La Plateforme industrielle d’Adétikopé dans la banlieue de Lomé, au Togo, expose directement les femmes riveraines enceintes à une forte pollution atmosphérique, avec des risques accrus de troubles respiratoires et de complications de grossesse, ainsi que des atteintes à la santé des nouveau-nés.
La proximité immédiate des habitations avec les usines, sans bande de sécurité sanitaire, accentue l’exposition des populations et révèle des insuffisances en matière de planification urbaine et de réglementation environnementale. Face au manque de protection, les femmes enceintes recourent à des solutions d’urgence comme l’isolement, les déplacements temporaires, l’entraide communautaire et la mobilisation citoyenne. Agents de santé, chercheurs et ONG confirment le lien entre pollution industrielle et dégradation de la santé maternelle, tandis que les mesures publiques annoncées restent insuffisantes pour protéger efficacement les populations riveraines, notamment les femmes enceintes…
À Adétikopé, à une quinzaine de kilomètres au nord de Lomé au Togo, l’air devient irrespirable. Essénam Holali, portant une grossesse de sept mois, n’a d’autre choix que de s’isoler. « Je ferme toutes les portes et fenêtres. Parfois, je reste chez une voisine pour échapper à la fumée. Je crains pour mon bébé », confie-t-elle.
Certaines femmes, comme elle, ont même dû quitter temporairement leur domicile pour aller vivre chez des proches, afin de poursuivre leur grossesse dans des conditions plus sûres. « Je suis partie à Kpalimé, à environ 120 kilomètres au nord-ouest de Lomé, pendant trois mois », explique Akossiwa, jeune mère. « Je ne pouvais plus respirer. À mon retour après l’accouchement, ma santé était déjà affaiblie. Beaucoup d’entre nous sont durablement impactées ».
Les experts en santé au Togo et plusieurs rapports sanitaires alertent sur les risques accrus encourus par les femmes enceintes exposées à la pollution locale, notamment aux fumées industrielles.
Par ailleurs, des complications de grossesse sont observées chez les femmes enceintes exposées à ce type de pollution, notamment des risques accrus de pré-éclampsie (hypertension) et de diabète gestationnel. Concernant la santé du nouveau-né, une augmentation des risques de pathologies respiratoires, d’allergies et de carences en vitamine D, dès la naissance, est également signalée.
Aucune bande de sécurité sanitaire n’a été aménagée entre les habitations et la clôture de la zone industrielle. Des usines de transformation de soja ont été installées à quelques mètres seulement des maisons, exposant directement les habitants à toutes sortes de pollutions. Dès le lancement des activités industrielles, les premiers effets sanitaires sont apparus, touchant de manière disproportionnée les femmes enceintes.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, ces femmes souffrent de crises respiratoires récurrentes, de vomissements persistants, de vertiges et de malaise quasi permanent, particulièrement lors des pics des activités des usines. Pour certaines, la situation est devenue intenable. « Dès que l’odeur devient trop forte, je commence à vomir et à manquer d’air. Pendant ma grossesse, j’ai dû partir vivre chez mes parents jusqu’à mon accouchement », confie une jeune mère rencontrée à proximité du site.
Faute de mesures de protection adaptées, quitter temporairement la zone est devenu pour de nombreuses femmes enceintes, la seule stratégie de survie.
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