Ghana : une élection présidentielle sous tension économique et sociale

Ghana : une élection présidentielle sous tension économique et sociale

Samedi 07 septembre 2024, le Ghana, souvent cité en exemple pour sa stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, vit un moment crucial de son histoire politique et économique. Les électeurs se rendent aux urnes pour élire un président et renouveler les 276 sièges du Parlement. Mais cette élection, loin d’être une simple formalité démocratique, s’inscrit dans un contexte de tensions économiques sans précédent et d’enjeux sociaux critiques.

Environ 18,7 millions de citoyens sont attendus dans les bureaux de vote, faisant de ce scrutin un véritable test pour la résilience démocratique d’un pays qui a longtemps fait figure de modèle dans une région fréquemment secouée par des coups d’État et des violences politiques. Cependant, cette élection est marquée par une crise économique profonde, avec une inflation galopante, un chômage endémique, en particulier chez les jeunes, et un climat social tendu.

Une économie en crise

La situation économique du Ghana, autrefois considérée comme prometteuse, s’est fortement détériorée au cours des dernières années. En 2022, le pays a été contraint de faire défaut sur une partie de sa dette extérieure, un événement qui a ébranlé la confiance des investisseurs internationaux et aggravé les difficultés financières des Ghanéens. L’inflation, qui atteint des niveaux records, a réduit le pouvoir d’achat des ménages, tandis que le taux de chômage, notamment parmi les jeunes, continue de grimper.

Parallèlement, l’extraction illégale d’or, communément appelée galamsey, a pris de l’ampleur. Cette pratique, encouragée par la crise économique, représente une source de revenus pour de nombreux Ghanéens, mais elle cause des dégâts environnementaux majeurs. Les rivières, essentielles à la vie et à l’agriculture, sont polluées par les produits chimiques utilisés dans ces exploitations illégales, compromettant ainsi les ressources naturelles du pays. Malgré des campagnes gouvernementales pour éradiquer cette pratique, le galamsey persiste et demeure un problème majeur à résoudre.

Un duel politique serré

Sur le plan politique, l’élection oppose principalement deux figures bien connues des Ghanéens : Mahamudu Bawumia, actuel vice-président et candidat du Nouveau Parti Patriotique (NPP), et John Dramani Mahama, ancien président et leader du Congrès National Démocratique (NDC). Les deux hommes, qui ont tous deux occupé des postes clés dans la gestion du pays, se présentent comme les sauveurs d’une économie en difficulté. Pourtant, selon de nombreux analystes, leurs programmes économiques diffèrent peu dans les grandes lignes, ce qui suscite un certain scepticisme parmi les électeurs.

Le vice-président Bawumia mise sur son expertise en économie numérique et sa capacité à attirer des investissements étrangers pour convaincre les électeurs, tandis que John Mahama, fort de son expérience passée à la tête du pays, promet une gouvernance plus inclusive et axée sur la réduction des inégalités. Cependant, leurs promesses de réformes structurelles peinent à rassurer une population qui exige des solutions rapides et concrètes.

Une élection sous surveillance

La communauté internationale suit de près ce scrutin, car les résultats pourraient non seulement redéfinir l’équilibre politique au Ghana, mais aussi influencer la trajectoire économique du pays. Un Parlement divisé, où aucune majorité claire n’émerge, pourrait compliquer la mise en œuvre des réformes nécessaires pour relancer l’économie et apaiser les tensions sociales.

Les observateurs nationaux et étrangers s’inquiètent également des risques de tensions post-électorales, même si le Ghana reste l’un des rares pays d’Afrique de l’Ouest à avoir organisé des élections pacifiques depuis l’introduction du multipartisme dans les années 1990.

Les défis à venir

Quelle que soit l’issue de cette élection, le futur président du Ghana aura la lourde tâche de redresser une économie en crise, de restaurer la confiance des citoyens et de protéger l’environnement tout en réformant les institutions pour les rendre plus inclusives et efficaces. La lutte contre le galamsey, le renforcement des mécanismes de gouvernance économique et la création d’emplois pour les jeunes seront sans doute au cœur des priorités du prochain mandat.

Les résultats de cette élection, attendus dans les prochains jours, détermineront si le Ghana peut surmonter ses défis actuels et préserver son statut de phare démocratique en Afrique de l’Ouest, ou s’il succombera aux pressions économiques et sociales qui pèsent sur lui. Une chose est certaine : les regards du continent et du monde entier sont tournés vers Accra en ce moment décisif.

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