À peine rentré de Washington, le président Oligui Nguema a poursuivi sa tournée diplomatique à Malabo, lors de la 7e Réunion de coordination entre l’Union africaine et les organisations régionales. Une tribune opportune pour réaffirmer le retour du Gabon dans le jeu continental et affirmer une ambition panafricaine assumée.

Quelques jours après avoir été reçu à la Maison Blanche par des officiels américains, Brice Clotaire Oligui Nguema a atterri en Guinée équatoriale, où se tenait, le 7 juillet, la Réunion de coordination entre l’Union Africaine (UA), les Communautés économiques régionales (CER) et les mécanismes régionaux. Un rendez-vous stratégique pour le président de transition gabonais, qui continue de dérouler son offensive diplomatique destinée à repositionner Libreville sur la carte panafricaine.

Depuis la suspension du Gabon après le coup d’État d’août 2023, le régime militaire a multiplié les gestes d’ouverture pour retrouver sa place dans les instances continentales. Réintégré officiellement à l’UA en avril dernier, Oligui Nguema a profité de la tribune de Malabo pour afficher ses ambitions : redonner au Gabon une voix crédible au sein du concert africain et peser dans la recomposition géopolitique du continent. Le calendrier électoral — avec des législatives et locales annoncées pour septembre 2025 — se veut le premier gage de bonne foi dans cette entreprise de normalisation.

Harmonisation continentale et intégration économique

Sur le fond, le président gabonais a insisté sur l’urgence de mieux coordonner les efforts entre l’UA, les CER et les États membres pour renforcer l’efficacité collective. Une allusion claire aux lenteurs et chevauchements bureaucratiques qui plombent l’action africaine, notamment en matière d’intégration économique.

« La coordination entre l’Union Africaine, les CER, les mécanismes régionaux et les États membres n’est plus une option, c’est une exigence incontournable », a-t-il insisté, en appelant à une clarification des rôles de chacun, dans l’esprit de subsidiarité.

Brice Oligui Nguema a également réitéré son soutien à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), qu’il considère comme l’outil par excellence de transformation économique et industrielle du continent. Pour Libreville, ces dynamiques économiques sont essentielles pour compenser la dépendance aux matières premières et stimuler une croissance inclusive.

Plaidoyer mémoriel et justice réparatrice

Dans un contexte de résurgence des débats sur les réparations liées à l’esclavage, à la colonisation et aux dominations historiques, Oligui Nguema s’est montré particulièrement engagé. Il a soutenu la création d’un mécanisme panafricain de coordination et d’un Fonds continental pour la justice réparatrice. Un positionnement qui permet au Gabon de se reconnecter à un débat fondamental pour la mémoire collective africaine, mais aussi pour renforcer les bases symboliques de son retour au sein de l’UA.

« Reconnaître les injustices historiques, restaurer la dignité, promouvoir l’égalité, réparer les fractures : voilà ce que notre histoire nous impose », a-t-il affirmé devant ses pairs.

Le pari d’un leadership en Afrique centrale

Au-delà du protocole, Oligui Nguema a clairement affiché son ambition : faire du Gabon un acteur qui compte dans les grands dossiers continentaux. En proposant que Libreville accueille la 9e Réunion de coordination de l’UA en 2027, le chef de l’État gabonais envoie un message politique : il souhaite inscrire son pays dans la durée au sein des instances africaines, à la fois comme partenaire diplomatique et comme relais de stabilité en Afrique centrale.

Reste à voir si cette stratégie panafricaine saura convaincre durablement, alors que la transition gabonaise reste sous la surveillance de la communauté internationale et que les défis intérieurs demeurent, notamment sur le plan politique et socio-économique.

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