Gabon : l’interdiction des sacs plastiques à usage unique entre en vigueur dans les grandes surfaces

Gabon : l’interdiction des sacs plastiques à usage unique entre en vigueur dans les grandes surfaces

À compter du 23 septembre prochain, les sacs plastiques à usage unique ne seront plus autorisés dans les grandes surfaces commerciales au Gabon. Une décision annoncée début juillet par le ministère de l’Environnement, à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement. Elle s’inscrit dans la volonté du gouvernement de renforcer la lutte contre la pollution plastique, qui continue de dégrader les écosystèmes terrestres et marins du pays.

Une décision saluée mais qui divise encore

Dans les rayons d’un supermarché du 4e arrondissement de Libreville, Costani Otounga, un client régulier, se félicite déjà des changements en cours. « On nous donne des emballages bio, c’est-à-dire faits avec du papier. Nous sommes contents parce que nous savons tous que le plastique est une matière qui pollue notre environnement », explique-t-il.

Certaines enseignes n’ont pas attendu la date officielle pour adapter leur politique. Depuis le 3 juillet, plusieurs supermarchés de Libreville ont cessé de distribuer des sacs plastiques durant les week-ends. Une transition pas toujours aisée, selon Vitelle, cheffe de caisse dans l’un de ces établissements. « C’est compliqué pour certains. Il y en a qui le prennent avec bonne foi, d’autres se fâchent. Mais on n’a pas le choix. On essaie de les exhorter, de leur faire comprendre que c’est pour le bien de la nation. »

En semaine, les grandes surfaces écoulent leurs derniers stocks de sacs plastiques, en attendant leur retrait définitif. Dans le 1er arrondissement, Hyacinthe Mombo Moussavou, responsable de magasin, confirme : « Ces sacs à usage unique, les clients ne les verront plus dans nos magasins. C’est fini. »

Un précédent peu concluant

Cette mesure n’est pas une première. Sous la présidence d’Ali Bongo, une interdiction similaire avait déjà été formulée, sans réel succès. L’application de la loi s’était révélée faible, et les plastiques à usage unique avaient rapidement réinvesti le marché. Pour Nicaise Moulombi, président de l’ONG Croissance Saine Environnement, cette nouvelle initiative doit s’accompagner d’une stratégie nationale ambitieuse.

« Ce que nous attendons en tant qu’acteurs de la société civile, c’est d’interdire non seulement l’entrée des sacs plastiques dans les grandes surfaces, mais surtout leur importation sur le territoire national. Il faut une opération d’envergure pour commander des sacs en papier biodégradable, développer une industrie locale des sacs en pagne, et ainsi compenser l’usage des plastiques », plaide-t-il. Il appelle également à une évaluation des stocks existants pour éviter un déstockage sauvage ou des détournements de la réglementation.

Des alternatives déjà sur le marché

À l’approche de l’échéance, les clients sont progressivement invités à utiliser des sacs biodégradables en papier ou à se munir de sacs cabas réutilisables, proposés en magasin à 500 francs CFA. Une solution jugée positive par plusieurs commerçants, qui estiment que ces cabas, robustes et durables, rencontrent déjà un bon accueil auprès de la clientèle.

Par ailleurs, des exceptions ont été prévues dans le dispositif. Le ministère de l’Environnement a précisé que certains types de sacs plastiques resteront tolérés, notamment dans les secteurs médical, pharmaceutique, industriel, agricole et pour la collecte de déchets. Les cabas plastiques réutilisables ne sont pas concernés par l’interdiction, tout comme certains plastiques expressément exclus par la loi.

Une législation plus stricte et une vision à long terme

Pour le reste, l’interdiction est sans appel : fabrication, importation, commercialisation et usage de sacs plastiques à usage unique sont désormais prohibés. Le texte couvre également leur abandon ou rejet dans les espaces publics, les rivières, ou tout autre lieu inapproprié.

Les autorités rappellent que les conséquences environnementales de ces déchets sont graves : caniveaux obstrués, inondations aggravées en saison des pluies, pollution des milieux aquatiques, disparition d’espèces marines et infiltration de microplastiques dans la chaîne alimentaire. Des dangers qui, au-delà de l’écosystème, menacent directement la santé des populations.

Le ministère de l’Environnement appelle ainsi à une mobilisation nationale. « Chaque citoyen, chaque entreprise, chaque administration a un rôle à jouer. Le respect strict de la réglementation est indispensable pour faire du Gabon un pays plus propre, plus résilient et tourné vers un avenir durable. »

Un test grandeur nature

Avec Libreville comme point de départ, cette réforme environnementale pourrait rapidement s’étendre à l’ensemble du territoire. Mais son succès dépendra de la capacité des autorités à faire respecter les interdictions, à promouvoir les alternatives locales et à impliquer les citoyens dans ce changement de culture. Le Gabon ambitionne ainsi de rejoindre les rares pays africains ayant réussi une transition efficace vers un modèle sans plastique à usage unique — à l’image du Rwanda, souvent cité en exemple.

Cette interdiction marquera-t-elle enfin un tournant durable dans la politique environnementale gabonaise ? La réponse viendra des actes posés dans les semaines et mois à venir.

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