Après la chute de la dynastie des al-Assad, les nouvelles autorités organisées autour du groupe jihadiste Hayat Tahrir al Sham (HTS) ont acté une nouvelle administration. Au terme d’un accord avec d’anciens cadres du régime baasiste et de l’armée, un projet de réforme constitutionnel est lancé soutenu par les puissances régionales.
En direct à la télévision, Mohammad al-Bachir a annoncé ce mardi avoir été nommé, à 41 ans, premier ministre d’un gouvernement de transition en Syrie. Une fonction que le président du « gouvernement de salut syrien », l’exécutif proclamé de la province d’Idleb par le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), occupera jusqu’au 1er mars 2025.
Originaire d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, Mohammad al-Bachir né en 1983 est un ingénieur de formation et a obtenu son diplôme en génie électrique à l’Université d’Alep en 2007 et aurait travaillé à Syrian Gas Company. À Idleb, il aurait étudié le droit et la charia avant de prendre plusieurs fonctions en 2022 au sein des autorités du HTS.
Une réunion entre le HTS et des cadres baasistes
« Le commandement général nous a confié la tâche de diriger le gouvernement transitoire jusqu’au 1er mars », a indiqué Mohammad al-Bachir. À partir de cette période, le lancement d’un nouveau processus constitutionnel et une nouvelle administration seront lancés et formés.
Cette décision, pressentie depuis plusieurs jours, a pris forme lundi 9 décembre au soir. Une réunion s’est tenue entre le dirigeant du HTS, Abou Mohammed al-Joulani et l’ancien premier ministre de Bachar al-Assad, Mohamed al-Jalali. Il s’agit de « coordonner la transition du pouvoir », a justifié le HTS après que le Parlement et le parti Baas qui était au pouvoir ont apporté leur soutien à la transition.
Une annonce qui ravit l’émirat du Qatar. Un peu plus tôt Doha avait annoncé être en contact avec HTS et que les communications avaient débuté et « devraient se poursuivre dans les prochaines 24 heures avec al-Bachir ». Des négociations avaient également eu lieu ce samedi au Qatar entre divers acteurs régionaux et internationaux : Iran, Turquie, Russie et plusieurs pays arabes sur l’avenir de la Syrie.
Des relations qui ont débuté aussi entre l’ONU et les nouvelles autorités syriennes. Geir Pedersen, l’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie depuis 2018 a confirmé des prises de contact : « Comme vous le savez, la résolution 2254 du Conseil de sécurité considère HTS comme une organisation terroriste. Mais nous devons regarder les faits. Et les faits, c’est que HTS – et les autres groupes armés – ont envoyé des messages positifs aux Syriens. Et très sincèrement, nous l’avons aussi constaté sur le terrain. »
Mais Geir Pedersen a quand même tempéré cet optimisme : « Si la transition est vraiment inclusive et intègre toutes les communautés, alors il y a une vraie possibilité de voir une nouvelle Syrie. Et dans ce cas, je pense que la communauté internationale pourra réévaluer si HTS est une organisation terroriste ou pas (…) et envisager la levée des sanctions ».