Le feuilleton judiciaire de l’affaire KDS vient de franchir un cap décisif à Abidjan. Après un premier report d’audience technique causé par une panne d’électricité, le Pôle pénal économique et financier (PPEF) s’est de nouveau réuni ce lundi 13 juillet 2026. Face à l’ampleur du préjudice financier et au nombre impressionnant de plaignants, le ministère public a eu la main particulièrement lourde lors de ses réquisitions contre le principal dirigeant de la structure, Koffo Doga Séverin, et ses co-accusés.

Vingt ans de réclusion criminelle requis contre le cerveau du réseau

L’étau judiciaire se resserre de manière spectaculaire sur les responsables de la société de transport KDS. Au cœur de ce procès pour criminalité financière, le parquet a ciblé en priorité le directeur général de l’entreprise, Koffo Doga Séverin, ainsi qu’une co-prévenue en fuite et introuvable depuis le début des audiences. Les charges retenues à leur encontre sont d’une extrême gravité : escroquerie par appel public à l’épargne et blanchiment de capitaux.

Pour le représentant du ministère public, la culpabilité des deux principaux prévenus ne fait aucun doute. Le parquet a ainsi requis une peine exemplaire de 20 ans de prison ferme à l’encontre de Koffo Doga Séverin et de sa collaboratrice en cavale. Sur le plan financier, les magistrats demandent qu’ils soient condamnés solidairement à verser une amende monumentale de plus de 30,7 milliards de FCFA. L’entité morale, la société KDS elle-même, est également visée par une amende distincte de 51 milliards de FCFA. Enfin, le troisième prévenu dans cette affaire, poursuivi spécifiquement pour blanchiment de capitaux, risque quant à lui une peine de 7 ans de prison assortie d’une amende de 11 milliards de FCFA.

Des milliers de victimes réclament réparation devant le tribunal

Face aux accusés, la partie civile s’est structurée en plusieurs collectifs pour donner du poids à leurs demandes d’indemnisation et dommages et intérêts. La cartographie des plaintes illustre l’étendue des dégâts financiers causés par le système d’investissement mis en place par KDS.

Le premier groupe de plaignants, qui rassemble 528 souscripteurs abusés, exige la restitution de 4 milliards de FCFA. Il est suivi par un deuxième collectif encore plus massif, fort de 777 victimes, qui réclame 6 milliards de FCFA. Un troisième groupe de 248 personnes demande un montant de 1,15 milliard de FCFA, tandis que les quatrième et cinquième groupes, réunissant respectivement 15 et 99 victimes, sollicitent des indemnisations de l’ordre de 286 millions et 287 millions de FCFA.

À ces souscripteurs s’ajoute un sixième groupe particulièrement touché : celui des anciens employés de l’entreprise. Ce collectif d’ex-agents, composé de 1 750 personnes, réclame plus de 8,3 milliards de FCFA à leur ancien employeur. Le tribunal enregistre par ailleurs une série de plaintes individuelles de victimes venues réclamer de manière isolée des sommes allant de 920 000 FCFA à 25 millions de FCFA.

Les dessous du mirage KDS et le mystère des véhicules volatilisés

Pour comprendre l’ampleur du dossier, il faut remonter au cœur de la stratégie commerciale de la société KDS. L’entreprise avait séduit des milliers d’épargnants ivoiriens en proposant des placements financiers prétendument adossés à une flotte de véhicules de transport avec chauffeur (VTC). Les souscripteurs se voyaient promettre des rendements mensuels particulièrement attractifs. Les promesses de gains ne se sont finalement jamais concrétisées, laissant des centaines de familles dans la détresse financière pour un préjudice global estimé à plus de 10 milliards de FCFA.

Le procès a également mis en lumière une zone d’ombre troublante concernant les actifs de la société. Immédiatement après l’interpellation de Koffo Doga Séverin, l’appareil judiciaire avait ordonné la saisie conservatoire de plusieurs dizaines de taxis et d’autobus appartenant à la structure afin de garantir un éventuel remboursement des victimes. La présidente du tribunal a publiquement constaté que ces moyens roulants étaient désormais introuvables. Interrogé sur cette évaporation soudaine du parc automobile, le principal accusé a tenté de se justifier en imputant la disparition des véhicules au chaos organisationnel provoqué par sa propre arrestation.

Le tribunal a mis l’affaire en délibéré. Les prévenus, les ex-employés et les milliers de souscripteurs attendent désormais la date du 29 juillet 2026 pour connaître le verdict final de cette affaire de fraude à grande échelle.

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