Le Sommet de trois jours à Washington, Etat-Unis-Afrique, sera l’occasion d’annoncer de nouveaux investissements, de parler de sécurité alimentaire, du changement climatique, mais aussi de démocratie et de gouvernance. Et peut-être surtout de démontrer que les Etats-Unis s’intéressent encore à l’Afrique, huit ans après le premier sommet sous la présidence du 44ème chef d’Etat américain.

La guerre entre la Russie et l’Ukraine rebat la carte géostratégique mondiale. Et l’abstention d’un grand nombre de pays africains, en mars dernier, lors du vote à l’Assemblée générale pour des sanctions contre la Russie, a replacé le continent au coeur de la diplomatie internationale. Ce positionnement sans précédent planera, sans aucun doute, sur le Sommet Etats- Unis-Afrique qui se tient ce mardi jusqu’au 15 courant. Le premier initié en 2014 par Barack Obama, alors locataire à la Maison Blanche.

Depuis, les deux parties ne s’étaient jamais rencontrées en grand format. Puisque l’ancien président Donald Trump prônait l’unilatéralisme : « l’Amérique d’abord ». Pour cela, il n’a fait aucun mystère de son désintérêt pour le continent africain. Durant ses quatre ans à la tête des USA, le successeur de Barak Obama n’a pas, non plus, véritablement contribué au renforcement de la coopération entre l’Afrique et son pays. Avec l’arrivée de Joe Biden à la tête des USA, la donne change comme en témoigne cette rencontre. A la veille du Sommet, Washington multiplie les déclarations. Selon le conseiller de la Maison- Blanche, Judd Devermont, les USA soutiendront officiellement l’admission de l’Union Africaine (UA) au sein du G-20. Il en sera aussi l’idée d’un siège pour l’Afrique au Conseil de Sécurité de l’ONU.

« Il est grand temps que l’Afrique dispose de sièges permanents à la table des organisations et initiatives internationales. Nous avons besoin de plus de voix africaines dans les conversations internationales qui concernent l’économie mondiale, la démocratie et la gouvernance, le changement climatique, la santé et la sécurité », a-t-il souligné, des propos cités par le Washington Post.

Conversations internationales

Selon les autorités américaines, cette annonce témoigne d’une volonté de renforcer les relations avec un continent africain relégué au second plan sous l’administration Donald Trump. Elle vient également en réponse aux récentes critiques émises par les pays africains, quant à leur manque de représentativité permanente au sein des grands organismes internationaux, alors même que le continent est généralement en première ligne des grandes crises internationales depuis plusieurs années.

Rappelons, à cet effet, que l’Afrique du Sud (seul membre africain du G-20) et l’UA ont présenté un plaidoyer commun pour l’obtention d’un siège pour l’organisation africaine au sein de cette instance qui réunit les plus grandes économies mondiales. En pleine révolution économique, l’Afrique est au coeur d’une rivalité entre les pays occidentaux et la Chine, qui est devenue le principal partenaire économique du continent.

Pour essayer de rattraper leur retard, les USA ont lancé une nouvelle initiative, Prosper Africa, qui vise à renforcer les investissements des entreprises américaines sur le continent. Comme la France, le Royaume-Uni ou l’Allemagne, Washington estime proposer une forme d’aide plus juste que celle de Pékin, qui est accusé d’enfermer les pays du continent dans le piège de la dette, ou encore mieux que celle de la Russie qui a commencé à étendre son influence en Afrique centrale et occidentale notamment. On peut donc l’affirmer, sans risque de se tromper, qu’à travers ce Sommet, les Etats-Unis passent à offensive.

D’ailleurs, lors d’une tournée en Afrique cet été, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken avait appelé à créer un « véritable partenariat » avec l’Afrique. Signe de cette ouverture, selon des analystes, les Etats-Unis qui ont invité tous les pays membres de l’Union Africaine sont en « bons rapports » avec l’UA, à l’exception du Burkina Faso, de la Guinée, du Mali et du Soudan, et avec qui Washington entretient des relations diplomatiques, excluant l’Erythrée.

Aéropage de personnalités

Parmi les dirigeants attendus, rapporte l’AFP, figurent le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, ainsi que les présidents rwandais et de la République démocratique du Congo. Mais aussi les présidents égyptien Abdel Fattah al-Sissi et tunisien Kais Saied, ainsi que le président de Guinée Equatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, qui est en difficulté dans son pays sur fond d’accusations de corruption en est absent.

Pour les organisateurs, ce Sommet de trois jours à Washington sera l’occasion d’annoncer de nouveaux investissements, de parler de sécurité alimentaire – aggravée par la guerre en Ukraine -, du changement climatique, mais aussi de démocratie et gouvernance. Et peut-être surtout de démontrer que les Etats- Unis s’intéressent encore à l’Afrique, huit ans après le premier sommet sous la présidence du 44ème chef d’Etat américain.

Enfin, d’après le département d’Etat américain, cette rencontre s’appuiera sur des valeurs communes pour mieux favoriser une nouvelle dynamique économique, renforcer l’engagement des États-Unis et de l’Afrique en faveur de la démocratie et des droits humains, atténuer l’impact de Covid-19 et des futures pandémies, travailler en collaboration pour renforcer la santé régionale et mondiale, promouvoir la sécurité alimentaire, faire progresser la paix et la sécurité et répondre à la crise climatique.

D’ailleurs, dans le document intitulé « Stratégie américaine envers l’Afrique subsaharienne », quatre objectifs pour cinq ans sont détaillés à savoir : travailler les opportunités économiques ; soutenir la préservation et l’adaptation au climat et une transition énergétique juste… Ce Sommet américano-africain sera l’occasion d’accélérer l’implémentation de cette feuille de route. Vivement la prochaine édition !

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