Le président du Conseil togolais, Faure Gnassingbé a signé lundi 17 août une série de décrets portant plusieurs changements au sommet des Forces armées togolaises et des services stratégiques de l’État. Huit décrets modifient ainsi la direction de plusieurs composantes de l’armée, de l’état-major particulier du président du Conseil et du renseignement.
La principale nomination concerne le colonel Aklesso Tchakpelé. Promu général de brigade, il est nommé chef d’état-major général des Forces armées togolaises (FAT). Il succède au général de brigade Dimini Allaharé, nommé à ce poste en mai 2024.

Le parcours du nouvel homme fort de l’armée togolaise est marqué par plusieurs responsabilités dans des secteurs sensibles. Officier supérieur, Tchakpelé Aklesso a exercé des fonctions de commandement au sein des Forces armées togolaises avant de rejoindre les services de renseignement. Il a notamment dirigé l’Agence nationale de renseignement (ANR), une institution au cœur du dispositif de sécurité de l’État.
Cette expérience dans le renseignement donne une dimension particulière à sa nomination. Le nouvel homme qui prend la tête des FAT connaît à la fois les questions de commandement militaire et les mécanismes du renseignement. Son passage par l’ANR intervient alors que le Togo fait face à une situation sécuritaire particulièrement sensible dans sa partie septentrionale.
Son profil n’est d’ailleurs pas totalement nouveau dans le paysage militaire togolais. Le nom de Tchakpelé Aklesso apparaissait déjà parmi les officiers supérieurs distingués par l’État en avril 2025. Il était alors cité parmi les colonels élevés au grade de commandeur de l’Ordre national du Mérite.
Une nouvelle équipe à la tête des forces armées
Le changement ne concerne pas uniquement le sommet des FAT. L’armée de terre passe sous le commandement du colonel Latièmbé Kombaté. Cet officier a occupé plusieurs responsabilités opérationnelles, notamment à la tête du Régiment parachutiste commando et du deuxième Bataillon d’intervention rapide. Il a également été associé aux opérations conduites dans la région des Savanes, où les forces togolaises sont confrontées aux incursions de groupes armés.

L’armée de l’air connaît elle aussi un changement de commandement avec la nomination du colonel Abdu Ahabou Idrissou. Dans le même temps, le colonel Mazama-Esso Kilimou est placé à la tête de l’état-major particulier du président du Conseil.

Ce dernier poste est particulièrement sensible puisqu’il se situe au contact direct du chef de l’exécutif et de la hiérarchie militaire. Kilimou Mazama-Esso est lui aussi un officier expérimenté. Son nom figurait déjà en 2025 parmi les officiers supérieurs distingués par l’État, avec le grade de commandeur de l’Ordre national du Mérite.

La série de nominations touche enfin le renseignement. Le colonel Ayéwalagni Akakpo prend la direction de l’ANR, tandis que Samarou Essowoè devient directeur général adjoint.
Le mouvement concerne donc plusieurs maillons de l’appareil chargé de la défense et de la sécurité nationale. Il y a désormais une nouvelle direction à la tête de l’armée, de ses principales composantes et du renseignement.
Une recomposition qui renforce le contrôle du dispositif sécuritaire
La simultanéité de ces décisions donne à la séquence une portée politique et militaire importante. Faure Gnassingbé ne change pas seulement le chef d’état-major général. Il renouvelle plusieurs responsables placés à la tête des principales composantes des Forces armées togolaises, de son état-major particulier et du principal service de renseignement du pays.
Le parcours du général Tchakpelé Aklesso est ici particulièrement intéressant. Son passage de l’ANR au commandement général des FAT crée un lien direct entre deux univers qui occupent une place centrale dans la sécurité de l’État. Le renseignement et les forces armées se retrouvent ainsi placés sous la responsabilité d’une nouvelle génération d’officiers.
La nomination d’un nouveau directeur à l’ANR complète cette recomposition. Celui qui dirigeait hier le renseignement prend désormais la tête de l’armée, tandis qu’un autre officier est appelé à diriger le service dont il avait la responsabilité. Cette permutation des responsabilités permet au pouvoir de renouveler les équipes tout en s’appuyant sur des officiers qui connaissent déjà les rouages de l’appareil sécuritaire.
La nomination de Kilimou Mazama-Esso à l’état-major particulier du président du Conseil complète ce dispositif. Elle renforce le lien entre la présidence du Conseil et le nouveau commandement militaire.
Ces changements interviennent dans un contexte sécuritaire marqué par la menace jihadiste dans le nord du pays. Le Togo cherche depuis plusieurs années à renforcer ses capacités opérationnelles, notamment dans la région des Savanes. Les Forces armées ont encore renforcé récemment la formation de leurs cadres opérationnels, avec des exercices et des immersions au sein de l’opération Koundjoaré.
Il reste difficile d’attribuer une intention précise à chacune des nominations sans déclaration officielle du pouvoir. Mais la simultanéité des changements montre une volonté claire de renouveler la chaîne de commandement.
Le véritable enjeu sera désormais de voir quelle politique le nouveau chef d’état-major imprimera aux Forces armées togolaises. Son expérience du commandement et du renseignement pourrait peser sur la manière dont seront coordonnées les opérations militaires, le renseignement et la réponse aux menaces dans le nord du pays.■
Codjo Prosper AKPOVI
