Dans un contexte économique tendu marqué par une inflation proche de 8 %, une pression croissante sur la dette publique et des attentes sociales fortes, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a présenté, au Grand Théâtre de Dakar, un vaste Plan de Redressement Économique et Social (PRES) destiné à redynamiser l’économie nationale, renforcer les finances publiques et améliorer les conditions de vie des citoyens.
Ce plan structurant, qui s’étalera sur la période 2025–2028, s’inscrit dans une logique de rupture avec les pratiques passées et ambitionne de bâtir un nouveau modèle économique fondé sur la souveraineté nationale, la justice sociale et la transparence dans la gestion des ressources publiques.
Un redressement adossé aux ressources nationales
L’un des éléments majeurs du plan repose sur une volonté claire de mobiliser les ressources internes afin de limiter le recours à l’endettement extérieur. Sur les 5667 milliards de francs CFA nécessaires à la mise en œuvre du PRES, 90 % seront financés par des recettes nationales, a assuré le chef du gouvernement. L’objectif est également de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB d’ici 2027, contre 12 % en 2024.
Le programme est mis en œuvre dans le cadre d’un partenariat avec le Fonds monétaire international (FMI), tout en affirmant la volonté de maintenir l’indépendance économique du pays.
Mobilisation de recettes : un arsenal fiscal révisé
Pour augmenter les recettes fiscales, plusieurs mesures ambitieuses ont été annoncées :
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Lutte contre la fraude fiscale à la Senelec, la compagnie nationale d’électricité. Le gouvernement prévoit d’y récupérer plus de 90 milliards de FCFA.
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Hausse des taxes sur les jeux en ligne et le tabac, avec des recettes supplémentaires estimées à plus de 100 milliards de FCFA.
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Création de redevances dans l’audiovisuel, ciblant les publicités et les services numériques en ligne, un secteur encore faiblement imposé.
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Suppression progressive des exonérations fiscales injustifiées, en particulier dans l’économie numérique.
Rigueur budgétaire : réduction des dépenses de l’État
Dans une optique de rationalisation des finances publiques, le PRES prévoit la fusion et la réduction du nombre d’institutions publiques, ce qui permettrait d’économiser environ 50 milliards de francs CFA. Ces réformes structurelles sont pensées pour améliorer l’efficacité de l’administration tout en allégeant les charges de l’État.
En parallèle, le relèvement de l’âge limite pour l’importation des véhicules de tourisme a été acté. Cette mesure, attendue par la diaspora sénégalaise, devrait dynamiser le marché automobile local tout en renforçant le lien avec les expatriés.
Foncier, conventions et lutte contre les inégalités
Le plan s’attaque également à la réforme du secteur foncier, avec une régularisation massive des terres du domaine national et une révision du barème des cessions définitives du foncier. Selon les prévisions du gouvernement, l’application effective des nouvelles conventions liées aux projets publics et privés pourrait générer plus de 306 milliards de francs CFA.
Une dimension sociale affirmée
Au-delà de la rigueur économique, Ousmane Sonko n’a pas occulté les enjeux sociaux. Le PRES intègre plusieurs mesures visant à soutenir les populations les plus vulnérables et à améliorer le quotidien des Sénégalais :
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Renforcement de la bourse de sécurité familiale, instrument clé de lutte contre la pauvreté, avec des montants revalorisés.
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Baisse ciblée des prix des denrées de première nécessité, afin de protéger le pouvoir d’achat des ménages dans un contexte inflationniste.
Une réforme portée par la volonté politique
S’adressant à la nation, Ousmane Sonko a appelé les Sénégalais à soutenir cette refondation économique courageuse, présentée comme essentielle à la stabilité financière du pays et à la préservation de son avenir. Il a souligné l’importance de la transparence, de la bonne gouvernance et de la justice sociale comme piliers de la nouvelle vision économique du Sénégal.
« Nous ne pouvons plus continuer à gérer notre économie comme par le passé. Il est temps de bâtir une souveraineté économique forte, appuyée sur nos propres ressources et au service de notre peuple », a déclaré le Premier ministre.
En conclusion
Avec ce Plan de Redressement Économique et Social, le gouvernement sénégalais affirme une ambition claire : rompre avec la dépendance financière extérieure, restaurer la confiance dans les institutions publiques et répondre aux attentes sociales croissantes. Dans un contexte mondial incertain, marqué par les crises géopolitiques et la transition énergétique, le Sénégal trace ainsi sa propre voie, entre rigueur budgétaire, mobilisation nationale et justice sociale.