Peter Obi

Le candidat du Parti travailliste a créé la surprise en devançant Bola Tinubu dans l’État de Lagos, fief de l’APC au pouvoir, selon les premiers résultats, au terme d’un scrutin serré dont l’issue restait incertaine ce lundi soir.

Plus de 87 millions d’électeurs ont voté samedi pour choisir parmi 18 candidats la personne qui aura la lourde tâche pendant quatre ans de redresser le Nigeria. Lagos, bouillonnante capitale économique, compte le plus grand nombre d’électeurs inscrits du pays, plus de sept millions, et constitue le bastion du candidat de l’APC (au pouvoir), Bola Tinubu, 70 ans, qu’il a gouverné de 1999 à 2007. Mais selon les résultats de la Commission électorale nationale (Inec), il y est légèrement devancé, de moins de 10 000 voix, par Peter Obi, qui remporte 46 % des suffrages. Le « parrain », comme est surnommé Tinubu du fait de son influence politique, a reconnu sa défaite dans un communiqué, appelant au calme après quelques éruptions de violences à Lagos.

Pour Peter Obi, « c’est une victoire importante, car Tinubu est chez lui à Lagos », a commenté Idayat Hassan, directrice du Centre pour la démocratie et le développement (CDD) à Abuja. Selon elle, « l’élection de 2023 redéfinit la machine politique au Nigeria ». Très populaire auprès d’une partie de la jeunesse, Peter Obi, candidat du Parti travailliste (LP), parvient ainsi à s’imposer comme un challenger crédible face aux deux partis (APC et PDP) qui gouvernent le Nigeria depuis plus de vingt ans. Et pour la première fois depuis le retour à la démocratie en 1999, le pays pourrait connaître une présidentielle à deux tours.

Vote communautaire

Ce scrutin est crucial : le Nigeria – 216 millions d’habitants – devrait devenir en 2050 le troisième pays le plus peuplé au monde, dans une région d’Afrique de l’Ouest menacée par un fort recul démocratique et la propagation de violences jihadistes. La première économie du continent est devenue une puissance culturelle mondiale, grâce notamment à l’Afrobeats, genre musical qui enflamme la planète avec des stars comme Burna Boy. Mais face aux immenses difficultés du quotidien, aggravées par de récentes pénuries, de nombreux Nigérians appellent au « changement », écœurés par des décennies de mauvaise gouvernance et une élite vieillissante et réputée corrompue.

Pour Peter Obi, ex-gouverneur d’Anambra (sud-est) et chrétien de 61 ans, la partie est toutefois loin d’être gagnée. Surtout dans le nord densément peuplé du pays, où le taux de participation est traditionnellement plus élevé et où Bola Tinubu comme le troisième candidat principal, le candidat du PDP Atiku Abubakar, de confession musulmane, bénéficient d’une vaste assise. Le vote communautaire est important au Nigeria, qui compte plus de 250 groupes ethniques, polarisé entre un nord majoritairement musulman et un sud à dominante chrétienne.

Or, pour être élu dès le premier tour, le vainqueur doit obtenir, outre la majorité des suffrages exprimés, au moins 25 % des voix dans les deux tiers des 36 États de la fédération auxquels s’ajoute le territoire d’Abuja. Sinon un second tour devrait avoir lieu dans les 21 jours. « Il ne faut pas exagérer l’importance » de la victoire d’Obi à Lagos, nuance Amaka Anku, analyste du groupe Eurasia. « Ce qui est important, c’est de voir ce que fait Tinubu dans le nord – jusqu’à présent, il semble qu’il se débrouille bien – et ailleurs dans [ses fiefs du] sud-ouest ». L’annonce des résultats complets va prendre du temps : lundi en fin d’après-midi, l’Inec n’avait donné les chiffres officiels que pour 10 États : Ekiti, Ogun, Ondo, Kwara, Oyo (APC en tête) ; Osun, Yobe, Gombe (PDP) ; Lagos et Enugu (LP).

Accusations de fraudes

Le vote de samedi s’est déroulé dans le calme, malgré quelques incidents sécuritaires et des couacs logistiques. Mais le processus électoral s’est compliqué au moment du transfert électronique des résultats, expérimenté pour la première fois au niveau national : le téléchargement des résultats, depuis les quelque 176 000 bureaux sur une plateforme de l’Inec, a pris énormément de retard. Cette nouveauté avait été introduite pour améliorer la transparence du scrutin dans ce pays où les élections passées ont toutes été entachées d’accusations de fraudes.

Seuls 35 % des résultats ont jusqu’ici été publiés sur la plateforme de l’Inec, qui a reconnu « des problèmes techniques » tout en assurant que les résultats « étaient en sécurité ». Les observateurs de l’Union européenne ont cependant relevé son « manque de transparence » et des défaillances dans l’organisation du scrutin. « La confiance dans l’Inec a encore diminué » à cause des retards enregistrés le jour du vote et dans la publication des résultats sur son site, ajoutent-ils.

Mais déjà, les accusations de manipulations et d’attaques sur les centres de collecte ont fusé. Le candidat du PDP, Atiku Abubakar, un ancien vice-président de 76 ans qui brigue pour la sixième fois la présidence, a appelé l’Inec à rester neutre et à donner les résultats au plus vite, affirmant que certains gouverneurs essayaient de compromettre le processus électoral. De son côté, le Parti travailliste de Peter Obi a également évoqué des « pressions » de l’APC sur l’Inec.

LA ROCHE TOGO

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