La crise politique et la crise de confiance qui règnent en triomphe dans les relations entre la France et le Mali avec comme pour marionnettes les chefs d’État de la CEDEAO, semble avoir franchi le rubicon du non retour.
Vendredi, alors qu’une délégation de cette communauté était en séjour au Mali en vue de convenir avec les autorités maliennes d’un délai de la transition, le Président français, Emmanuel Macron, en pleine campagne électorale, déclare qu’il allait passer un coup de fil au président en exercice de la CEDEAO, en vue de voir avec ce dernier, les décisions à prendre contre le Mali qui venait ainsi d’oser suspendre France24 et RFI, deux médias de l’État français.
Le président français s’est senti si offusqué, qu’il a condamné avec la dernière fermeté cette audace des dirigeants maliens consistant à suspendre les deux médias à la suite des allégations, sur la base des présumées enquêtes partielles et partielles, de tueries opérées par les forces armées maliennes sur des civiles dans le nord du Mali.
Il a ensuite estimé que cela mérite des mesures punitives additionnelles contre les dirigeants maliens, sous forme de représailles, en plus naturellement des sanctions politiques, économiques et financières qui sont déjà en vigueur contre ce pays.
Ainsi a-t-il pris son téléphone pour joindre le président en exercice de la CEDEAO qui, sûrement à la suite de cet entretien ayant permis au président Macron de protester vigoureusement, a à son tour, instruit la délégation en séjour au Mali de fermer à la voie à toute concession.
Par conséquent, la délégation est arrivée au Mali avec une idée de 12 mois de transition, elle s’en est tenue à cette durée et en a même fait une décision unilatérale, sans bouger d’une ligne, malgré les différentes concessions faites par la partie malienne et l’impératif des réformes indispensables à l’organisation d’une élection saine et potable dans ce pays.
Comment comprendre ce fétichisme de date qui expose la CEDEAO dans ses propres contradictions d’autant plus qu’elle a été celle-là même qui a prescrit ces réformes au Mali, depuis 2018 au lendemain des élections législatives controversées ayant engendré la grave crise politique dont le pays continue de trainer les conséquences jusqu’à ce jour?
En tout état de cause, le dialogue de sourd qui a désormais pris corps entre les deux parties, montre clairement que les dirigeants maliens n’ont plus aucun intérêt à se laisser divertir. La volonté de la France de punir sévèrement leur audace et leur désir de s’ouvrir à d’autres partenaires, est réelle et sans concession. En cela, ce n’est en vérité que l’histoire qui se répète. Que chacun se souvienne que lorsque dans les années 1958 , la Guinée avait osé réclamer son indépendance immédiate, la même France n’avait pas manqué de subterfuges, de mesquineries et même d’initiatives funestes pour saboter cette volonté politique et ainsi affaiblir le régime guinéen rebelle à ses yeux.
Dans un tel contexte où, malheureusement, ce colon d’hier a trouvé aujourd’hui, un allié de poids qui se trouve être la CEDEAO, pourtant organisation regroupant les frères et soeurs du Mali, les dirigeants maliens ne doivent plus se faire d’illusions. Ils doivent d’abord comprendre la fébrilité des dirigeants de cet espace communautaire qui redoutent sérieusement un effet domino de la réussite éventuelle de la transition politique dans ce pays.
Ainsi, laisser le Mali réussir son pari serait pour eux, un réel aveu de faiblesse, mais surtout aussi d’échec, puisque dès le départ, ils ont fait le choix de l’acharnement contre ce pays dont le peuple ne demande en vérité qu’à jouir de sa liberté de pensée et d’action.
En conséquence et connaissant parfaitement la mentalité actuelle de ces dirigeants, le président Goïta et son équipe doivent impérativement prendre le destin de leur pays et de leur peuple en main, en tournant définitivement le dos à tout ce monde, en vue de se frayer de nouvelles voies. Bien sûr que l’on convient qu’un tel choix nécessite forcément des sacrifice réels au peuple, mais c’est unique voie idéale qui aboutit immanquablement au salut et à l’affranchissement.
Un État souverain ne peut jamais s’effondrer si ses dirigeants ont la lucidité de poser leurs balises de gouvernance sur le peuple lui-même. Étant le seul à assurer une identité à un pays et à créer sa richesse ainsi que son patrimoine, le peuple, une fois qu’il comprend parfaitement la vision de ses dirigeants et y adhère pleinement, est capable de produire des résultats hors d’imagination. C’est la seule chose que l’on peut opportunément recommander aux dirigeants maliens qui ne doivent plus jamais se détourner de la volonté de leur peuple qu’ils se doivent, en tout temps et en tout lieu, de prendre en complice dans toutes leurs initiatives.
Si les conditions techniques sont suffisamment explorées et maîtrisées, rien n’empêche alors le Mali de frapper désormais sa propre monnaie et de se détacher définitivement de cette organisation fantôme qui n’a d’utilité que pour servir la cause du colon d’hier et du néocolon d’aujourd’hui.
Lorsqu’ un partenaire ne vous arrange pas, ne lui donnez jamais l’occasion de vous déranger, c’est juste une question de bon sens. L’intérêt du Mali n’étant plus avec la CEDEAO, il vaut mieux pour les dirigeants de ce pays, de le chercher ailleurs avec toute la volonté et l’audace qui sont les leur.
Luc Abaki