À l’occasion de la 14ᵉ session ordinaire de l’Assemblée générale du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW), la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont franchi une étape majeure dans la coopération régionale autour de l’eau. Les deux pays ont signé un accord de partenariat en vue d’assurer une gestion durable de leurs ressources hydriques, dans un contexte de plus en plus marqué par le changement climatique, la pression démographique et la pollution.

L’accord a été officialisé par Laurent Tchagba, ministre ivoirien des Eaux et Forêts, et Dr Cheikh Tidiane Dièye, ministre sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement, lors d’une cérémonie organisée à Dakar. À travers cette signature, les deux États entendent unir leurs efforts pour protéger leurs ressources en eau, renforcer la résilience de leurs populations et améliorer la gouvernance environnementale dans l’espace ouest-africain.

Une réponse commune à des défis partagés

Les ressources en eau, bien que vitales, sont aujourd’hui menacées par des phénomènes multiples. Le changement climatique provoque une augmentation des événements extrêmes, tels que les sécheresses prolongées ou les inondations soudaines. Dans le même temps, la croissance rapide des populations et l’urbanisation incontrôlée exercent une pression croissante sur les nappes phréatiques, les rivières et les bassins versants. La pollution, qu’elle soit d’origine agricole, industrielle ou domestique, aggrave encore la situation.

Face à ces défis, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont choisi la coopération comme levier d’action. « Cet accord reflète l’excellence des relations d’amitié entre nos deux pays et illustre notre volonté partagée de bâtir une coopération efficace, fondée sur le respect mutuel, l’équité et la solidarité », ont déclaré les deux ministres à l’issue de la signature.

Un accord aux ambitions larges et concrètes

L’accord établit un cadre général de collaboration qui touche à plusieurs volets essentiels de la gestion de l’eau. Il prévoit notamment le renforcement de la gestion intégrée des ressources hydriques, en s’appuyant sur une planification concertée entre les deux pays. Il inclut également des actions en faveur de la protection et de l’aménagement des berges, ainsi que la surveillance accrue des eaux de surface et souterraines.

La lutte contre la pollution constitue un autre axe prioritaire. Les deux États s’engagent à identifier et réduire les sources de contamination des ressources en eau, qu’il s’agisse de rejets industriels, d’effluents agricoles ou de déchets domestiques non traités. En parallèle, une attention particulière sera portée à la gestion des risques climatiques extrêmes. Des systèmes d’alerte précoce seront mis en place pour anticiper les inondations et les sécheresses, permettant ainsi de mieux protéger les populations.

Le texte prévoit également la mobilisation conjointe de financements climatiques, tant au niveau régional qu’international, pour soutenir les projets structurants dans le secteur de l’eau. Il est également question d’harmoniser les cadres législatifs et réglementaires des deux pays, afin de faciliter la mise en œuvre des actions communes.

Sur le plan social, l’accord ambitionne de renforcer la formation des professionnels du secteur, de développer des programmes éducatifs autour de la gestion de l’eau, et de sensibiliser les populations à l’importance de cette ressource. Une attention particulière sera portée à l’inclusion des femmes et des jeunes dans toutes les initiatives liées à l’eau.

Un mécanisme de suivi structuré

Pour garantir une mise en œuvre efficace, un Comité technique de suivi sera mis en place. Ce comité se réunira chaque année, alternativement en Côte d’Ivoire et au Sénégal, pour évaluer les avancées du partenariat. Il pourra également convoquer des sessions extraordinaires en cas de besoin. L’accord est conclu pour une durée initiale de cinq ans, renouvelable par tacite reconduction, afin d’assurer une continuité dans les actions et un suivi sur le long terme.

Une dynamique régionale porteuse

Cet accord bilatéral s’inscrit dans une dynamique plus large portée par la CEDEAO et l’Union africaine, en lien avec les objectifs de développement durable (ODD), notamment l’ODD 6 relatif à l’eau propre et à l’assainissement. Le Sénégal, qui assure actuellement la présidence de l’AMCOW, entend faire de cette coopération un modèle à suivre dans la sous-région. Le pays peut notamment s’appuyer sur son expérience dans la gestion transfrontalière des ressources en eau, à travers des institutions comme l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS).

De son côté, la Côte d’Ivoire bénéficie d’une reconnaissance croissante pour sa rigueur dans la mise en œuvre des politiques publiques liées à l’eau et à l’environnement. En combinant leurs atouts respectifs, les deux pays espèrent impulser une dynamique régionale exemplaire.

Des retombées attendues pour les populations

L’impact attendu de cette coopération dépasse largement les sphères institutionnelles. Il s’agit de garantir un accès durable et équitable à une eau de qualité pour les populations, de réduire les risques sanitaires liés à la pollution des ressources hydriques, et d’améliorer la résilience des communautés face aux aléas climatiques. Le développement de projets communs dans les domaines de l’assainissement, de la restauration écologique ou de l’irrigation agricole devrait aussi permettre la création d’emplois locaux et le renforcement des économies rurales.

Par ailleurs, en intégrant les acteurs de la société civile, du secteur privé et du monde de la recherche, les gouvernements ivoirien et sénégalais veulent encourager une gouvernance de l’eau plus inclusive et participative. Cela implique notamment une meilleure représentativité des femmes, souvent premières concernées par la gestion quotidienne de l’eau au sein des foyers et des communautés.

Une vision à long terme

Cet accord marque un tournant dans la coopération environnementale entre les deux pays. En misant sur une approche intégrée, collaborative et fondée sur la solidarité, la Côte d’Ivoire et le Sénégal posent les bases d’un modèle durable pour la gestion des ressources naturelles en Afrique de l’Ouest. Si la volonté politique affichée se traduit par des actions concrètes sur le terrain, ce partenariat pourrait bien devenir une référence pour d’autres pays de la sous-région, confrontés aux mêmes enjeux.

Share.
Exit mobile version