Gambie : décès d’un nourrisson après une excision, indignation et appel au renforcement des sanctions

Gambie : décès d’un nourrisson après une excision, indignation et appel au renforcement des sanctions

Le 10 août, une fillette âgée d’à peine un mois est décédée à son arrivée à l’hôpital d’un village gambien, peu après avoir subi une mutilation génitale. Pourtant, cette pratique est interdite en Gambie depuis 2015 par une loi qui la criminalise.

Malgré cette interdiction, l’excision demeure courante. Selon Fatou Jeanne Senghor, juriste et militante des droits des femmes, l’absence de sanctions effectives explique en grande partie la persistance du phénomène.
« Lorsqu’une loi existe mais qu’aucun dispositif clair de suivi et de répression n’est mis en place, beaucoup continuent à pratiquer l’excision. Les communautés concernées disposent souvent de codes secrets, et, culturellement, la dénonciation des infractions n’est pas ancrée dans les habitudes, surtout pour des affaires perçues comme privées ou familiales », explique-t-elle.

Poursuites judiciaires et peines encourues

À la suite du drame, trois femmes ont été inculpées. L’une, poursuivie pour pratique interdite de l’excision, a été placée en détention provisoire et encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Les deux autres, accusées de complicité, ont été remises en liberté sous caution.

Pour Mme Senghor, seule une vigilance accrue pourrait freiner ces pratiques. Elle préconise notamment des contrôles systématiques dans les zones où l’excision reste répandue. « Par exemple, à la rentrée scolaire, le personnel médical et les assistantes sociales pourraient procéder à des vérifications. Cela dissuaderait les familles qui profitent des vacances pour envoyer leurs enfants dans des camps d’excision », suggère-t-elle.

Une pratique encore massive

En Gambie, environ 76 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi une mutilation génitale, selon l’UNICEF. Trois filles sur quatre en sont victimes avant l’âge de 6 ans.

Bien que souvent associée à l’islam, cette pratique ne trouve aucun fondement religieux, rappelle l’imam Amadou Makhtar Kanté : « L’excision est une coutume antérieure à l’islam. Aucun texte ne prescrit qu’une femme doit être excisée pour être musulmane. Cette pratique place les femmes dans des situations dangereuses et pénibles, ce qui va à l’encontre des objectifs de l’islam. »

Une étude de l’Université de Birmingham, publiée en 2023, estime qu’environ 44 000 filles et jeunes femmes meurent chaque année des suites de mutilations génitales féminines dans les pays où elles sont encore pratiquées.

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