En faisant écarter Romy Castel de plusieurs conseils d’administration de filiales africaines, Grégory Clerc vient de remporter une nouvelle bataille dans le bras de fer qui l’oppose à la famille fondatrice. Mais cette victoire institutionnelle ne masque plus la profondeur d’une crise qui s’est installée depuis trois ans au sommet de l’empire Castel. Derrière les restructurations du pouvoir, les procédures judiciaires et les accusations de manœuvres internes se dessine une réalité préoccupante selon laquelle la concentration progressive des leviers de décision entre les mains d’un directeur général dont la mission consiste à administrer un groupe, et non à s’approprier l’héritage de son fondateur.
La crise actuelle ne relève ni d’un simple désaccord familial ni d’une banale divergence sur la stratégie d’une entreprise. Elle est le résultat d’une confrontation profonde autour du contrôle d’un empire économique construit pendant plusieurs décennies par Pierre Castel.
Depuis trois ans, Grégory Clerc occupe une position centrale dans la direction du groupe. Cette durée lui a donné une connaissance approfondie de son organisation, de ses circuits décisionnels et de ses structures opérationnelles. Elle lui a également permis de peser considérablement sur les orientations du groupe et sur la gouvernance de ses différentes filiales. Cette période constitue désormais un élément incontournable de l’analyse.
La multiplication des affrontements avec Romy Castel, les changements intervenus dans plusieurs structures et les procédures engagées à l’étranger dessinent une dynamique de concentration du pouvoir qui dépasse largement les nécessités ordinaires de gestion.
Grégory Clerc ne peut plus se retrancher derrière sa nomination par Pierre Castel pour justifier toutes les décisions prises sous son autorité. Une nomination à la direction générale confère des responsabilités. Elle impose également une obligation de transparence, de loyauté et de bonne gouvernance. Or, l’image qui se dégage aujourd’hui est celle d’un groupe dont les instances dirigeantes sont profondément absorbées par une guerre de contrôle.
Les filiales africaines au cœur des manœuvres
L’Afrique représente l’un des piliers historiques de la puissance économique du groupe Castel. Des décennies d’investissements ont permis d’y construire un réseau industriel, brassicole et commercial considérable.
Ces filiales constituent des actifs stratégiques. Elles représentent des emplois, des investissements, des partenariats et des intérêts économiques qui dépassent largement les querelles de personnes au sommet du groupe. C’est précisément pour cette raison que les évolutions de leur gouvernance méritent une attention particulière.
Depuis plusieurs mois, des informations relayées par différents médias font état de pratiques irrégulières, de manœuvres internes et de stratégies concertées impliquant certains responsables du groupe. Le directeur informatique figure notamment parmi les personnes citées dans ces allégations. C’est avec lui que Gregory Clerc manipule les chiffres et détourne les fonds.
La direction informatique occupe une place stratégique dans une organisation internationale. Elle intervient dans la gestion des systèmes, la circulation des informations, la traçabilité des opérations et la conservation des données. Toute suspicion de manipulation ou d’utilisation irrégulière de ces outils constitue un enjeu majeur de gouvernance.
La transparence exige donc un examen indépendant des pratiques dénoncées, des responsabilités de chacun et des mécanismes de contrôle en place dans les filiales concernées. L’enjeu dépasse largement les intérêts de Grégory Clerc et de Romy Castel. Il concerne la protection des actifs africains d’un groupe dont la puissance repose en grande partie sur ses implantations continentales. L’Afrique ne peut devenir le terrain privilégié d’une stratégie de consolidation personnelle du pouvoir.
Romy Castel face à une stratégie de marginalisation
La révocation de Romy Castel de ses mandats d’administratrice dans plusieurs sociétés luxembourgeoises marque une nouvelle étape dans son éviction des instances de décision.
Cette offensive intervient après un revers judiciaire subi par Grégory Clerc à Singapour concernant la société de gestion IBBM. La succession de ces événements révèle l’intensité d’un affrontement désormais international. DF Holding justifie l’éviction de Romy Castel par des considérations relatives aux intérêts des sociétés et à la perte de confiance entre les parties.
Mais l’invocation de l’intérêt social ne dispense aucun dirigeant de rendre compte de ses décisions. Elle ne constitue pas non plus un argument permettant de neutraliser systématiquement toute contestation. Romy Castel est la fille de Pierre Castel. Elle appartient à la famille fondatrice et se trouve directement concernée par la transmission du patrimoine familial.
Son statut d’héritière ne lui confère pas automatiquement un droit à tous les mandats sociaux. En revanche, ses droits successoraux relèvent du droit applicable et ne dépendent pas de la volonté du directeur général. Cette distinction est fondamentale.
Grégory Clerc peut exercer les prérogatives attachées à ses fonctions dans le respect des statuts et des décisions régulièrement adoptées. Il ne possède aucun pouvoir lui permettant de supprimer les droits patrimoniaux des héritiers ou de se substituer aux mécanismes légaux de succession.
La gouvernance des sociétés et la transmission d’un patrimoine familial obéissent à des règles différentes. Aucune révocation d’administratrice ne transforme un héritier en étranger à la succession de son père.
