Libye: Un pas en avant vers la fin du conflit?

Libye: Un pas en avant vers la fin du conflit?

C’est une annonce porteuse d’espoir en Libye : le Gouvernement d’union nationale et le Parlement de Tobrouk, les deux autorités rivales dans le pays annoncent un cessez-le-feu et une organisation d’élections.

Dans deux communiqués distincts les deux factions qui se disputent le pouvoir ont annoncé une interruption des combats, ainsi que l’organisation d’élections dans le pays.

Fayez al-Sarraj, le chef du Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli et reconnu par les Nations unies, a ordonné un cessez-le-feu immédiat. Il a également appellé sur les réseaux sociaux à la tenue d’« élections présidentielles et parlementaires en mars prochain ».

De son côté, Aguila Saleh, le président du « Parlement de l’Est », à Tobrouk, a lui annoncé des élections, mais sans avancer de date, tout en appelant « toutes les parties » à observer « un cessez-le-feu immédiat et l’arrêt de tous les combats sur le territoire libyen ». Aguilah Saleh avec une partie des parlementaires soutient l’homme fort du clan de l’Est, le maréchal Haftar, dont la signature n’apparaît étonnement pas sur le communiqué.

C’est une lueur d’espoir qui peut déboucher sur des bribes utiles, qui sont importantes. Par exemple, la marginalisation du maréchal Haftar. C’est un acteur qui est devenu synonyme d’une attaque plutôt brutale qui a échoué. Donc non seulement 7000 Libyens, dont 700 civils, sont morts du fait de cette offensive ratée, soutenue diplomatiquement par la France. Il est en train de perdre de son importance.

Jalel Harchaoui, du Clingendael Institute un think tank néerlandais

Tancrède Chambraud

Une vraie bonne nouvelle ?

Il faut toutefois rester prudent et ne pas voir en l’annonce des deux gouvernements un accord de paix durable et une stabilité retrouvée dans le pays. Après tout depuis la chute de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye a connu plusieurs espoirs d’une paix, sans pour autant véritablement aboutir.

Néanmoins, plusieurs pays se sont réjouis de la nouvelle. Aussitôt après la diffusion des communiqués, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dont le pays avait envisagé de déployer des troupes en Libye, s’est félicité de l’annonce des autorités rivales.

Le président égyptien ajoute que « cette décision est une étape importante sur la voie d’un règlement politique et du rétablissement de la stabilité » du pays. Côté français, c’est une « étape positive », mais « qui doit se matérialiser sur le terrain ».

Une « entente » qui est également la bienvenue pour les Nations unies, alors que l’internationalisation croissante du conflit faisait craindre un redoublement de l’intensité des combats dans le pays. La Ligue arabe a d’ailleurs souhaité un « accord global » qui mettrait fin à la présence des « mercenaires et des forces étrangères en Libye », une référence évidemment à la présence de militaires turcs et de mercenaires aux côtés du GNA, mais également de mercenaires soudanais et russes dans l’est du pays sur la base de Jouffra notamment, qui, bien que leur présence n’ait pas été reconnue par Moscou, servent les intérêts du Kremlin.

Si le geste peut paraître une main tendue, les propositions des deux rivaux libyens ne sont pas identiques. Un point doit notamment être éclairci : le futur de la ville de Syrte.

Syrte : le cœur des négociations

Située sur la côte libyenne, Syrte est une ville hautement symbolique en Libye. Dans l’histoire récente du pays, la ville est associée à l’ancien dictateur déchu en 2011 Mouammar Kadhafi, où il est né. Aujourd’hui, la ville est un point de dispute entre le GNA et le « Parlement de l’Est ». Or, le destin de Syrte n’est pas le même si on en croit les deux camps.

D’un côté, Fayez al Sarraj et le GNA souhaitent créer des zones démilitarisées dans la région de la ville, tout comme à Jouffra, un peu plus au Sud. Mais du côté d’Aguilah Saleh, pas de mention d’une quelconque démilitarisation. Ils proposent d’y installer un nouveau gouvernement qui viendrait remplacer le Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale de Tripoli, une fois que celui-ci aura été dissolu et reconstitué.

Mais si Syrte attise autant de convoitise, c’est parce que la ville est un point clé de l’exploitation et l’exportation de pétrole en Libye, pays qui dispose des réserves de pétrole les plus abondantes d’Afrique.

Les deux camps ont d’ailleurs tous les deux jugé « nécessaire » la reprise de la production et de l’exportation dans les champs et terminaux pétroliers. Ce qui marquerait un nouveau départ pour l’économie du pays, à l’arrêt depuis trop longtemps.

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