À Kinshasa, les embouteillages chroniques impactent bien au-delà de la circulation des personnes. Selon Patrice Musoko, expert en protection des consommateurs et président de l’Association des consommateurs des produits vivriers (Ascovi), ce phénomène contribue directement à l’augmentation des prix du poisson surgelé dans les marchés de la capitale congolaise.
« Les embouteillages freinent la fluidité du transport des marchandises entre les zones de stockage et les marchés. Ce ralentissement du circuit d’approvisionnement engendre des coûts supplémentaires qui se répercutent sur les prix pratiqués auprès des consommateurs. Il est impératif de trouver des solutions rapides, car le temps est un facteur essentiel en matière de commerce », a expliqué M. Musoko dans un entretien accordé jeudi à l’Agence congolaise de presse (ACP).
Au-delà de la congestion routière, l’expert évoque également d’autres facteurs aggravants. Il cite notamment les conditions climatiques actuelles qui perturbent les écosystèmes marins, entraînant une baisse de la production halieutique. Par ailleurs, la demande croissante pour les produits de la mer accentue la pression sur les prix.
À cela s’ajoutent les coûts de production inhérents à la pêche, au transport et à la transformation du poisson qui participent à l’augmentation des prix de détail. Cette conjonction de facteurs explique en partie les hausses observées sur le marché kinois. Entre janvier et juillet 2025, plusieurs espèces ont vu leur prix grimper : le carton de chinchard 20+ en provenance de Namibie est passé de 68 à 72 dollars américains, tandis que le poisson chat, appelé localement « Ngolo », est monté de 40 à 52 dollars.
Face à cette situation, Patrice Musoko recommande au gouvernement congolais de réduire la dépendance aux importations de poissons surgelés en renforçant la production locale. Il préconise également le développement des infrastructures de transport afin de faciliter l’acheminement et la commercialisation des produits alimentaires à l’intérieur du pays.
L’expert suggère par ailleurs que le gouvernement équipe le secteur de la pêche de moyens modernes, notamment des bateaux adaptés, et veille à l’application rigoureuse des normes nationales et internationales en matière de pêche. Il a salué à ce propos la récente ratification par le ministère du Commerce extérieur des textes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) relatifs à la pêche, une avancée qui pourrait favoriser les échanges commerciaux internationaux de la RDC.
Dans un contexte de forte demande et de pressions multiples sur la chaîne d’approvisionnement, ces réformes apparaissent cruciales pour stabiliser les prix et garantir un meilleur accès des populations aux produits de la mer.