L’héritage de Pierre Castel n’est pas la propriété de Grégory Clerc
C’est ici que se trouve le véritable nœud de cette affaire. Pierre Castel a construit un empire industriel et commercial dont la valeur dépasse largement les frontières européennes. Il a développé des activités, constitué des participations et installé des positions économiques stratégiques dans plusieurs pays africains.
Grégory Clerc a été appelé à diriger cet ensemble. Cette responsabilité ne lui confère aucun droit de propriété sur le patrimoine du fondateur. Il faut mettre fin à toute confusion entre le pouvoir de gestion et les droits patrimoniaux.
Un directeur général administre une entreprise dans le cadre de son mandat. Il ne devient pas propriétaire des actifs familiaux par la seule maîtrise des structures décisionnelles. Il ne dispose pas davantage d’un droit supérieur à celui des héritiers sur la transmission du patrimoine.
Les accusations de captation formulées par Romy Castel et son cousin Alain Castel donnent à cette crise une dimension particulièrement grave. Elles mettent en cause la nature même des rapports entre la direction actuelle et la famille fondatrice. La protection de l’héritage de Pierre Castel impose une séparation claire entre les intérêts de la société, les responsabilités des dirigeants et les droits des héritiers.
Une gouvernance rongée par la défiance
Le climat entourant cette succession est également marqué par des pratiques peu orthodoxes. Gregory pour tromper la vigilance de tout le monde est beaucoup plus présent en Afrique où il fait du maraboutage et du gris-gris. En tout cas jusque -là, tout cela fonctionne bien pour lui parce qu’il a une nouvelle fois réussi à avoir la justice luxembourgeoise.
Un groupe international de cette dimension ne peut fonctionner durablement dans un environnement dominé par les règlements de comptes, les accusations personnelles et les batailles d’influence.
La gouvernance d’un tel empire exige des procédures solides, des contrôles indépendants et une transparence absolue dans les décisions stratégiques. La multiplication des conflits judiciaires ne saurait remplacer une véritable politique de gouvernance. L’Afrique ne doit pas payer le prix de cette guerre
Il serait particulièrement injuste que les conséquences de cette confrontation retombent sur les salariés, les fournisseurs, les distributeurs et les partenaires économiques africains. Le groupe Castel occupe une place importante dans plusieurs économies du continent. Ses activités structurent des chaînes de production, soutiennent des emplois et participent à l’activité de nombreux opérateurs économiques.
Les filiales africaines ne sont pas des instruments destinés à renforcer le pouvoir personnel d’un dirigeant ou à affaiblir les positions d’un héritier. Leur gouvernance doit répondre à des exigences de performance, de transparence et de responsabilité.
Les autorités compétentes, les organes de contrôle et les instances judiciaires doivent examiner avec rigueur toute accusation documentée portant sur la gestion des filiales et la protection des actifs du groupe. La préservation de cet outil économique constitue un enjeu qui dépasse les protagonistes de la crise.
Grégory Clerc doit répondre du bilan de ses trois années de direction
Après trois années aux commandes, Grégory Clerc porte une responsabilité directe dans la situation actuelle du groupe. Il ne peut revendiquer les prérogatives de la direction générale tout en se dégageant de la responsabilité politique et managériale des conflits qui affectent l’organisation.
Sa mission consiste à préserver l’entreprise, à garantir la transparence de sa gestion et à protéger les intérêts de l’ensemble de ses parties prenantes.
Elle ne consiste pas à transformer les structures du groupe en instruments d’affrontement contre la famille fondatrice. La révocation de Romy Castel constitue une victoire dans une bataille institutionnelle. Elle ne règle ni la question successorale, ni les accusations de captation, ni les controverses sur la gouvernance des filiales africaines. Elle ne donne pas davantage à Grégory Clerc un droit supplémentaire sur l’héritage de Pierre Castel.
Le groupe a besoin d’une clarification profonde de sa gouvernance, d’un examen indépendant des pratiques contestées et d’une séparation nette entre les intérêts personnels des protagonistes et ceux de l’entreprise. Pierre Castel a construit un empire. Grégory Clerc en assure la direction depuis trois ans. Il n’en est pas le propriétaire et ne peut agir comme s’il disposait des droits du fondateur.
La différence entre administrer un patrimoine et chercher à en contrôler tous les leviers est fondamentale. À force de multiplier les batailles institutionnelles, de marginaliser les voix discordantes et de déplacer les affrontements sur plusieurs continents, la direction actuelle expose le groupe à une crise de confiance dont les conséquences dépassent largement les intérêts de ses dirigeants.
L’héritage de Pierre Castel mérite mieux qu’une guerre de pouvoir. Romy Castel mérite que ses droits soient respectés. Les salariés africains méritent une gouvernance stable et transparente. Et les responsabilités de chacun doivent être établies sur la base des faits et du droit.
Grégory Clerc ne peut pas confondre la confiance d’un fondateur avec un acte de propriété. Il a reçu les commandes d’un groupe, pas les droits successoraux de ses héritiers. Cette frontière n’est ni négociable ni effaçable par une succession de révocations et de batailles judiciaires.■
Codjo Prosper AKPOVI

