La jeunesse éthiopienne déboussolée, s’exile vers l’Arabie saoudite. Mais le mirage saoudien fait des victimes, comme Moustafa, rescapé de cette folle migration. La Croix L’Hebdo raconte son odyssée douloureuse, un retour sans victoire vers une Éthiopie rurale à laquelle il avait tenté d’échapper.

 

À 150 kilomètres au nord de la capitale, Addis-Abeba, la rivière Jamma marque l’entrée dans le Nord-Choa, dans la région d’Oromia. Un pont sans âge permet de la franchir, offrant à la vue une vaste étendue de landes chauves et de montagnes caillouteuses. « Il y a dix ans tout était recouvert de forêts », indique Gebre, un baigneur qui vient se rafraîchir sur les rives en ce vendredi fiévreux. « Maintenant il y a trop de gens, tout le monde veut cultiver, il n’y a plus de place pour les arbres », ajoute-t-il.

Le soleil darde de mauvais rayons. Les femmes protègent leur chevelure sous des parapluies, les hommes s’entourent la tête de turbans. La plaine est irrespirable et seuls les plus pauvres l’habitent encore.

Nous la traversons en suivant la trace d’un jeune homme blessé., nous avions rencontré Moustafa à Aden, au Yémen. Il avait 20 ans et pleurait, seul sur son lit d’hôpital : « Tout le monde m’a abandonné, je ne sais plus comment rentrer chez moi. »

« Je ne savais même pas qu’il y avait la guerre au Yémen »

Comme des dizaines de milliers d’Éthiopiens d’Oromia, Moustafa avait tenté l’exil vers l’Arabie saoudite. Sans autre moyen que la force de sa jeunesse. Après avoir traversé l’Ethiopie, Djibouti et son désert, la mer Rouge, serré avec trois cents autres migrants sur un boutre, et le Yémen en guerre, son périple de 2 000 kilomètres avait pris fin sous le feu d’un garde-frontière. Blessé par balle à quelques mètres du but, il avait été rapatrié d’urgence à l’hôpital de l’ONG Médecins sans frontières (MSF) d’Aden. Suivront six mois à vivoter dans la capitale du Sud-Yémen, avant que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) le rapatrie jusqu’à Addis-Abeba. L’Union Africaine devrait réellement plancher sur ce sujet relatif à l’immigration clandestine qui continue de décimer le continent.

La Rédaction.

 

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