Kinshasa a condamné, mardi soir, « la participation des autorités rwandaises dans le soutien, le financement et l’armement » de la rébellion du M23 qui a repris les armes fin 2021, tout en promettant de défendre « chaque centimètre » de son territoire.

Après les soupçons et les mises en garde, Kinshasa hausse le ton. La République démocratique du Congo (RD Congo) a « condamné », mardi 14 juin au soir, le soutien apporté selon elle par Kigali aux rebelles du « M23 ».

Le gouvernement de la RD Congo « condamne la participation des autorités rwandaises dans le soutien, le financement et l’armement de cette rébellion », a indiqué le ministère de la Communication et des Médias dans un communiqué. « Nous défendrons chaque centimètre de notre territoire », ajoute le texte, diffusé au lendemain de la prise par les rebelles du M23 (« Mouvement du 23 mars ») de la localité de Bunagana, important centre de commerce situé à la frontière ougandaise, dans la province congolaise du Nord-Kivu (est).

Ce communiqué de presse du ministère de la Communication évoque dans un premier temps la visite de six jours en RD Congo du roi des Belges, dont la dernière étape s’est déroulée dimanche à Bukavu (Sud-Kivu), à l’hôpital du Dr Denis Mukwege, colauréat du prix Nobel de la paix 2018 pour son action en faveur des femmes victimes de viols dans cette région en proie aux violences des groupes armés depuis près de trente ans.

Le médecin a évoqué « les multiples agressions dont est victime » la RD Congo. « La plus récente, qui se déroule encore sous nos yeux, est celle du groupe M23 dont le soutien du Rwanda est connu de tous depuis des décennies », a-t-il ajouté, cité par le communiqué.

« Le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a quant à lui indiqué que nous avions le droit d’exiger de nos voisins que notre territoire soit respecté et que la Belgique tenait au respect strict de l’intégrité territoriale » de la RD Congo, poursuit le communiqué. « Le roi Philippe de Belgique et la communauté internationale ont un rôle important à jouer pour installer urgemment une diplomatie régionale qui amènera à l’apaisement des tensions et à la résolution pacifique du conflit », ajoute le texte.

« Invasion »

Rébellion à dominante tutsi vaincue en 2013 par Kinshasa, le M23 a repris les armes fin 2021, en reprochant aux autorités congolaises de ne pas avoir respecté un accord pour la démobilisation et la réinsertion de ses combattants. Les combats se sont intensifiés ces dernières semaines et Kinshasa a clairement accusé Kigali de soutenir cette rébellion.

La semaine dernière, l’armée de RD Congo avait accusé Kigali d’avoir envoyé 500 de ses militaires dans l’est du pays, ce que le gouvernement rwandais avait une nouvelle fois démenti, comme il nie tout soutien au M23. Lundi, après la prise de Bunagana, l’armée congolaise accusait le Rwanda d’ »invasion » de son territoire, en assurant que « toutes les dispositions étaient mises en place pour la reprise en main de la situation ».

Depuis plusieurs semaines, des manifestations sont organisées en RD Congo pour demander la rupture des relations diplomatiques avec le Rwanda. Mardi encore, quelques centaines de personnes se sont rassemblées devant le ministère des Affaires étrangères à Kinshasa pour demander l’expulsion de l’ambassadeur du Rwanda, Vincent Karega. Celui-ci avait été récemment convoqué pour recevoir une mise en garde « sévère », selon les autorités congolaises.

Les relations entre Kinshasa et Kigali sont tendues depuis le génocide au Rwanda en 1994, avec l’arrivée massive en RD Congo de Hutu rwandais accusés d’avoir massacré les Tutsi, chaque pays s’accusant mutuellement de soutenir des groupes rebelles antagonistes. Elles s’étaient apaisées après l’arrivée au pouvoir, début 2019, de Félix Tshisekedi, mais la résurgence du M23 a ravivé les tensions.

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