemps tributaire de la rente pétrolière, doit aujourd’hui composer avec la volatilité des cours mondiaux et les limites d’un modèle extractiviste.
Dans ce contexte, Alexandre Barro Chambrier plaide pour une stratégie audacieuse. Renforcer les secteurs agricoles, valoriser les forêts de manière durable, investir dans les industries de transformation locale et stimuler l’économie numérique. Selon ses propres termes :
« Un pays qui vit de la rente est un pays fragile. Nous devons bâtir une économie résiliente, plurielle, capable de nourrir nos concitoyens et d’offrir des emplois décents à notre jeunesse. »
Entre attentes et scepticismes
Il serait naïf de croire que l’enthousiasme est unanime. Dans certains cercles, l’on redoute que cette dynamique ne soit qu’un élan passager, comme tant d’autres avant elle. Les plus sceptiques rappellent que le Gabon a souvent excellé dans l’art des diagnostics sans lendemain.
Cependant, la différence réside peut-être dans la posture actuelle, l’instauration d’un mécanisme de suivi-évaluation obligatoire, sous la houlette du Vice-président, pourrait être le verrou qui empêchera les résolutions de sombrer dans l’oubli.
Un homme à la croisée des chemins
Pour Alexandre Barro Chambrier, cette séquence est décisive. Elle le place au cœur d’un dispositif où se joue à la fois la crédibilité du gouvernement et son propre destin politique. S’il réussit à incarner ce tournant vers une gouvernance plus rigoureuse, il sera non seulement reconnu comme un artisan de la modernisation de l’État, mais aussi comme l’un des héritiers légitimes de la confiance populaire.
Car, en définitive, la réunion du 14 août dépasse le cadre d’un simple agenda administratif. Elle symbolise une volonté de réconciliation entre le citoyen et ses institutions, entre la promesse et l’acte.■
Prosper AKPOVI

